Que penser des applications d’aide au diagnostic ?

Que penser des applications d’aide au diagnostic ?
Les algorithmes seront-ils bientôt à ranger aux côtés du stéthoscope dans la trousse à pharmacie des patriciens ? DR

Des plate-formes en ligne d’aide à l’analyse des symptômes commencent à fleurir sur les réseaux. Quelle fiabilité reconnaître à ces diagnostics posés en quelques clics ? Explications de Dr Yohan Servais, co-concepteur de  SymptoCheck, et de Dr Jean-Marie Castelluci, fondateur de DocForYou.

 

 SymptoCheck (édité par DocteurClic) ou DocForYou en France, WebMD Symptom Checker ou encore HumanDx (doté d’une intéressante représentation graphique) aux États-Unis… Les services en ligne d’aide au diagnostic se multiplient.

Faut-il comprendre que la médecine du futur se passera de médecins en confiant l’analyse des symptômes et l’établissement du diagnostic exclusivement aux machines ?

Disons le tout net : la réponse est non, et c’est d’ailleurs également la conclusion d’une étude américaine publiée en octobre 2016 dans la prestigieuse revue JAMA Internal Medicine, selon laquelle les médecins sont deux fois plus susceptibles de poser le bon diagnostic du premier coup (72% de chances) qu’un outil en-ligne (34%).

Néanmoins, ces applications restent utiles pour les spécialistes de la santé en les aidant à mieux aiguiller les patients vers les services de santé adaptés, et notamment dans l’orientation (ou non) vers des urgences médicales. Étude de cas avec le Dr Yohan Servais, co-concepteur de l’application SymptoCheck, ainsi qu’avec le Dr Jean-Marie Castelluci, fondateur de DocForYou (voir encadré à la fin de cet article).

« L’objectif : orienter la prise en charge des urgences médicales, pas dépister à coup sûr les maladies à évolution lente »

Le principe de SymptoCheck ? Le patient remplit un questionnaire en ligne très court (le saisir prend au maximum 6 minutes). Selon ses réponses, l’outil adapte les questions suivantes afin d’écarter (ou non) certaines pathologies par diagnostic différentiel… et propose finalement une liste des pathologies « probables », en s’alignant sur la plus grave d’entre elles afin de guider le patient vers l’accompagnement adapté. (Voir captures d’écran ci-dessous).

« La problématique, en télémédecine, c’est de poser un diagnostic fiable sans voir le patient, qui plus est en un temps suffisamment court. C’est quelque chose que connaissent bien les opérateurs téléphoniques du SAMU », évoque le médecin généraliste. « Notre outil ne remplacera jamais le médecin », martèle-t-il. « Mais il améliore l’orientation des patients et évite la saturation des urgences à cause de petits bobos… À l’inverse, il alerte aussi les patients présentant des signes avant-coureurs préoccupants en les invitant à se rendre aux urgences dès que possible. » 

Les symptômes d’un accident ischémique transitoire (AIT), par exemple, sont peu intenses, mais peuvent laisser craindre la survenue d’un accident vasculaire cérébral (AVC) plus grave sous quelques jours. Il avertit aussi :« notre objectif est d’orienter la prise en charge des urgences médicales, pas de dépister à coup sûr les maladies à évolution lente ».

L’algorithme est formel : l’auteur de ces lignes est probablement atteint d’une vilaine rhino-pharyngite… qui pourrait aussi être une laryngite ou une grippe saisonnière. Pas d’urgence, mais une consultation médicale est préconisée par l’application.

 

Dans ce second cas de figure, heureusement fictif, l’application signale une urgence médicale et recommande d’appeler le 112.

Modéliser le diagnostic en médecine d’urgence

Aux sources de ce projet, une publication scientifique-clé parue en 2010. Son titre : »Comment les médecins raisonnent-ils pour poser des diagnostics et prendre des décisions thérapeutiques : les enjeux en médecine d’urgence ». « Ce document a fourni le cadre théorique sur lequel j’ai pu bâtir mon travail de thèse, portant précisément sur la modélisation d’un système expert de télé-orientation médicale pour le grand public », poursuit Yohan Servais.

