A quoi ressembleront les conseils d’administration de demain ?

A quoi ressembleront les conseils d’administration de demain ?
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Contrairement aux équipes exécutives, la composition et les pratiques des conseils d’administration ont peu évolué ces dernières années. Pourtant, la digitalisation de l’économie impose aux administrateurs de s’engager dans une démarche de gouvernance plus exigeante.

En moins d’une dizaine d’années, le monde de l’entreprise a connu un bouleversement sans précédent. Il est devenu impossible de réussir dans l’économie digitale sans remettre en cause son positionnement industriel. Paradoxalement, le conseil d’administration est loin d’être le plus au fait de la digitalisation, de son impact sur les marchés, la concurrence, les entreprises, les modèles économiques et, in fine, sur le leadership qui reste le chaînon vital de tout changement. Son rôle est pourtant de définir, voire de changer si nécessaire ou opportun, la mission de l’entreprise et d’endosser la responsabilité de sa vision stratégique.

L’époque va amener une nouvelle génération de conseils d’administration, fondés sur d’autres pratiques. Finis les sièges attribués en fonction du prestige ou de la rémunération. Adieu les administrateurs coupés du terrain, agissant en francs-tireurs. Plus question pour le conseil de se contenter du ronronnement de quelques réunions trimestrielles, de proposer une évaluation et une rémunération proportionnelles au temps passé à exercer la fonction. Enfin, en cas de turbulences ou de restructurations, finie la sécurité d’emploi réservée aux seuls membres du conseil !

Assumer ses responsabilités fiduciaires

Pour être considéré comme efficace, un conseil d’administration devra désormais pleinement assumer ses responsabilités fiduciaires : contribuer activement à identifier et relever les défis de l’économie digitale, chercher et développer des modèles économiques, des processus et des positionnements durables. Réussir ne pourra se faire qu’en mettant à l’ordre du jour des réunions du conseil des points habituellement négligés jusqu’alors. Quelles sont donc les nouvelles priorités des conseils d’administration à l’ère digitale ?

Réaliser une veille économique et sectorielle

Les administrateurs de demain seront davantage ouverts sur le monde : continuellement aux aguets, il leur sera demandé de repérer dans leur environnement économique les signes avant-coureurs de bouleversements éventuels ou encore les opportunités de création de valeur que l’entreprise, ses dirigeants et leurs études prospectives n’auront pas été en mesure d’anticiper. Direction opérationnelle et conseil d’administration se partageront la responsabilité éventuelle d’une mauvaise interprétation, voire d’une sous-estimation de la digitalisation.

En effet, de telles vues pourraient entraîner une absence de remise en cause du positionnement de l’entreprise, de sa stratégie, et donc de la nécessité de développer les nouveaux modèles économiques indispensables à la survie même de l’organisation. Dans un tel scénario, Nokia aurait sans doute pu éviter de voir sa part de marché des smartphones chuter de 49,4% à 3% en moins de six ans. Dès lors, comment ne pas interpréter la discrétion, voire l’absence d’intervention du conseil lors d’une crise prolongée comme un symptôme de son inefficacité, et comme la raison profonde de son dysfonctionnement ?

S’informer en temps réel

Le temps où les administrateurs prenaient leurs décisions à travers le filtre des synthèses fournies par les cadres de l’entreprise touche à sa fin. Grâce au digital, les conseils d’administration accéderont directement aux savoirs et aux analyses de données, sauront tout de la performance de l’organisation et de chacun de ses produits, en temps réel. Dans ces conditions, les administrateurs pourront contribuer directement à l’identification des menaces et des opportunités, tant internes qu’externes, et auront les cartes en main pour offrir une critique constructive des propositions de la direction opérationnelle. Un tel scénario aurait sans doute évité à Volkswagen de se fourvoyer dans la production de véhicules capables de détecter les tests d’émissions polluantes en vue de les contourner. Le président du directoire, Martin Winterkorn, n’aurait alors jamais pu déclarer : « Il est incompréhensible que je n’aie pas été informé plus tôt et sans ambiguïté ».

Intégrer l’équipe de direction opérationnelle

Les conseils d’administration tisseront des liens interactifs avec la société civile, des experts, d’autres administrateurs, sans oublier l’équipe de direction opérationnelle, qui sera considérée comme partie intégrante de la structure de gouvernance. Toutes ces personnes, ces spécialistes, ces acteurs fonctionnels permettront aux administrateurs de rester en prise avec les tendances émergentes. Cela les aidera à identifier et à traiter les besoins de l’entreprise, à trouver des solutions aux nouveaux défis et à capitaliser sur les opportunités.

Par le biais de cette collaboration permanente, interne et externe, nourrie de l’apport des technologies et des pratiques digitales, une nouvelle réalité finira par émerger pour ces conseils d’administration à l’efficacité décuplée : celle d’une compréhension meilleure et plus intuitive de l’économie digitale. Avec un tel scénario, on peut espérer voir décroître la proportion de cadres (96%) ayant subi de coûteux échecs et des pertes de temps considérables du simple fait d’un manque de collaboration et d’une communication déficiente.

Remettre en cause son modèle économique

Dans l’environnement économique instable provoqué par la digitalisation, n’importe quelle entreprise peut couler du jour au lendemain : l’inadéquation à l’économie digitale est devenue un danger constant (lire aussi la chronique : « Quand la transition digitale menace l’industrie traditionnelle »). Pour rester pertinent, il est indispensable de tout remettre en cause à tout moment, du marché dans lequel on évolue au modèle économique adopté par l’entreprise, en passant par l’équation de valeur, qu’il faut adapter constamment en innovant sur toute la chaîne de valeur. C’est le conseil d’administration qui doit rendre des comptes aux actionnaires en matière d’action et d’inaction stratégique.

La rémunération des administrateurs sera décidée en fonction de leurs contributions concrètes à la capacité d’innovation et de création, voire de préservation de la valeur de l’entreprise, lui permettant de gagner en efficacité avec des résultats économiques positifs et durables (lire aussi l’article : « Les conseils d’administration à l’heure du développement durable »). Dans un tel scénario, la réussite d’une entreprise ne se mesure plus seulement à sa capacité à créer de la valeur en termes de chiffre d’affaires, de croissance ou de parts de marché. Entreront également en ligne de compte la créativité, la réflexion critique, l’intelligence émotionnelle, la capacité à apprendre, à désapprendre, l’adaptabilité, et finalement la capacité de communiquer clairement au public du sens et sa contribution à un monde meilleur.

Les conseils d’administration à l’ère de la digitalisation.

Le conseil est responsable de l’entreprise et de son avenir. Par conséquent, à l’ère du numérique, c’est bel et bien une rupture qui s’impose au niveau des conseils d’administration. Sans quoi les administrateurs seront bousculés par d’autres, plus entreprenants et plus compétents. L’ère digitale sera aussi l’ère d’une gouvernance performante.

Liri Andersson, Ludo Van der Heyden

Source : hbrfrance.fr

Salima Tamani
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