Les somnifères : tout ce qu’il faut savoir en 5 questions

Les somnifères : tout ce qu’il faut savoir en 5 questions
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Alliés des nombreuses personnes qui souffrent des troubles du sommeil, les somnifères ou hypnotiques figurent parmi les médicaments les plus consommés. En cinq questions-réponses, voici ce qu’il faut savoir.

1. Qu’est-ce qu’un somnifère ?

Le diazépam

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2. Comment agissent-ils ?

Zolpidem

© Vaccinationist-PubChem/WikimediaCommons/CC-BY-SA-4.0

Les benzodiazépines et les Z-drugs n’ont pas la même formule chimique, mais leur mode d’action est identique : elles stimulent les récepteurs du Gaba (l’acide gamma-aminobutyrique), un messager chimique très répandu dans le cerveau. Or, ce neurotransmetteur naturel réduit l’excitabilité des neurones sur lesquels il se fixe. En augmentant ses effets, ces somnifères ralentissent voire bloquent l’activité des neurones impliqués dans l’éveil. En clair : ils ne font pas dormir mais inhibent le système qui maintient éveillé. Les antihistaminiques (également utilisés contre les allergies), agissent, eux, sur un autre neuromédiateur, l’histamine. L’activité des neurones à histamine augmente pendant la veille et diminue durant le sommeil. En réduisant ou en bloquant les effets du neuromédiateur, les antihistaminiques induisent l’endormissement.

3. Quelle est leur efficacité ?

Au début du traitement, les somnifères sont très efficaces, à condition de faire correspondre les symptômes et la durée d’action du produit. Les somnifères à durée d’action courte, comme le Zolpidem, sont plutôt prescrits à ceux qui ont du mal à s’endormir. Pour les réveils précoces vers 4-5 h du matin, le Zopiclone a une durée d’action un peu plus longue. Si les insomnies sont liées à de l’anxiété, et si la seule idée de ne pas trouver le sommeil est devenue source d’angoisse, les benzodiazépines sont utiles pour leurs effets anxiolytiques. Une méta-analyse menée au Canada en 2000 a aussi montré qu’elles augmentaient la durée totale du sommeil de 62 minutes.

Hélas, cette efficacité thérapeutique diminue avec le temps : au bout de quelques semaines, il faut augmenter la dose pour obtenir les mêmes effets. De plus, en modifiant les cycles du sommeil (plus de sommeil lent léger et moins de sommeil lent profond et paradoxal), elles rendent le sommeil moins récupérateur. En cas d’insomnies occasionnelles de 2 à 3 jours (après un voyage, par exemple) ou transitoire de 1 ou 3 semaines (après un traumatisme psychologique), les Z-drugs sont souvent prescrites. Elles respectent mieux l’architecture du sommeil que les benzodiazépines et ont un très bon effet sur l’endormissement : une autre méta-analyse publiée en 2013 a établi qu’elles réduisaient sa durée de 22 minutes. Quant aux antihistaminiques, ils sont indiqués dans le traitement des insomnies occasionnelles, car ils diminuent le nombre de réveils nocturnes et augmentent la durée totale du sommeil.

4. Y a-t-il des effets secondaires ?

Oui, à commencer par les troubles de la mémoire, la somnolence diurne, la baisse de l’attention… Car les benzodiazépines et les Z-drugs inhibent aussi les neurones impliqués dans la vigilance et la mémorisation. A ce titre, le Comité européen de pharmacovigilance a demandé que la notice des médicaments à base de Zolpidem indique l’importance de se coucher après la prise et d’attendre plus de 8 heures avant de conduire. Les antihistaminiques, connus pour faire somnoler, provoquent parfois l’effet inverse de celui recherché : excitation et insomnie.

Les benzodiazépines peuvent aussi entraîner une incapacité à fixer les nouveaux souvenirs, sans compter le syndrome de sevrage (anxiété, insomnie). Il revient au médecin de faire la balance entre bénéfices et risques. Mais ce sont surtout les effets à long terme qui inquiètent les scientifiques. En 2014, une étude de l’Inserm a montré que le risque de développer la maladie d’Alzheimer, après 65 ans, augmentait de 51 % après 3 mois de prise et de 80 % au-delà de 6 mois.

5. Pourquoi les benzodiazépines sont-elles controversées ?

En France, une vingtaine de molécules de cette famille sont commercialisées pour leurs propriétés anxiolytiques, sédatives et myorelaxantes (décontractant musculaire). Si leurs effets sur le sommeil paraissent miraculeux au début du traitement, elles provoquent très souvent un phénomène d’addiction. Des études ont montré qu’une personne prenant des benzodiazépines pouvait se réveiller persuadée d’avoir bien dormi, alors que les enregistrements prouvent qu’elle s’est réveillée plusieurs fois ! Un oubli lié aux effets secondaires sur la mémoire.

Cette accoutumance physique se double d’une accoutumance psychique : comment convaincre un patient d’arrêter une molécule qui lui fait oublier ses réveils nocturnes ? Alors que la Haute autorité de santé préconise une durée de prescription maximum de quatre semaines, la durée moyenne de prise en France est de 7 mois.

L’alternative existe-t-elle ? A la fin des années 1980, les Z-drugs sont arrivées sur le marché comme des médicaments miracles, aussi efficaces que les benzodiazépines mais sans leurs effets secondaires. Ils sont de nos jours trois fois plus consommés que celles-ci. De fait, l’endormissement est rapide, et la quantité de sommeil profond (le plus récupérateur) est préservée. Pour autant, s’ils initient bien le sommeil, ils ne font pas dormir plus longtemps. Sur ce point, ils sont moins efficaces que les benzodiazépines.

 

Adeline Colonat

Source : science&vie.com

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