La révolution de l’intelligence artificielle

La révolution de l’intelligence artificielle

L’IA pour tous va remettre en question la façon de voir le client et de faire du business dans la décennie à venir.

Procter & Gamble a mis au point l’appli Olay Skin Advisor qui, grâce à un selfie, détermine l’âge de la peau, repère les zones à problèmes et propose les traitements appropriés. Macy’s s’est allié à IBM pour proposer aux clients de ses magasins un assistant personnel sur smartphone qui répond à leurs questions et leur prodigue des conseils personnalisés. Sentient développe des algorithmes d’intelligence artificielle (IA) qui permettent de proposer aux acheteurs en ligne des produits adaptés à ce qu’ils cherchent, améliorant considérablement les taux de conversion et d’achat. Les sociétés ont-elles pris la mesure du phénomène ?

Lame de fond

La plupart des applications business actuelles de l’IA reposent sur le « deep learning » : la capacité des logiciels à reconnaître des formes, classer des informations, interpréter des images, et donc à donner du sens à des données sous forme de son, d’images ou de texte. Ce que permet le deep learning revient à de l’analyse de données ultraperfectionnée. S’agit-il d’une nouvelle forme de business as usual ou d’une lame de fond susceptible de bousculer tous les secteurs ?

La plupart des dirigeants considèrent l’IA comme une technologie parmi d’autres. L’IA est, dans de nombreux comex, abordée comme un moyen d’améliorer et perfectionner les processus existants, de manière spectaculaire, mais sans véritable rupture de fond. Or l’IA est bien plus qu’une technologie. Elle représente une manière radicalement nouvelle d’interagir avec notre environnement et donc de faire du business.

Nous allons assister à l’apparition de l’intelligence artificielle portative (ou « IA pour tous »). Comment ? A travers un afflux de capital, une convergence accrue entre les cerveaux des chercheurs et ceux des entrepreneurs, une augmentation exponentielle de la puissance des machines et de la miniaturisation des composants électroniques, qui permettent d’accélérer le temps. Le concept de « botnet » (contraction de « robot » et de « net », pour « réseau ») associe l’informatique cognitive, la maîtrise du langage et de nouveaux protocoles de communication sur Internet pour créer des machines aptes à conduire une chaîne d’actions en parallèle.

Chacun de nous disposera, d’ici une dizaine d’années, de « son » IA. Quel que soit leur nom – IA portative, chatbot, assistant virtuel, valet de chambre numérique – ces logiciels se sophistiquent à une vitesse incroyable. Imaginez une machine logée dans votre téléphone ou dans une « box », chez vous, capable d’effectuer toutes sortes de transactions : réserver vos billets d’avion, en finaliser le paiement en se connectant à votre banque, préparer vos menus, faire les courses, vous instruire de la confection d’un plat, le tout en langage naturel, sur le ton qui vous est familier ou qui correspond à votre état d’esprit du moment.

Au-delà d’une rupture sociétale majeure, ce sera une rupture en termes de business. Le concept du botnet signe la fin d’Internet tel qu’on le connaît. C’est le robot qui naviguera et cherchera pour apporter la bonne réponse en quelques secondes. Tout le système de création de valeur des sites (constituer une audience de « vrais » visiteurs pour la commercialiser ensuite auprès des entreprises) est en train d’être remis en cause.

Rupture majeure

Les conséquences de ce changement sont vertigineuses. Un exemple : au cours de la décennie 2010, l’industrie de la publicité a parié sur une individualisation des messages, en fonction des informations recueillies lors de nos navigations sur les différents sites, afin de faire des offres de produits et services correspondant à nos besoins. C’est notamment le pari qu’ont fait les Gafa, en se dotant de ressources considérables pour cannibaliser le marché de l’e-publicité. Mais le développement du botnet change la relation personnelle entre une marque et un consommateur. A quoi sert de nous bombarder de pub si notre logiciel d’IA « sait » ce que nous voulons, est apte à le trouver par lui-même, et est doté d’un algorithme de blocage des messages publicitaires non sollicités ? Si notre robot peut commander directement à celui de l’usine les céréales de notre petit déjeuner – dans la composition que nous aimons, produites pour nous et livrées chez nous – où est l’utilité des marques, des magasins, du packaging ?

La grande distribution, la banque, l’assurance, la santé, l’éducation sont potentiellement concernées par ces transformations. L’explosion de nouveaux usages provoquera la rupture des chaînes de valeur traditionnelles : ces « morceaux » d’IA traitent tous les aspects de la vie (la santé, le travail, les loisirs, le jeu…) en apportant à chaque fois des services nouveaux. Cela rompt la verticalité des stratégies d’entreprises et disloque les marchés de consommation. L’unique question que les comex doivent aujourd’hui se poser est : « Quels sont les produits et services à imaginer pour un monde où tout un chacun dispose de son IA personnelle ? » Il ne s’agit plus – même si cela est plus que jamais nécessaire – de s’appuyer sur l’IA pour améliorer le doing business tel qu’il va. Mais de se saisir du futur pour tenter d’imaginer la manière dont nous vivrons et consommerons demain avec l’IA.Exercice de prospective

Les gagnants seront ceux qui auront fait cet exercice de prospective. La bonne nouvelle est que, comme à chaque vague d’innovation, les cartes seront rebattues. Ce fut le cas avec Internet, qui bouscula à la fois les monopoles technologiques et les business models : ce ne sont pas IBM, Cisco, Microsoft et Nokia qui inventèrent le «search», le smartphone et les API (Applications Programming Interface). Les start-up qui révolutionneront la banque ou le commerce ne seront pas issues de ces secteurs. Et puis l’économie des plateformes pourrait connaître un coup d’arrêt : avec des IA connectées, plus besoin de passer par elles pour être mises en relation avec des chauffeurs ou des personnes qui louent leur appartement. Les grands groupes ont eux aussi une carte à jouer. A condition de savoir se réinventer.

Charles-Edouard Bouée
Lamia Siffaoui
ADMINISTRATOR
PROFILE

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