Verizon acquiert Yahoo! pour 4,8 milliards US

Verizon acquiert Yahoo! pour 4,8 milliards US
Le PDG de Verizon, Lowell McAdam, a indiqué dans un communiqué que les activités de Yahoo! seraient intégrées dans la même division que celles d'AOL, autre ex-fleuron d'internet racheté l'an dernier, afin de créer «un groupe international de médias de premier rang et d'aider à accélérer nos revenus dans la publicité en ligne». PHOTO ARCHIVES AP

Yahoo!, un pionnier de l’internet qui se trouve en grandes difficultés, va vendre ses joyaux comme Yahoo Mail et Yahoo News et leur milliard d’utilisateurs, pour 4,8 milliards de dollars au géant des télécoms Verizon.

Après plus de vingt ans d’indépendance, les activités de coeur de métier de Yahoo! seront intégrées dans la même division qu’AOL, autre ex-fleuron d’internet racheté l’an dernier par Verizon, ont annoncé les deux groupes lundi.

La transaction, qui se fera en argent et doit être finalisée au début 2017, vise à créer «un groupe international de médias de premier rang et d’aider à accélérer nos revenus dans la publicité en ligne», a commenté le PDG de Verizon, Lowell McAdam, dans un communiqué.

Arrivée aux commandes de Yahoo! en 2012, Marissa Mayer a défendu ce rachat qui scelle toutefois un échec personnel et son incapacité à redonner au groupe une place de premier plan dans un secteur dominé aujourd’hui par Google ou Facebook.

«C’est émouvant de s’unir avec AOL et Verizon alors que nous entamons un nouveau chapitre centré sur les économies d’échelle et le mobile», a souligné la directrice générale, faisant allusion au rôle de pionniers de l’internet joué à la fois par AOL et Yahoo!.

Le prix de vente représente toutefois une spectaculaire décote par rapport aux plus de 100 milliards de dollars de valorisation que Yahoo! avait atteint à son pic.

Interrogée sur la chaîne financière CNBC, Mme Mayer a toutefois refusé de parler «d’échec». «Quand vous regardez (la transaction), elle traduit le fait que Verizon estime qu’il y a beaucoup de valeur ici à Yahoo! et c’est un jour de grande fierté pour nous», a-t-elle déclaré.

Cet accord «marque un pas important dans notre stratégie pour dégager davantage de valeur pour les actionnaires», a également assuré la dirigeante, qui était sous la pression de plusieurs actionnaires pour trouver une solution améliorant la valeur de Yahoo! en Bourse.

Lors d’une conférence téléphonique, les dirigeants du groupe ont affirmé qu’ils entendaient reverser une grande partie du produit de la vente aux actionnaires même si les modalités (rachat d’actions, dividendes) restaient à déterminer.

Fin d’une ère

Yahoo! conserve par ailleurs des actifs précieux. Le rachat ne porte ainsi pas sur la trésorerie de Yahoo, un portefeuille de brevets et surtout sur les parts que le groupe détient au capital du chinois Alibaba et dans Yahoo Japan, dont la valeur cumulée est estimée à au moins 40 milliards de dollars.

Ces activités seront regroupées dans une société d’investissement qui sera rebaptisée d’un autre nom.

À Wall Street, le rachat laissait toutefois les investisseurs perplexes: à 10h00, le titre perdait 1,85% à 36,65 dollars.

La transaction marque en tout cas la fin d’une ère pour Yahoo! qui a longtemps dominé le secteur avant d’être rattrapé par la concurrence et de tomber dans un lent déclin.

Fondé en 1994 et présenté alors comme le «guide du web», le groupe s’était lancé en Bourse deux ans plus tard, suscitant l’engouement des investisseurs: le titre avait flambé de 270% pour son premier jour d’introduction.

Depuis, le groupe a toutefois échoué à monétiser ses services et a été délaissé par les internautes au profit de Google et Facebook.

Selon le cabinet eMarketer, la part de marché de Yahoo! dans la publicité en ligne devrait tomber à 1,5% cette année, contre respectivement 30% et 12% à Google et Facebook.

Le groupe, qui vient d’annoncer une perte nette de 440 millions de dollars au deuxième trimestre, a sans succès tenté une modernisation de ses produits et lancé un plan de la dernière chance réduisant les effectifs de 15% et rationalisant les activités.

