Baleines: à la recherche des géants

Baleines: à la recherche des géants
Un rorqual commun se prepare à plonger. PHOTO DAVID BOILY, LA PRESSE

C’est l’incontestable vedette faunique du Québec, l’objet de tous les superlatifs. La baleine – en particulier lorsqu’elle est bleue – fascine les voyageurs du monde entier, dont plusieurs se déplacent au parc marin du Saguenay-Saint-Laurent dans l’espoir de la rencontrer. Conseils de pros pour mettre la chance de son côté et récits d’observation format géant, en mer comme sur terre.

À Tadoussac, ce ne sont pas les hirondelles qui font le printemps, mais les bélugas.

Dès le début du mois d’avril, les premiers dos blancs percent la surface dans le parc marin du Saguenay-Saint-Laurent, considéré comme l’un des meilleurs emplacements du globe pour l’observation des mammifères marins. Car ces bélugas annonciateurs de beau temps sont suivis de près par leurs grandes cousines, rorquals de tout acabit, petit, commun, à bosse ou bleu. Les marsouins communs sont aussi des visiteurs fréquents. Parfois, un épaulard ou un cachalot viennent s’ajouter. Les phoques – gris ou communs – y sont toujours nombreux.

La topographie particulière du fond marin explique notamment cette grande diversité. «Les fonds marins peuvent passer de 350 m à 20 m de profondeur en quelques kilomètres à peine», explique Patrice Corbeil, directeur du Centre d’interprétation des mammifères marins (CIMM). Les courants poussent le krill le long de ce vaste cul-de-sac sous-marin; les baleines à fanons, venues dans le secteur pour s’alimenter, n’ont qu’à ouvrir la gueule pour avaler des tonnes de petits crustacés.

Or, ces murs sous-marins sont situés tout près de la rive nord de l’estuaire. Résultat: il est possible d’observer des baleines sans prendre le large.

«La région de Tadoussac est une des seules au monde où l’on peut voir une baleine bleue de la rive», indique M. Corbeil.

 

Géantes fragiles et graciles, les baleines font donc vivre, sans s’en douter, une région en entier. À Tadoussac, aux Bergeronnes ou encore aux Escoumins, le parc marin du Saguenay-Saint-Laurent attire des milliers de touristes. L’an dernier, plus de 1,1 million de visiteurs y sont passés. Tous rêvaient grosso modo de remporter le même gros lot: une baleine bleue qui émerge à quelques mètres du bateau, avant de montrer la queue dans un plongeon majestueux. Comme dans les documentaires animaliers qui, on l’oublie, ont nécessité des années de tournage…

 

Dans la réalité, repérer les baleines dans l’immensité du Saint-Laurent ressemble davantage à cette proverbiale quête de l’aiguille dans la botte de foin. Ces visiteuses imprévisibles arrivent on ne sait d’où, repartent on ne peut jamais dire quand. Et entre les deux, elles suivent leurs proies en faisant fi de toutes les boussoles et de tous les pronostics.

Bref, l’observation de baleines n’est jamais garantie; l’estuaire du Saint-Laurent n’est pas Marineland. Par contre, capitaines, chercheurs et autres spécialistes ès baleines ont accumulé avec les années des trucs pour augmenter les probabilités de rencontres.

 

Guide de l’observateur avisé

Savoir quand y aller…

En général, les premières grandes baleines – souvent les petits rorquals – sont observées en mai. Les autres migratrices suivent; le rorqual bleu arrive en dernier, en juillet souvent. Il reste que la période la plus propice pour l’observation commence normalement en août. «En septembre et en octobre, les baleines sont en général nombreuses et très actives. Et la visibilité est excellente», dit Patrice Corbeil.

Pour suivre le passage des baleines en temps quasi réel, le site Baleines en direct (et sa page Facebook) est une mine d’or. Les observations y sont répertoriées chaque semaine.

