Moins de tabagisme, plus de parkinson ?

Moins de tabagisme, plus de parkinson ?
Une étude publiée le printemps dernier avance que si deux fois plus de personnes âgées souffrent du parkinson qu'il y a 30 ans, c'est en partie à cause des campagnes antitabac. PHOTO DAVID W. CERNY, ARCHIVES REUTERS

Les fumeurs sont-ils protégés contre la maladie de Parkinson ? C’est la question que se posent de nombreux neurologues après la publication de plusieurs études sur le sujet. La plus récente, publiée le printemps dernier dans la revue JAMA Neurology, avance que si deux fois plus de personnes âgées souffrent du parkinson qu’il y a 30 ans, c’est en partie à cause des campagnes antitabac.

« L’idée que le tabagisme protège du parkinson repose sur des bases solides », explique Walter Rocca, neurologue à la prestigieuse clinique Mayo au Minnesota, et qui est l’auteur principal de l’étude du JAMA Neurology.

« Mais il n’est pas possible d’exclure qu’une même base génétique prédispose à la fois au tabagisme et au parkinson. Il faudrait, pour ce faire, étudier un groupe à qui on demande de fumer et l’autre à qui on l’interdit, ce qui est évidemment impossible. Autre problème, il y a eu des essais cliniques où on a donné de la nicotine pour ralentir la progression du parkinson. Ça n’a pas marché. Mais il faut peut-être donner de la nicotine pendant 20 ou 30 ans, avant l’apparition des symptômes, pour que ça marche. Et à la base, le risque de cancer du poumon est probablement plus grave que celui du parkinson. »

L’éditorial qui accompagne l’étude du Dr Rocca avance que les autorités de santé publique doivent se préparer à une augmentation en flèche des cas de parkinson à cause de la baisse du tabagisme. L’estimation couramment utilisée dans les prévisions, voulant que le nombre de patients atteints du parkinson doublerait d’ici à 2030 en Amérique du Nord, pourrait être bien en deçà des chiffres réels, selon l’éditorial.

UNE ÉTUDE MONTRÉALAISE QUI FAIT GRAND BRUIT

Il existe en outre des liens biologiques entre tabagisme et parkinson, selon Michel Desjardins, un chercheur de l’Université de Montréal qui vient de publier une étude ayant fait grand bruit, qui montre que le parkinson pourrait être une maladie auto-immune liée à un trouble des mitochondries, les centrales énergétiques des cellules du corps humain. « Des études montrent clairement que la nicotine interfère avec certaines fonctions de la mitochondrie », note le Dr Desjardins.

Le Dr Rocca veut maintenant voir si le tabagisme peut interagir avec d’autres facteurs de risque du parkinson, comme les pesticides, les maladies infectieuses, la mauvaise alimentation et le manque d’exercice physique.

 

MATHIEU PERREAULT
La Presse

Lamia Siffaoui
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