Interrogée sur son sort personnel, Marissa Mayer, ancienne étoile montante de la Silicon Valley, a assuré lundi qu’elle entendait rester avec Yahoo! même si les médias américains lui prêtaient l’intention de quitter le groupe une fois la transaction bouclée.

«Pour moi, personnellement, j’ai l’intention de rester. J’aime Yahoo! et je crois en vous tous. C’est important pour moi de voir Yahoo entrer dans ce nouveau chapitre», a-t-elle affirmé.

Yahoo!, un pionnier du web en perte de vitesse

Yahoo! a été l’un des pionniers américains d’internet avec son moteur de recherche, avant d’être détrôné par de nouveaux acteurs comme Google ou Facebook.

Origines

Fondé en 1994 par David Filo et Jerry Yang, deux étudiants de l’université californienne de Stanford, Yahoo! devait être, à l’origine, un simple annuaire web. En plus d’être une exclamation de joie, son nom serait un acronyme pour «Yet Another Hierarchical Officious Oracle», ce qui peut se traduire par «Encore un classement génial officieux».

Le groupe, qui a fait son entrée en Bourse en avril 1996, avait encore été décrit en 2013 par sa patronne Marissa Mayer comme «la plus grande start-up du monde».

Finances

Le siège social est basé à Sunnyvale en Californie, et en ajoutant des bureaux ailleurs dans le monde, le groupe comptait fin juin 8800 salariés et 700 contractuels.

Yahoo! est dirigé depuis l’été 2012 par Marissa Mayer, une ancienne cadre de Google âgée de 41 ans.

Depuis son arrivée à la direction générale, elle a réduit les effectifs de 45% et tenté de moderniser l’image de l’entreprise et ses produits. Elle a aussi multiplié les acquisitions d’entreprises, dont le site Tumblr pour plus d’un milliard de dollars en 2013. Mais cette stratégie n’a pas réussi à relancer la croissance.

En 2015, Yahoo! avait accusé une perte nette de 4,4 milliards de dollars, liée en grande partie à des dépréciations d’actifs. Son chiffre d’affaires avait augmenté de 8% à près de 5 milliards de dollars, mais une fois déduits les revenus reversés à des partenaires, il était en recul de 7%.

Yahoo! avait rejeté en 2008 une offre d’achat par Microsoft, qui avait fait monter les enchères jusqu’à 47 milliards de dollars, et sa capitalisation boursière avait dépassé les 100 milliards de dollars durant la bulle internet. Mais il n’est plus valorisé aujourd’hui en Bourse qu’à 37 milliards, un montant qui reflète essentiellement la valeur de ses participations dans les sociétés asiatiques Alibaba (commerce en ligne) et Yahoo Japan (société commune avec SoftBank).

Activités

Ancien fleuron du web, Yahoo! n’occupait plus en juin que la troisième place sur le marché des recherches en ligne depuis un ordinateur aux États-Unis avec 11,9% de part de marché, loin derrière Google (63,8%) et Microsoft (21,8%), selon les dernières statistiques de comScore.

À l’échelle mondiale, la société Net Applications le place en quatrième position (7,7% du marché), derrière Google (70,2%), Microsoft (11,3%) et le chinois Baidu (8,8%).

Yahoo! voit aussi sa part de marché s’effriter dans la publicité en ligne. D’après la société de recherche eMarketer, il a encaissé seulement 2,1% des dépenses de publicité en ligne l’an dernier, tous types d’appareils confondus, derrière Google (33,3%), Facebook (10,7%) et Alibaba (5,1%).

Yahoo! propose toute une série de services aux particuliers, notamment une messagerie, des pages d’actualités ou encore la possibilité de visionner des fichiers audio et vidéo en continu. Entre ses différents sites, Yahoo! a attiré en juin 205,8 millions de visiteurs aux États-Unis, également en troisième position derrière Google (241,9 millions) et Facebook (208,8 millions), selon comScore. À l’échelle mondiale, la société de recherche Trefis évoque un milliard de visiteurs par mois au total l’an dernier.

Fin octobre, Yahoo! avait aussi revendiqué plus de 15 millions de spectateurs pour sa première retransmission en direct et en ligne d’un match de la ligue nationale de football américain. Et il s’est également lancé dans les compétitions sportives virtuelles, avec «Yahoo Sports Daily Fantasy».

 

SOPHIE ESTIENNE AVEC ROB LEVER À WASHINGTON
Agence France-Presse
San Francisco
Lapresse.ca

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