Un nouveau traitement de la sclérose en plaques

Un nouveau traitement de la sclérose en plaques
Dans la sclérose en plaques, la gaine de myéline (en jaune), qui entoure les prolongements des neurones, est détruite par les globules blancs, qui normalement ne s'attaquent qu'aux agents étrangers. Un nouvel anticorps empêcherait ces cellules de pénétrer dans le système nerveux central et protègerait ainsi les neurones. © Shutterstock.com/Tefi

Une nouvelle cible thérapeutique de la sclérose en plaques vient d’être identifiée : la « barrière » protégeant le cerveau. Une molécule nommée Glunomab®, qui rétablit son imperméabilité, stoppe l’évolution de la maladie chez les souris.

l y a 6 ans, Claire, alors âgée de 31 ans, se réveille avec une douleur à l’œil. Elle voit flou. Puis le trouble s’estompe. Mais quelques mois après, elle ressent des picotements dans les jambes et finit par consulter un médecin. Après quelques « crises » séparées de périodes d’accalmie, le diagnostic est clair : elle est atteinte de sclérose en plaques, plus précisément de la forme la plus fréquente où les symptômes apparaissant, puis disparaissent, avant de réapparaître ailleurs.

Plus de 80 000 personnes sont concernées en France. C’est la première cause d’invalidité neurologique chez l’adulte jeune, la maladie se déclenchant entre 15 et 50 ans. Des traitements améliorent la vie des patients mais n’empêchent pas toujours l’évolution de la maladie.

Le médicament qui sera peut-être développé suite aux résultats de Fabian Docagne, du Centre Cyceron à Caen, de Diego Clemente, de l’Hôpital de Tolède en Espagne, et de leurs collègues, est prometteur : il bloque la progression de la maladie chez les souris.

La sclérose en plaques est une maladie auto-immune : le système de défense de l’organisme attaque des protéines dans le système nerveux central (cerveau et moelle épinière) comme s’il s’agissait de corps étrangers ou d’agents infectieux. Or ces protéines constituent la gaine de myéline qui entoure les prolongements des neurones et facilite normalement la transmission des messages nerveux.

Dans la maladie, les soldats immunitaires, les globules blancs, détruisent la myéline dans une zone du système nerveux, se retirent, et réapparaissent des semaines, des mois, voire des années plus tard dans une autre. Les symptômes sont nombreux : engourdissements, douleurs, fourmillements, tremblements, maladresse, troubles de la vision… selon la région nerveuse ou cérébrale attaquée.

Mais pour s’en prendre à la gaine de myéline, les globules blancs doivent traverser un mur normalement quasi imprenable séparant le sang du tissu nerveux : la barrière hémato-encéphalique. Sans que l’on sache pourquoi, dans la sclérose en plaques, sous l’effet de la réaction immunitaire, la barrière devient perméable, ouvrant la voie aux globules blancs.

 

 Dans la sclérose en plaques, les lymphocytes (des globules blancs) arrivent à traverser la barrière hémato-encéphalique qui protège le système nerveux central. Ils détruisent alors la gaine de myéline qui entoure les prolongements des neurones. D’où des troubles sensitifs, moteurs et cognitifs, selon la région nerveuse attaquée. © Inserm/Fumat, Carole


Dans la sclérose en plaques, les lymphocytes (des globules blancs) arrivent à traverser la barrière hémato-encéphalique qui protège le système nerveux central. Ils détruisent alors la gaine de myéline qui entoure les prolongements des neurones. D’où des troubles sensitifs, moteurs et cognitifs, selon la région nerveuse attaquée.
© Inserm/Fumat, Carole

La plupart des médicaments actuels ciblent donc la réaction immunitaire en dehors du système nerveux. Mais les effets secondaires, comme une diminution de la capacité à se défendre contre les virus, obligent souvent à l’arrêt des traitements. Docagne et ses collègues ont alors eu une autre idée : ils se sont intéressés à la barrière hémato-encéphalique, le réseau très dense de cellules dites endothéliales qui entoure les vaisseaux sanguins dans le système nerveux central.

Bien qu’ils ignorent encore pourquoi cette barrière s’ouvre et se ferme dans la pathologie, ils ont identifié des récepteurs NMDA à la surface des cellules endothéliales chez l’homme et chez la souris (ces récepteurs étant surtout présents dans le système nerveux normalement).

Or il y a quelques années, ils ont montré que ces récepteurs sont « suractivés » quand une « protéase » nommée tPA s’y fixe et les coupe. Aujourd’hui, dans un modèle in vitro de barrière hémato-encéphalique artificielle, ils révèlent que cette protéase, en se liant aux récepteurs NMDA, augmente la perméabilité du mur protecteur du cerveau. Les chercheurs ont alors créé un anticorps bloquant l’interaction du tPA avec le récepteur NMDA. Ils l’ont appelé Glunomab®.

Dans le modèle in vitro, cette nouvelle molécule rétablit l’imperméabilité de la barrière : les globules blancs ne la traversent plus. Et dans un modèle de souris atteintes de sclérose en plaques, les symptômes moteurs des animaux n’évoluent plus. Dans leur cerveau, on ne trouve presque plus de globules blancs et la myéline est moins altérée.

Preuve que le Glunomab® ferme la barrière hémato-encéphalique et empêche l’infiltration des agents immunitaires. D’où un médicament envisagé pour prévenir les « poussées » inflammatoires chez les patients, en complément des autres traitements ou quand ces derniers sont inefficaces. Un brevet est d’ores et déjà déposé. Reste à trouver les financements pour développer l’anticorps et pour lancer les essais cliniques. Claire aura peut-être un nouveau médicament pour combattre sa pathologie.

 

Bénédicte Salthun-Lassalle

cerveauetpsycho.fr

 

Lamia Siffaoui
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