La Lisbonne des Lisboètes

La Lisbonne des Lisboètes
La capitale du Portugal, Lisbonne, regorge d'endroits intéressants à l'extérieur des circuits touristiques traditionnels. Photo : Thinkstock

Par MARIE-EVE MORASSE
La Presse

Le parcours d’un visiteur dans une ville étrangère ressemble parfois à une course à obstacles pour éviter les attrape-touristes. Et personne n’a envie de se contenter de faire exactement ce que tout le monde fait… La solution ? Suivre les gens de l’endroit. Nous avons tenté l’expérience à Lisbonne, vibrante capitale du Portugal.

Les visites guidées destinées aux touristes peuvent parfois être aseptisées, passer sur des sentiers rebattus des milliers de fois. Or, faire une visite avec les guides de Lisbon Chill-Out Free Tour détonne, parce que les organisateurs n’ont pas peur de faire les choses autrement.

La visite attire bien des voyageurs parce qu’elle est « gratuite ». Bien entendu, on donnera un pourboire au guide qui aura passé quatre heures à nous renseigner sur l’histoire et la culture lisboètes, mais cette gratuité relative change la donne et permet au guide de donner une couleur unique à la marche.

Le jour où nous avons arpenté les rues tout en pavés et en montées de Lisbonne, c’est Rafael Zamith Pereira qui menait le groupe. D’emblée, le jeune homme se prononce sur l’Union européenne et la place qu’y occupe le Portugal. Il se désole des récentes coupes en culture, de l’exode des jeunes Portugais – parmi lesquels beaucoup de ses amis – non pas « pour voir le monde, mais bien pour survivre ».

Dans le groupe, une Britannique y va de son opinion, elle dont le pays votera sous peu sur sa place au sein de l’Union européenne. La visite se met en branle et la conversation se poursuit, mais le ton est donné.

«On essaie de donner une perspective différente de la ville.»

Rafael Zamith Pereira
Guide de Lisbon Chill-Out Free Tour

Liberté et authenticité

La promenade à laquelle nous avons participé traversait les quartiers centraux de Lisbonne que sont Bairro Alto, Chiado, Baixa et Alfama, non loin du Castelo de São Jorge, mais les guides sont libres de prendre l’itinéraire qui leur convient, selon leurs champs d’intérêt. L’histoire de la ville est abordée, tout comme celle du pays dans son entier.

Quoi qu’il en soit, les visites ne comportent pas d’arrêts dans des boutiques ou des restaurants. Avec Rafael, c’est plutôt une pause « saudade » à laquelle les touristes ont droit. Sous la pluie et le vent, c’est tout attentifs qu’ils se sont laissé expliquer le sentiment portugais qui décrit une certaine nostalgie, lequel est souvent représenté dans le fado, ce style de musique propre au pays.

« Quand vous serez rentrés chez vous à la maison, que vous vous ennuierez de Lisbonne, mais ne pourrez pas revenir tout de suite, vous comprendrez un peu ce que c’est, la saudade », illustre le guide.

On a presque cru comprendre quand, à la fin du parcours, Rafael s’est arrêté pour déclamer un poème de Fernando Pessoa. Dans une ruelle escarpée de Lisbonne, le silence s’est fait dans le groupe de touristes. Il y a fort à parier que, déjà, plusieurs ressentaient une nostalgie à l’idée de quitter la ville.

*Les visites guidées de Lisbon Chill-Out Free Tour ont lieu tous les jours à 10 h et 16 h 30. Le départ se fait devant la statue du Praça Luís de Camões. Aucune réservation n’est nécessaire, sauf pour les groupes de cinq personnes et plus.

Le marché sorti d’un magazine

Il y a quelques années encore, Catarina Ferreira était journaliste pour le magazine Time Out de Lisbonne. C’était avant qu’une idée un peu démesurée ne naisse dans l’équipe.

« Nous cherchions un espace pour la rédaction du magazine, mais aussi pour ouvrir un café et faire des concerts », se souvient la jeune femme. Au même moment, la Ville de Lisbonne annonce qu’elle cherche un gestionnaire pour un vieux marché qu’elle souhaite réhabiliter. « On a entendu parler de ce projet et on s’est dit : « C’est trop gros », mais on a quand même fait une proposition. »

En 2010, la petite équipe de trois personnes créée pour l’occasion apprend que son projet a été retenu. « En raison de la crise économique, tout a été arrêté pendant près de trois ans. On a finalement ouvert en mai 2014 », raconte celle qui est aujourd’hui responsable des communications pour le Time Out Market.

Les liens entre le magazine et le marché sont étroits. Seuls les commerces ayant obtenu l’assentiment de la rédaction sont invités à s’y installer. C’est ainsi qu’on trouve de petits comptoirs qui ont été ouverts par des chefs de Lisbonne, qui ont aussi pignon sur rue dans la ville.

