Ruée vers l’art à San Francisco

Ruée vers l’art à San Francisco

Photo AFP

(San Francisco) Haut lieu de la contre-culture américaine, célèbre pour son Chinatown, le Golden Gate et Alcatraz, San Francisco se passionne ces jours-ci pour l’art contemporain. La réouverture du Musée d’art moderne, avec son nouveau pavillon à la façade blanche et ondulée, comme un banc de brouillard posé parmi les gratte-ciel, confirme la ville californienne comme destination culturelle de premier plan. Visite.

Le musée qui change la ville

Des chercheurs d’or du XIXe siècle aux maîtres de la révolution numérique, les rêveurs sont bienvenus à San Francisco. Aujourd’hui, des artistes et des collectionneurs rêvent d’en faire une destination culturelle de premier ordre. La spectaculaire réouverture du Musée d’art moderne de San Francisco (SFMOMA) semble sur le point de transformer ce rêve, comme bien d’autres là-bas, en réalité.

La région de San Francisco compterait aujourd’hui, selon le magazine Forbes, deux douzaines de milliardaires, notamment grâce à la présence des Apple, Google et autres Facebook. Les collectionneurs d’art se comptent par dizaines à l’ombre du Golden Gate. Or, les oeuvres acquises, souvent parmi les plus en vue, restaient en général à l’abri des regards. Ou étaient montrées dans les musées de Los Angeles ou New York. Plus maintenant. Avec un musée d’art moderne au moins aussi grand que le MOMA de New York, San Francisco peut désormais présenter au monde entier ses plus beaux trésors.

Le nouveau SFMOMA a été dessiné par la firme d’architectes norvégienne Snohetta. L’imposant édifice s’imbrique assez bien parmi les tours du centre-ville. Les sept étages ajoutés, qui triplent l’espace d’exposition, semblent posés sur l’arrière de l’ancien bâtiment du musée, conçu dans les années 90 par l’architecte suisse Mario Botta. Côté est, l’immense façade blanche attire l’attention : elle ondule, évoquant ainsi, disent les architectes, l’océan et les bancs de brouillard célèbres de San Francisco.

Fermé pendant trois ans en vue de son agrandissement, qui a coûté 400 millions de dollars canadiens, le SFMOMA a profité du temps d’arrêt pour faire le plein auprès des amateurs d’art du coin. « Notre campagne pour l’art a connu un immense succès, se félicite le directeur du SFMOMA, Neal Benezra. Nous avons obtenu quelque 3000 promesses de don pour des pièces que nous avions identifiées auprès des collectionneurs des environs. »

Une famille, les Fisher, a contribué de manière exceptionnelle à « remplir » le nouveau SFMOMA. Les propriétaires de Gap prêtent 1000 oeuvres pour le siècle à venir. « Mes parents aimaient beaucoup l’art, explique John J. Fisher, fils des fondateurs du géant du vêtement. Ils n’ont pas fait affaire avec des experts pour autant. Ils n’avaient que deux critères pour leur collection : ils devaient aimer une oeuvre et être en mesure de se la payer. »

Agnes Martin, Sol LeWitt, Andy Warhol, Gerhard Richter, Alexander Calder, Richard Serra : Doris et Donald Fisher ont su montrer un goût sûr pour les artistes qui ont fait parler d’eux depuis un demi-siècle. Un étage complet est consacré à la collection qui porte leur nom, et le sera toute l’année. Tous les 10 ans, une exposition leur rendra aussi hommage, c’est prévu au contrat.

Par boutade, des critiques ont qualifié le SFMOMA de nouveau « musée Fisher », mais le conservateur Gary Garrels (peinture et sculpture) ne l’entend pas ainsi. « Cette collection est une formidable rampe de lancement, dit-il. Nous pourrons y puiser des oeuvres marquantes pour proposer des regards neufs sur l’art dès l’an prochain, par exemple en créant des dialogues entre les oeuvres des Fisher et notre collection. »

Les visiteurs peuvent d’ailleurs déjà admirer certaines des plus belles pièces de la collection du SFMOMA, dans un espace à faire rêver plus d’un musée. L’agrandissement laisse une totale liberté aux conservateurs pour mettre en valeur les oeuvres. Chaque mur peut être déplacé comme ils l’entendent, car l’enveloppe du musée soutient tout l’édifice. Pas de colonne pour obstruer la vue, donc, ni même de trappe d’aération gênante. La lumière naturelle pénètre aussi profondément dans le musée par de grandes fenêtres, aidée par un discret système d’éclairage indirect qui évite la multiplication des ombres.

Dans cet écrin d’exception, les immenses toiles de Sigmar Polke, Chuck Close ou encore Andy Warhol sont mieux servies que jamais.

Cinq toiles de l’artiste Agnes Martin, native de la Saskatchewan, ont quant à elles été regroupées dans une petite salle, construite à l’image d’une chapelle, au fond du 4e étage. Un lieu idéal pour apprécier des tableaux sobres et monochromes, mais aux détails d’une finesse fascinante. « Je crois que nous venons de créer un classique avec cette salle », lance le conservateur Gary Garrels.

Un nouveau souffle

Pour les visiteurs, la réouverture du SFMOMA est assurément une raison de plus de visiter San Francisco, qui compte aussi deux musées des beaux-arts, le musée de Young et le Legion of Honor. Elle survient aussi au moment où toute la communauté artistique de la ville tente de se donner un nouvel élan. Pour garder ses artistes, notamment, que les loyers élevés font fuir.

Des philanthropes se mobilisent, qui pour offrir des locaux à bas prix, qui pour mettre en valeur le travail d’artistes locaux. La contribution de Deborah et Andy Rappaport, avec le Minnesota Street Project, qui crée de nouveaux espaces tant pour les artistes que les galeristes dans le quartier émergent de Dog Patch, est un bel exemple de cette implication. Des galeries de renom, dont la Gagosian, s’installent aussi en ville. L’excitation dans le milieu des arts visuels de la ville est palpable.

De la création à l’exposition, donc, San Francisco met peu à peu en place toute l’infrastructure pour devenir une véritable métropole culturelle. Bien sûr, il y aura toujours le Golden Gate, les Cable Cars, Fisherman’s Wharf et Alcatraz pour combler les voyageurs. Mais ceux-ci seraient mal avisés désormais d’ignorer les galeries, et les musées de San Francisco, tout particulièrement le nouveau SFMOMA, qui s’impose déjà en incontournable.

SIMON CHABOT
La Presse

Lamia Siffaoui
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