« Que se passe-t-il dans le cerveau d’un médecin lorsqu’il est confronté à une situation clinique ? », interroge la publication de 2010, avant d’explorer deux types de raisonnements cliniques typiquement mis en  œuvre par les urgentistes : le processus de raisonnement dit « intuitif » ainsi que processus de raisonnement analytique.

Quelle différence ? Tandis que le premier passera par la formulation très rapides d’hypothèses intuitives (par exemple, l’auscultation d’un homme de 55 ans en sueurs qui présente des douleurs thoraciques à l’effort fera rapidement suspecter un syndrome coronarien aigu) qu’il restera à confirmer ou infirmer, le second, plus laborieux, passe par des examens systématiques permettant d’éliminer les pathologies « probables » l’une après l’autre par diagnostic différentiel.

« En nous basant sur ce double modèle, nous calculons la probabilité de chaque pathologie en pondérant ses différents symptômes », explique le médecin. « Certains symptômes peuvent aussi avoir un score négatif : c’est pour cela qu’on demande par exemple à l’internaute s’il a récemment fait une chute, afin d’écarter certaines pathologies. » Pas moins de 30 médecins ont ainsi collaboré à la conception du service SymptoCheck, qui couvre aujourd’hui plus de 1000 pathologies distinctes.

Un système continuellement enrichi par l’expérience

Atout supplémentaire du système : il peut être enrichi en permanence.  « Nous faisons évoluer le moteur de calcul en fonction des retours des internautes – globalement très positifs – et des médecins », souligne Dr Yohan Servais.« J’ai ainsi récemment modifié les critères pour l’endométriose, qui n’était pas diagnostiquée suffisamment souvent. » 

Pour autant, l’outil ne sait pas encore apprendre tout seul sans intervention humaine. « À la base, je voulais concevoir quelque chose qui soit dans la veine d’Akinator, ce site web qui apprend des réponses des internautes en jouant aux devinettes avec eux », s’amuse-t-il. « Mais si notre système apprenait de lui-même comme ce site, il ne monterait pas en compétences sur le diagnostic médical, qui est bien du ressort des médecins et non pas de l’évaluation de leurs symptômes par les seuls internautes. » L’auto-qualification des symptômes varie en effet beaucoup d’un patient à un autre, et la supervision du médecin reste essentielle.

En l’occurrence, ce sont peut-être les praticiens eux-mêmes qui ont le plus à gagner à utiliser l’outil. Sympto-Check est en effet en phase de validation scientifique indépendante, au sein d’un service d’urgences dans la ville de Genève en Suisse.

« Ceci est à notre connaissance la première étude réalisée pour un logiciel d’analyse de symptôme, à si grande échelle, en France ou à l’étranger », note-t-il. Plus de 1300 doubles diagnostics ont déjà été établis (toujours posés par les médecins, en ajoutant  – dans un second temps seulement – un appel à l’algorithme pour s’assurer que ses propositions correspondent bien au verdict des professionnels).

L’objectif sera ainsi d’adapter l’outil aux situations concrètes rencontrées à l’hôpital, et d’adapter les profils des pathologies dans le système. « Grâce à l’expérience suisse, nous avons pu enrichir notre outil, notamment en traumatologie. La prochaine étape sera de généraliser ce genre d’expérimentations grandeur nature à d’autres disciplines médicales, comme par exemple la pédiatrie. »

Capture d’écran du site DocForYou

DOCFORYOU RASSURE LES PATIENTS. Le principe de DocForYou est assez proche, avec une ambition quelque peu différente : « Je recevais beaucoup de patients qui s’étaient renseignés sur internet et s’imaginaient déjà avec de graves maladies alors qu’ils n’étaient atteints que de pathologies légères », évoque Jean-Marie Castelluci, fondateur de DocForYou. L’application, créée en 2013, a ainsi intégré 150 pathologies courantes de la médecine générale dans son moteur de diagnostic, validé par un comité médical. « Il s’agit de rassurer lorsqu’on le peut, et alerter quand on le doit », précise le médecin généraliste.

À l’issue du questionnaire, le site propose d’accéder à un annuaire de médecins pour prendre rendez-vous. Il peut aussi envoyer à l’internaute la liste de ses symptômes par e-mail, afin de faciliter la consultation.

Sarah Sermondadaz

Source: sciencesetavenir.fr

Lamia Siffaoui
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