Consultez le site de Baleines en direct: baleinesendirect.org

… et à quelle heure se lever

Faut-il privilégier les croisières du matin ou celles de l’après-midi? «Tôt le matin, les bateaux sont toujours moins remplis», lance Patrice Corbeil. Toutefois, les capitaines vont alors à l’aveugle pour repérer les baleines, explique Hugues Durocher, capitaine chez Croisières Essipit. «Il faut trouver les baleines alors que l’après-midi, les sites où elles se trouvent ont déjà été repérés. Par contre, le nombre de bateaux autour de ces sites peut être plus élevé.» Il ajoute que tous les capitaines partagent par radio les lieux exacts de chaque observation. Les marées peuvent aider. «Lors des marées montantes, les eaux profondes transportent plus de nutriments. On peut parfois être plus chanceux.»

Méditer sur la météo

«Il faut du fort vent ou du brouillard pour annuler une excursion, sinon, on sort, même s’il pleut», lance Hugues Durocher. La météo a peu d’impact sur le comportement des baleines, mais elle peut compliquer l’observation. «Plus les vagues sont hautes, moins on voit le dos des baleines lorsqu’elles montent à la surface.» Et plus la navigation est difficile, surtout sur de longues distances.

La météo rêvée, selon le capitaine Durocher? Un temps clair et sec, sans vent. «Dans ces conditions, on peut observer le souffle d’une baleine à 12 ou 15 km !»

Mettre tous ses sens à profit

Pour repérer une baleine qui sort à la surface, il faut ouvrir l’oeil, mais surtout, tendre l’oreille. Souvent, on entend le souffle avant de le voir. Il faut savoir que les baleines viennent respirer à quelques reprises avant de plonger vers les profondeurs, explique Agathe Poitras, guide-naturaliste chez Croisières AML. «Si le dos de la baleine est plat et lisse, c’est que cette dernière reste à la surface et va ressortir bientôt. Par contre, si le dos est arqué, la baleine plonge et elle peut rester sous l’eau entre 5 et 15 minutes, selon l’espèce.»

Autre indice de la présence possible d’une baleine: plusieurs oiseaux marins faisant du surplace, dans l’attente d’une proie qui aura échappé à la gueule des géants.

Quelle croisière choisir?

Petit ou gros bateau, les chances de voir les baleines sont les mêmes, selon Patrice Corbeil. «Chacun a ses avantages. Le zodiac est plus sportif; on est au ras de l’eau. À bord d’un plus gros bateau, on est plus haut et l’on peut voir les baleines en transparence.» L’important, dit-il, est de choisir un membre de l’Alliance Éco-Baleine. «Les entreprises s’engagent notamment à ne pas approcher volontairement les baleines.» Les capitaines ont en effet des distances à respecter: la limite est de 400 m pour les bélugas et les rorquals bleus, deux espèces en péril. Pour les autres baleines, la distance minimale est de 200 m.

Et ailleurs?

La région de Tadoussac n’est pas la seule à recevoir la visite des géants des mers. Depuis le Bas-Saint-Laurent jusqu’à la Gaspésie en passant par la Minganie (Côte-Nord) et Charlevoix, de nombreuses entreprises offrent des activités centrées sur les baleines.

Située à Longue-Pointe-de-Mingan, la Station de recherche des îles Mingan offre des excursions en mer d’une journée avec des chercheurs; des visites guidées par des biologistes sont aussi offertes dans le Centre d’interprétation.

www.rorqual.com

En Gaspésie, des croisières d’observation de baleines sont notamment offertes au départ du parc national Forillon, par l’entreprise Croisières Baie de Gaspé. Jusqu’au 10 octobre.

baleines-forillon.com

À Saint-Siméon, Croisières Charlevoix propose des excursions d’observations dans un navire de 48 places avec toit mouche ou en bateau pneumatique. Jusqu’au 10 octobre.

www.baleines.ca

En plus de ses départs près de Tadoussac, Croisières AML propose aussi deux départs par jour à partir du quai de Rivière-du-Loup jusqu’au 22 août. Un départ par jour jusqu’au 4 septembre.

www.croisieresaml.com

 

ATÉPHANIE MORIN
La Presse

Lamia Siffaoui
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