Vaccin : les trois questions qui fâchent

Vaccin : les trois questions qui fâchent
En France, le mouvement anti-vaccin n'a cessé de s'amplifier ces 10 dernières années. ©PHILIPPE HUGUEN / AFP

Adjuvants, lobby pharmaceutique, inutilité des campagnes massives… Trois angles par lesquels est souvent contesté le bien-fondé des vaccins. Sciences et Avenir fait le point.

1. Les industriels du médicament poussent-ils à la consommation ?

C’est l’une des accusations les plus répandues : si les pouvoirs publics essaient à toute force de vacciner massivement la population, la faute en revient aux « big pharma », les industriels du médicament. Certes, le marché des vaccins est détenu par peu d’acteurs : moins de dix (Merck, Novartis, Whyeth…) dont deux, GSK et Sanofi Pasteur, en représentent 50 %. Mais ce secteur ne pèse que 2 % du marché des médicaments, une « broutille » pour ces géants. Et pas un seul vaccin ne se hisse dans le classement des dix médicaments les plus vendus dans le monde en 2013 où antirhumatismaux, antidiabétiques et antidépresseurs tiennent la corde.

En outre, la conception, fabrication et distribution à l’échelle planétaire des vaccins nécessitent de lourds moyens. Il faut douze ans en moyenne pour leur mise au point : après une phase exploratoire (environ quatre ans), vient la phase préclinique (deux ans), puis celle de développement clinique (jusqu’à huit ans). Soit plus d’un demi-milliard d’euros de coût total. Sans oublier le stockage très onéreux car les molécules, fragiles nécessitent le maintien de la chaîne du froid pour en garantir la qualité. Le marché se situe essentiellement dans l’Union européenne : 90 % des 4 milliards de doses de vaccins fabriquées dans le monde le sont en Europe.

 2. Pourquoi utilise-t-on des adjuvants ?

Afin de renforcer l’efficacité du vaccin, il est parfois nécessaire d’ajouter une substance appelée « adjuvant », capable d’augmenter la réponse immunitaire vis-à-vis d’un antigène vaccinal. Si les vaccins vivants atténués n’en contiennent pas (rougeole, rubéole…), la plupart de ceux inactivés ou à base d’antigènes purifiés nécessitent d’y avoir recours (tétanos, diphtérie, coqueluche, hépatite B, papillomavirus ou HPV). Ces adjuvants véhiculent dans l’organisme un « signal de danger » et activent ainsi le système immunitaire. Ils permettent aussi de réduire la quantité d’antigènes par dose et, de fait, le nombre d’injections nécessaires pour obtenir une immunisation suffisante. Parmi les différentes classes d’adjuvants, ceux à base de sels d’aluminium sont les plus utilisés (tétanos, diphtérie) : ils favorisent le dépôt prolongé des antigènes au site d’injection, ce qui permet d’obtenir des concentrations en anticorps plus élevés et plus durables.

Ces adjuvants sont l’une des principales causes de l’opposition à la vaccination, car jugés dangereux, comme en témoignent des actions en justice. À Strasbourg en novembre, un père a ainsi été jugé pour avoir refusé de faire vacciner son bébé avec le DT-polio arguant de l’utilisation de sels d’aluminium dans la préparation. Cette inquiétude est relayée, entre autres, par le cancérologue Henri Joyeux qui, dans une pétition récente, a pointé les risques supposés pour les muscles et le cerveau. Si la vaccination provoque parfois des réactions locales (inflammation) ou générales (fièvre), elle est également soupçonnée par certains de provoquer des lésions musculaires avec douleurs musculaires, articulaires et fatigue, une pathologie nommée myofasciite à macrophages (MFM).

Mais, du point de vue scientifique, il manque une évaluation rigoureuse pour fournir la preuve formelle de la responsabilité de la vaccination dans l’apparition de cette atteinte, ce qui a conduit en 2004 l’Afssaps, l’agence nationale du médicament, suivie en 2013 du Haut Conseil de santé publique, à conclure que « la responsabilité des vaccins dans les manifestations cliniques, quelquefois sévères et invalidantes, présentées par les patients avec une MFM, ne peut pas être affirmée ». Pour autant, le Conseil d’État s’est déclaré fin juillet 2015 favorable à l’indemnisation de deux personnes (une manipulatrice en électroradiographie et une auxiliaire en puériculture) atteintes d’une MFM apparue suite à une vaccination obligatoire contre l’hépatite B. De quoi semer le trouble.

Les rapports officiels des plus hautes autorités de santé se sont accumulés ces dernières années pour tenter de faire retomber cette méfiance grandissante, sans y parvenir. Ainsi en 2012, l’Académie de médecine a estimé qu’il n’existait « aucune preuve à ce jour » permettant d’incriminer les vaccins ou les adjuvants dans la survenue d’une maladie auto-immune, ajoutant que tout moratoire portant sur la non-utilisation des adjuvants aluminiques rendrait impossible la majorité des vaccinations. Pour justifier le rejet de plusieurs demandes de moratoire, le ministère de la Santé s’appuie non seulement sur les rapports nationaux mais aussi internationaux, comme celui du Comité consultatif mondial de la sécurité vaccinale (GACVS) de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) qui a conclu à l’innocuité de l’aluminium dans les vaccins à partir des données épidémiologiques et informations tirées d’essais cliniques. Ce rapport encourage la poursuite de recherches ainsi que le développement des nouveaux adjuvants.

Le ministère de la Santé a accordé à l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) une dotation spécifique pour une étude portant sur les conséquences des adjuvants aluminiques dans les vaccins et a constitué un comité de pilotage composé de 10 personnalités scientifiques et d’un représentant de l’ANSM, sous l’égide de l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm). Les résultats de cette étude sont attendus pour l’été 2017.

La vaccination a également été mise en cause dans la survenue de rares cas de syndrome de Guillain Barré (SGB), notamment après l’injection de vaccins anti-HPV ou antigrippal. Cette pathologie se manifeste par une paralysie progressive, débutant au niveau des jambes et remontant parfois jusqu’à atteindre les nerfs respiratoires voire ceux de la tête et du cou. La récupération est le plus souvent complète (sans séquelles neurologiques), mais environ 10 % conservent des séquelles motrices. En France, l’ANSM a publié en septembre les résultats d’une étude pharmaco-épidémiologique notant un risque « limité », de l’ordre de un ou deux cas supplémentaires de SGB pour 100.000 jeunes filles vaccinées contre le papillomavirus comparés à celles vaccinées du même âge.

3. Pourquoi des vaccins seront-ils toujours nécessaires ?

Virus, bactéries, champignons, parasites : l’homme est constamment  exposé à des agents infectieux. 80 % environ des virus qui l’affectent étant partagés avec le monde animal, il n’est pas surprenant que sa proximité accrue avec des animaux sauvages servant de réservoirs (oiseaux, chauve-souris, rongeurs), liée à l’urbanisation et à la déforestation, soit à l’origine de transmissions d’agents pathogènes. Du fait de la vitesse de diffusion (essor du transport aérien) et de la gravité de certaines pathologies, l’émergence ou la résurgence de maladies infectieuses  (MERS, SRAS, Ebola, grippe aviaire H7N9…) constituent des enjeux majeurs. On se souvient de la récente épidémie de MERS en Corée du Sud et de celle d’Ebola en Afrique de l’Ouest, toujours pas officiellement terminée. Une surveillance épidémiologique s’impose de même qu’un effort soutenu en matière de recherche et développement de nouveaux vaccins contre ces menaces sanitaires.

Par Hervé Ratel & Marc Gozlan
Sciences & avenir

Sabrina Lallemand
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