Les super-bactéries résistantes aux antibiotiques inquiètent la planète

Les super-bactéries résistantes aux antibiotiques inquiètent la planète
L'OMS espère des investissements coordonnés tant publics que privés et des efforts dans tous les pays pour endiguer ce fléau - Shutterstock

lesechos.fr

Source: AFP

Le fléau pourrait s’avérer aussi meurtrier que le cancer, selon certaines études. Une réunion est prévue mercredi en marge de l’Assemblée générale de l’Onu.

C’est un nouveau fléau planétaire qui représente « une vraie menace sociétale », selon un responsable de l’Organisation mondiale de la santé. Les super-bactéries résistantes aux antibiotiques rendent de plus en plus de maladies extrêmement difficiles à soigner. Un problème qui inquiète l’Onu et sur lequel s’apprêtent à se pencher, pour la première fois, des dirigeants du monde entier.

Une réunion de haut niveau, rassemblant des chefs de gouvernement et responsables de la santé de nombreux pays, est prévue en marge de l’Assemblée générale de l’Onu, où les sujets de santé sont rarement abordés.

Un cadre et des investissements attendus

Ils devraient notamment s’engager à renforcer l’encadrement des antibiotiques, à mieux diffuser la connaissance sur ce phénomène, et encourager les traitements alternatifs, selon un texte qui devrait être soumis aux responsables.

L’OMS espère que ces engagements déclencheront des investissements coordonnés tant publics que privés et des efforts dans tous les pays pour endiguer ce fléau, selon une première version du document qui devrait être adoptée mercredi.

10 millions de morts par an d’ici 2050 ?

Une récente étude britannique a estimé que le développement de ces super-bactéries hyper-résistantes pourrait être à l’origine de quelque 10 millions de morts par an dans le monde d’ici 2050 , soit autant que le nombre annuel de victimes des différentes formes de cancer.

Actuellement, on estime que la résistance aux anti-microbiens est responsable de 700.000 morts dans le monde, dont 23.000 aux Etats-Unis. Ces chiffres ne sont toutefois qu’une estimation, et les informations manquent dans de nombreux pays pour mesurer le phénomène de manière précise. Mais ils ont le mérite de montrer au public de façon très parlante l’ampleur du problème, selon Keiji Fukuda, représentant spécial du directeur de l’OMS sur cette question de la résistance antimicrobienne.

Mauvaise utilisation des antimicrobiens

Le danger vient d’une sur-utilisation ou d’un mauvaise utilisation des médicaments antimicrobiens – les antibiotiques étant les principaux – un phénomène observé dans le monde entier. Chez les humains comme dans l’agriculture et l’élevage, où les antibiotiques sont souvent massivement utilisés, non seulement pour soigner les animaux mais aussi pour favoriser leur croissance.

Les bactéries super-résistantes qui se développent ainsi chez les animaux peuvent se propager chez l’Homme par la contamination de l’eau ou les déjections. Ils peuvent aussi voyager par les exportations de viande.

Manque de médicaments nouveaux

« Le problème est connu des professionnels de la santé depuis longtemps et pourtant il ne fait que s’aggraver », s’alarme le docteur Fukuda. Alors qu’elle avait été anticipée dès les années 1950 par le découvreur de la pénicilline Alexander Fleming, la résistance antimicrobienne a atteint des niveaux de plus en plus inquiétants ces dernières années, facilitée par l’absence d’antibiotiques nouveaux, explique le responsable de l’OMS.

« Cela fait au moins 20 ans que nous n’avons pas vu de développement de nouvelles classes d’antibiotiques », dit-il, la recherche étant trop risquée en termes de retour sur investissement pour les laboratoires pharmaceutiques. « Nous sommes en train de perdre notre capacité à traiter les infections, et pas seulement des infections ésotériques mais des infections de tous les jours », ajoute le Dr Fukuda, citant notamment les infections de la peau, du sang, ou de la voie urinaire.

Parmi les infections les plus difficiles à soigner figurent la tuberculose – quelque 480.000 personnes développent une forme de la maladie résistante aux antibiotiques chaque année, selon l’Onu -, les infections nosocomiales contractées à l’hôpital et certaines maladies sexuellement transmissibles, comme la gonorrhée.

La Scandinavie, un exemple à suivre

Le responsable de l’OMS se félicite néanmoins d’une meilleure prise de conscience du problème ces dernières années. Il cite les pays scandinaves comme exemple, notamment, qui ont diminué substantiellement l’utilisation d’antibiotiques. La Norvège a ainsi réussi à « éradiquer l’utilisation des antibiotiques dans les élevages de poissons », au profit de la vaccination.

De leur côté, les dirigeants du G20 et de la Banque mondiale se sont aussi récemment alarmés du risque que fait peser la progression des super-bactéries à la croissance mondiale et à la lutte contre la pauvreté.

Lamia Siffaoui
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