Dopage: premières exclusions de sportifs russes

Dopage: premières exclusions de sportifs russes
«Notre bataille pour Rio est terminée», a regretté la star du saut à la perche Yelena Isinbayeva, qui visait une troisième médaille d'or olympique avant de prendre sa retraite. PHOTO AFP

Le parcours du combattant juridique a commencé à 11 jours des Jeux de Rio: la Russe Ioulia Efimova est la première lundi à faire appel de son exclusion pour dopage par la Fédération internationale de natation, sur la base des critères fixés par le CIO.

Officiellement, 13 sportifs russes (sept nageurs, deux haltérophiles, un lutteur et trois rameurs) ont été déclarés non éligibles lundi pour les J0-2016 (5-21 août) et donc retirés de la délégation russe pour Rio par le Comité olympique russe (ROC).

Ioulia Efimova, quadruple championne du monde et médaillée de bronze sur 200 m brasse aux JO de Londres, n’a pas accepté cette sanction. Son agent Andreï Mitkov a annoncé qu’elle ferait appel devant le Tribunal arbitral du sport (TAS) de Lausanne (Suisse), à la fois contre le Comité international olympique (CIO), le ROC et la Fédération internationale de natation (FINA).

Il s’agit du premier recours judiciaire contre le bel édifice mis en place dimanche par le CIO, consistant certes à sauver le ROC certes, mais aussi à demander aux diverses fédérations internationales (FI) de trier elles-mêmes et de sélectionner les sportifs russes qui ne seraient pas touchés par le scandale de dopage d’État dévoilé par le rapport McLaren le 18 juillet.

En confiant cette mission aux FI, le CIO avait fixé deux critères stricts: ne jamais avoir été sanctionné pour dopage, quand bien même la peine aurait été purgée, et ne pas être cité dans le rapport McLaren.

Feu vert du tennis 

C’est ce premier critère qu’attaque Efimova, contrôlée positive en 2014 à un stéroïde, ce qui lui avait valu une suspension de 16 mois.

Si la FINA et les Fédérations internationales d’haltérophilie, d’aviron et de lutte ont donc trouvé matière à appliquer les consignes du CIO lundi, cela n’a pas été le cas des Fédérations de tennis et d’équitation, qui ont donné leur feu vert à la présence des sportifs russes dans leurs disciplines.

Cette décision du CIO de laisser aux fédérations la responsabilité de la présence de sportifs russes à Rio, sans exclure le ROC, a suscité de nombreuses critiques dans le mouvement olympique.

L’Agence mondiale antidopage (AMA) s’est dite «déçue», l’Usada (agence américaine antidopage) a regretté le «désordre» créé par le CIO, tandis que le patron de l’antidopage canadien Paul Melia a parlé d’abdication du CIO et d’une décision «démoralisante et décourageante». L’Agence française de lutte antidopage a estimé que le CIO aurait pu «faire preuve d’une grande fermeté».

Le puissant comité olympique américain (USOC), candidat à l’organisation des JO-2024 avec Los Angeles, est resté beaucoup plus diplomate: «Si les fédérations internationales respectent les conditions établies par le CIO (…), nous aurons fait un pas important dans la bonne direction».

En Russie, où le sport et les médailles sont une priorité nationale, le soulagement était immense lundi. «Nous nous félicitons naturellement» de la décision du CIO, a indiqué le porte-parole du Kremlin Dmitri Peskov, évoquant une «décision positive».

«Cette décision n’est pas mauvaise pour nous. Elle a été prise et nous devons la respecter», a déclaré le président du comité pour le Sport à la Douma (chambre basse du Parlement russe), Dmitri Svichtchev, regrettant néanmoins que les sportifs russes déjà sanctionnés pour dopage soient privés de Jeux.

Lors d’une conférence de presse, le président du ROC, Alexandre Joukov, a annoncé qu’il allait «étudier l’historique en matière de dopage de chaque sportif sélectionné» pour les JO.

Les 13 sportifs officiellement interdits de JO-2016 s’ajoutent aux 67 athlètes russes déjà collectivement bannis des JO par la Fédération internationale d’athlétisme.

Gymnastes et escrimeurs déjà à Rio

La décision de la Fédération internationale de judo, qui avait soutenu la Russie avant même que se prononce le CIO, devrait rapidement suivre.

Selon les patrons des Fédérations russes d’escrime et de pentathlon, leurs sportifs seront autorisés à concourir à Rio, mais ils attendent une confirmation officielle qu’ont déjà reçue les archères russes, championnes du monde.

Certains sportifs n’ont pas attendu pour s’envoler à Rio, tels les escrimeurs et les gymnastes, dont l’entraîneur principal, Valentina Rodionenko, a assuré à l’agence de presse TASS: «Le pire est derrière nous.»

La majorité de la sélection russe partira pour Rio jeudi.

Pour les 67 athlètes privés de JO à cause de la suspension de la Fédération russe d’athlétisme, il n’y a en revanche plus aucune chance de participer aux Jeux après la décision jeudi du TAS de Lausanne.

«Notre bataille pour Rio est terminée», a regretté la star du saut à la perche Yelena Isinbayeva, qui visait une troisième médaille d’or olympique avant de prendre sa retraite.

Après la nageuse Efimova, d’autres recours sont prévisibles de la part de sportifs déboutés. Ce que craignait le président de la Fédération internationale d’aviron pourrait se produire: voir les recours s’éterniser, et certains athlètes russes être interdits de JO… après les JO.


THIBAULT MARCHAND
Agence France-Presse
MOSCOU
Lapresse.ca

S.K
CONTRIBUTOR
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