Kenza, la guide de la Casbah au récit populaire

Kenza, la guide de la Casbah au récit populaire
HuffPost Algérie

Elle vous dira d’emblée qu’elle n’est pas historienne mais plutôt « بنت القصبة « , et vous racontera surement les histoires les plus populaires de la vieille médina. Kenza, jeune guide de la Casbah, connaît chaque coin et recoins de la citadelle. Elle accompagne chaque semaine ses hôtes dans une « جولة عاصمية ».

Sac en bandoulière, sourire franc, Kenza vérifie si ses convives ont bien respecté ses consignes. Chapeaux, eau et chaussures de marche le groupe d’étudiantes en médecine sont prêtes à découvrir et pour la première fois la Casbah.

« C’est donc une sortie entre filles », s’amuse Kenza à faire remarquer. Elle avoue que c’est souvent la gente féminine qui l’emporte en nombre.

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« Lors de la précédente visite, je crois avoir battu mon propre record en nombre de participants. Arrivée au point de rendez-vous j’étais surprise de découvrir que plus de cent personnes m’attendaient, et ravie de voir que les femmes étaient en majorité », raconte Kenza.

Cette jeune femme s’adonne à cœur joie de faire découvrir son quartier atypique à ces étudiantes qui le découvre pour la première fois.

La visite commence par la haute Casbah. Les étudiantes sont toutes ouïes. Le récit de Kenza commence et elles n’en ratent pas une lettre. Elles interviennent de temps à autre pour demander des détails ou des explications supplémentaires. La guide les renseigne sur le mode de vie de l’ancien habitant de la citadelle.

« Vous remarquez qu’à l’entrée de chaque maison il y a parfois une petite fenêtre avec barreaux au-dessus de la porte. Celle-ci indique que le maître de la maison a plusieurs épouses. Souvent dans ces foyers un des servants est chargé d’ouvrir la porte », souligne Kenza.

La visite se prolonge jusqu’à la basse Casbah. Le circuit est marqué par de nombreuses haltes, notamment les fontaines, la maison historique de Ali Lapointe, les artisans de la Casbah.

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Au cours de la visite, Kenza s’arrête pour saluer ses voisins, prendre de leurs nouvelles, et souvent cède la parole à ses ainés pour enrichir le récit.

Yemma m’a raconté…

« Les livres m’ont appris l’histoire de la Casbah, et ma grand-mère, m’a appris la vie à la Casbah », confie Kenza.

Aujourd’hui âgée de 105 ans, la mémoire intacte, «Yemma» comme l’appelle sa petite fille, se plait à se remémorer les jours heureux de sa jeunesse dans son quartier natal. Ces histoires, dictons algérois et autres légendes, sont une source d’inspiration inépuisable pour la jeune femme.

« Je me réfère grandement aux histoires que ma grand-mère me raconte car elles sont authentiques et on ne les trouve dans aucun recueil », confie Kenza.

Grace à son aïeule, Kenza apprend entre autres l’origine de certains mots. Fort utilisé dans le langage courant mais aussi sortis de leur contexte.

« Savez-vous d’où vient le mot الوقاب ? Qui signifie épieur », questionne-t-elle ces jeunes filles.

« الوقاب » pour les gens de la Casbah est une fenêtre avec plusieurs ouvertures conçue pour la femme, afin qu’elles puissent regarder qui vient la visiter.

La grand-mère livre aussi à sa petite-fille les techniques utilisées autrefois dans la construction des maisons. Celle-ci, majoritairement en ruine gardent néanmoins des traces du passé. Les encorbellements situés au-dessous des balcons, sont le fondement de la vraie maison de la Casbah.

« Ces pans de bois sont faits à base de thuya « العرعار ». Les maçons faisaient bouillir ce matériau naturel dans de l’huile afin de lui donner plus de robustesse. Certaines maison sont complètement délabrées mais les encorbellements sont intacts », fait remarquer Kenza.

Des histoires comme celles-ci et bien d’autres sont racontées avec un brin d’amertume et beaucoup de nostalgie à la belle époque de la vieille cité d’Alger. La Casbah n’est plus ce qu’elle était, elle a depuis subi les affres du temps, sans égards à ses charmes.

« جولة عاصمية », un autre regard sur la Casbah

Depuis maintenant une année, Kenza se consacre, en parallèle à son activité professionnelle, à des visites organisées de la Casbah. Elle met en avant le volet populaire de la citadelle, le mode de vie de ses habitants leurs coutumes…etc.

Interprète de formation, cette jeune femme, parle plusieurs langues. Elle est dans le domaine du tourisme depuis plusieurs années et travaille en tant que guide depuis un an avec une agence de voyage. Elle accompagne souvent les croisiéristes dans leurs visites à travers Alger.

L’idée de concevoir son propre parcours de la Casbah, est tout simplement en réaction aux stéréotypes qui entourent sa belle cité. Elle se dit désolée que des ragots ternissent la réputation de la Casbah.

« J’entends souvent dire que c’est dangereux de se rendre à la Casbah ou encore que ses habitants n’apprécient pas les visites inopinées, ce qui totalement faux », précise Kenza.

La meilleure façon de répondre à ces préjugés est d’emmener les gens au cœur de la Casbah, estime Kenza.

La visite s’achève au palais de la princesse Khdawej. Une autre femme célèbre de la Casbah, pas seulement pour son rang social mais également pour sa cécité due à un miroir empoisonné ou au khol?

« Mais Yemma m’a dit, que cette belle princesse était tombée amoureuse d’un fils de serviteur, son père s’oppose formellement à cette union car le jeune homme n’était pas du même rang de la princesse. Le cœur brisé khdawedj pleure jusqu’à perdre la vue », conclut Kenza.

Au pas du palais de cette princesse éplorée, s’achève la visite d’une cité qui pourrait faire les beaux jours du tourisme en Algérie. En attendant, que ses amoureux lui rendent l’hommage qui lui est due, la casbah pleure un temps où elle était la belle incontestable de la méditerranée occidentale.

 

Latifa Abada

Source : Huffpostmaghreb.com

Karim Arhab
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