Des lézards se font remarquer par leurs prédateurs… pour mieux leur échapper !

Des lézards se font remarquer par leurs prédateurs… pour mieux leur échapper !
Ce lézard (Plestiodon latiscutatus) a la queue bleue pour attirer l'attention des serpents... et mieux leur échapper. © Wikimedia Commons.

La couleur de certains lézards est optimisée pour se faire repérer par leurs ennemis… et ainsi mieux les semer, d’après une étude japonaise

PARADOXE. Personnalisez votre lézard : chez les Plestiodon latiscutatus, la queue est disponible en bleu ou en brun. Dans l’archipel japonais d’Izu, au large d’Osaka, la couleur de cet appendice détachable varie d’une île à l’autre au sein de cette seule et même espèce.

Pour quoi faire ? Pour mieux attirer et semer son prédateur à la fois, répondent des chercheurs. Leur étude, publiée le 19 juin 2016 dans le Journal of Zoology, relate cette étrange paradoxe. Sur une île, la population de lézards affiche un corps rayé de jaune et une queue d’un bleu électrique.

Une teinte qui reflète les rayons ultraviolets (UV) de manière importante, ont montré les scientifiques japonais. Or, il s’avère que l’ennemi principal de ces sauriens, un serpent rayé répondant au doux nom d’Elaphe quadrivirgata, voit très bien les UV.

Hypothèse des chercheurs : lorsque le lézard est attaqué, il se fait la malle en laissant sa queue sur place, laquelle captera l’attention du serpent grâce à son bleu vif et ses petits mouvements frénétiques résiduels. Mais alors, que penser des lézards peuplant les îles voisines, au sud de l’archipel d’Izu ? Ceux-ci présentent une queue brune, dont seule la pointe est bleue.

Les chercheurs arguent que cette couleur « camouflage » attirerait davantage l’attention du prédateur majeur des sauriens sur ces terres : le merle d’Izu (Turdus celaenops). « Les oiseaux ont une excellente vue, avancent les chercheurs. Donc une telle apparence est plus avantageuse pour se faire repérer »… et, paradoxalement, pour échapper aux terribles prédateurs volants.

La couleur dans la peau

Pour aller plus loin, les chercheurs ont voulu savoir quelles structures, dans la peau des lézards, formaient ces couleurs. Réponse : des cellules de peau appelées chromatophores qui, selon leur étymologie, « portent des pigments ». Ainsi, les lézards à queue brune présentent trois types de chromatophores : certains sont dotés de pigments jaunes, d’autres contiennent de la mélanine (le pigment à l’origine de la couleur de la peau chez les humains notamment).

D’autres encore abritent des disques qui réfléchissent la lumière à différentes longueurs d’onde. En l’occurrence, vers 650 nanomètres, ce qui correspond à la couleur rouge. Chez les lézards à queue bleue en revanche, ces cellules appelées iridophores réfléchissent des longueurs d’ondes bleues, entre 350 et 450 nanomètres.

De plus, la peau des lézards à queue bleue ne présente pas de cellules dotées de pigments jaunes, mais uniquement celles qui contiennent de la mélanine. Preuve que les lézards… ont la couleur dans la peau !

 

Par Valentine Delattre
Sciences & avenir

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