Les fœtus victimes du diesel

Les fœtus victimes du diesel
Femme enceinte conduisant une voiture. © Alex Segre/REX/REX/SIPA

En utilisant le modèle du lapin, une unité de l’Inra a démonté le mécanisme de pénétration des particules fines dans le placenta des femmes enceintes. Les chercheurs expliquent ainsi comment la pollution atmosphérique induit des retards de croissance chez les nouveaux-nés.

RETARD. La nouvelle n’est pas réjouissante. Des lapines gestantes accouchent de lapereaux affaiblis… pour peu qu’elles aient été exposées pendant deux heures par jour à des valeurs de 1 milligramme par m3 de particules fines issues de moteurs diesel d’une taille moyenne de 69 nanomètres (nm).

La longueur de tête des lapereaux est plus courte, leur tour de taille réduit et, chez la mère, les concentrations du placenta en insuline et en IGF1 (facteur de croissance fœtale) sont trop faibles. Grâce à un suivi échographique précis, ces signes de retard de croissance ont été observés dès la moitié du temps de gestation.

Une forte diminution de l’apport sanguin au placenta a été notée, entravant ainsi la nutrition du fœtus. Mais les chercheurs sont allés plus loin ! Ils ont ensuite accouplé les lapines nées de ces mères exposées à cette pollution à des mâles sains.

Si aucune atteinte physiologique n’a été constatée chez les fœtus qui en ont résulté, ils ont mis en évidence des anomalies sur les concentrations en cholestérol. Preuve que cette exposition aux particules a bien un effet sur la seconde génération. Un résultat publié dans Particle and Fibre Toxicologyqui confirme les effets constatés chez l’homme et détaille les processus d’entrée des nanoparticules dans le placenta.

nanoparticules sur membrane placentaire

Les grains noirs au niveau de la membrane microvilleuse du placenta, surface d’échange entre la mère et le foetus sont des accumulations de nanoparticules. © Inra

 

Les chercheurs avaient déjà établi de façon certaine que ces très fins aérosols passent de l’appareil respiratoire dans le sang, provoquant des maladies cardio-vasculaires et Rémy Slama, directeur de recherche de l’Inserm, avait montré les effets sur la reproduction :  en 2013, il avait publié l’une des plus vastes études épidémiologiques sur le sujet en décortiquant les données de 14 études menées dans 12 pays européens et impliquant 74 000 femmes ayant accouché entre 1994 et 2011.

Les chercheurs avaient pu ainsi établir une corrélation entre le retard de croissance fœtale et le niveau d’exposition à la pollution atmosphérique par le trafic routier. Les chercheurs concluaient que pour toute augmentation de 5 microgrammes par m3 (5µg/m3) de l’exposition aux particules fines pendant la grossesse, on constatait une augmentation de 18% du risque de donner naissance à un bébé d’un poids inférieur à 2,5 kilos après 37 semaines de grossesse. La limite actuelle fixée par la réglementation européenne sur la qualité de l’air est de 25µg/m3.

Changeons de modèle animal!

PHYLOGENETIQUE. Mais restait aux chercheurs à s’assurer que les particules fines passent vraiment la barrière placentaire ! Comment ? «Rémy Slama est venu nous voir dès 2012 parce que nous plaidons pour une utilisation en biomédecine de modèles animaux qui soient plus proches de l’homme que les rongeurs» raconte Pascale Chavatte-Palmer,coordinatrice de ce projet financé par l’Agence Nationale de Recherche et chercheuse à l’unité biologie du développement à l’Inra. Ceci afin de mieux évaluer les phénomènes qu’il subit. « Or, les lapins, membres de l’ordre des lagomorphes, sont phylogénétiquement bien plus proches de nous et notamment en matière de reproduction » poursuit la scientifique. Cette recherche de nouveaux modèles animaux plus précis en matière de toxicologie fait l’objet de financements européens via le programme COST.

L’expérience a été menée au Centre pour l’environnement et la santé de l’Institut national de la santé de Grande Bretagne qui possède des salles spécialisées d’exposition à la pollution de l’air. Les lapines ont d’abord été isolées dans des tubes pour qu’elles ne puissent pas se lécher le poil et ne risquent pas ainsi d’ingérer des particules fines autrement que par la voie respiratoire.

Les chercheurs ont pu ainsi approcher des conditions réelles d’exposition, même si les concentrations en particules fines subies par les lapines étaient celles d’un pic de pollution. Par ailleurs, la durée d’exposition de deux fois une heure par jour était équivalente au degré de tolérance des lapines vis-à-vis du confinement, afin de leur éviter tout stress prolongé. Ainsi toutes les précautions ont été prises pour bien prouver le caractère délétère de la circulation automobile sur la reproduction humaine.

 

 

Loïc Chauveau

sciencesetavenir.fr

Lamia Siffaoui
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