«S’ils sont bons, les restaurants et magasins se retrouvent dans le magazine. S’ils sont excellents, on les retrouve au marché.»

Catarina Ferreira
Time Out Market

Ainsi, un comptoir qui sert du vin propose les meilleurs crus dégustés par l’équipe rédactionnelle. Le magazine, créé à Londres, est publié à Lisbonne depuis neuf ans.

Des milliers de visiteurs par jour

Avec son haut plafond vitré, le marché construit en 1882 a belle allure. C’est un midi de semaine à Lisbonne et les tables du grand espace central sont remplies de gens qui mangent, prennent un verre de vin et discutent dans cet agréable espace.

Qui plus est, le marché est situé dans le quartier Cais do Sodré, en plein renouveau. « C’était un coin reconnu pour la vie nocturne et c’était un peu vide parfois », dit Catarina Ferreira.

En moyenne, 6000 personnes passent au marché chaque jour, mais l’endroit a connu des pointes de 14 000 visiteurs. Une fréquentation composée à 60 % de touristes ce qui n’empêche pas l’endroit d’être resté intéressant pour les Portugais. Une salle de spectacle de 800 places accueille fréquemment des événements, des cours de cuisine sont offerts et une portion du marché est encore destinée à la vente de fruits et légumes frais.

Et si, comme l’affirme la responsable du marché, « les touristes suivent les gens d’ici, mais les gens d’ici suivent rarement les touristes », il ne reste qu’à espérer que les deux groupes continueront d’y cohabiter.

Avenida 24 de Julho 49

L’amie de Lisbonne

Jùlia Vilaça nous avait donné rendez-vous à quelques pas de la très grouillante et touristique rue Augusta. Le restaurant où elle nous attendait devant un thé était pourtant tout sauf touristique. Au deuxième étage d’un vieil édifice, il offrait un calme bienvenu et une belle vue sur les vieux immeubles environnants.

Faire éviter les attrape-touristes à ceux qui visitent son pays : voilà un peu le rôle que la jeune femme de 26 ans s’est donné en créant son site Lisboa Cool.

« Quand je voyageais, j’avais souvent de la difficulté à planifier mes séjours. C’est difficile de savoir ce qu’on va aimer et, souvent, on passe seulement deux ou trois jours dans une ville. Je me disais que j’aimerais avoir un ami pour me conseiller », explique Jùlia Vilaça.

Pour les gens qui voyagent dans son pays, plus précisément à Lisbonne et à Braga, elle est devenue cette amie il y a trois ans. Elle a testé tous les endroits qu’elle recommande sur son site, qui est depuis peu devenu une application mobile capable de créer des itinéraires selon des intérêts ciblés. De plus, elle le fait en toute indépendance.

« Mon premier principe est qu’on ne me paie pas pour parler des endroits que je visite », dit-elle.

«Je parle seulement des endroits que je trouve intéressants, parce que je sais qu’un voyage, c’est un investissement.»

Jùlia Vilaça
Créatrice de Lisboa Cool

Bien qu’elle soit native de Braga, une ville située au nord de Porto où elle habite toujours, Jùlia Vilaça n’en aime pas moins la capitale portugaise.

« La lumière de Lisbonne est très particulière, c’est brillant. Lisbonne, c’est aussi une ville simple et confortable, cette ville a une âme », dit-elle.

Si elle a fait du cool le nom de son site internet et de son application, comment décrit-elle ce terme fourre-tout ?

« Ce n’est pas une science, admet-elle en riant. C’est ce qu’on ressent. Mais pour moi, la plupart du temps, ce sont les gens, le service. Si je vais dans un endroit où la nourriture est bonne, mais où l’expérience n’est pas agréable, pour moi, ce n’est pas cool. »

En se fiant à ses critères, on peut dire qu’elle est cool, Jùlia. Et on a envie de la suivre, comme on suivrait une amie en voyage.

Le Lisbonne de Jùlia Vilaça

Taberna da Rua das Flores« C’est vraiment un bon restaurant, le menu change tous les jours. Mais pour avoir une place, il faut y aller très tôt ou très tard ! »

De jolis points de vue

Comme Lisbonne compte sept collines, les points de vue (et les pentes escarpées !) se multiplient. Jùlia conseille de se rendre sur l’un ou l’autre des nombreux « miradouros » pour prendre le pouls de la ville.

Luvaria Ulisses

Dans le quartier Chiado, ce petit magasin ouvert en 1925 ne vend que des gants ! Le processus de fabrication des gants est demeuré inchangé. Un « indémodable », dit Jùlia Vilaça.

 

Sabrina Lallemand
ADMINISTRATOR
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