La méditation contre l’arythmie cardiaque

La méditation contre l’arythmie cardiaque
L'arythmie du coeur soulagée par la méditation ? © GÉRARD HOUIN / BELGA MAG / BELGA / AFP

A l’université de Stanford (Etats-Unis), dans le service de cardiologie du professeur Paul Wang, un programme de gestion du stress basé sur la pratique du « mindfulness » semble soulager la vie des patients.

Un nouveau programme thérapeutique basé sur la méditation a été mis en place à l’université de Stanford (Etats-Unis) dans le service d’arythmie cardiaque dirigé par le professeur Paul Wang. Afin de remédier aux crises de panique lors des épisodes d’arythmie et de diminuer leur fréquence, Linda Ottoboni, infirmière spécialisée en cardiologie, et doctorante en médecine intégrative, a créé un programme de gestion du stress basé sur la pratique de « mindfulness ». Celle-ci désigne la méditation selon l’enseignement du docteur Kabat Zinn, fondateur de la Clinique de réduction du Stress et du Centre de mindfulness de l’Université de Massachusetts.

Basé sur les notions d’empathie, d’écoute, de « pleine attention » (que désigne le terme anglais de « mindfulness »), le nouveau programme initié par Linda Ottoboni a pour but d’améliorer la qualité de la relation entre patients et médecins, comme de dédramatiser les situations d’anxiété par la pratique régulière de la méditation. S’inscrivant dans une démarche au long cours sur la gestion de l’arythmie par les patients, et axé dans un premier temps sur la fibrillation atriale (une des pathologies du rythme cardiaque), il ouvre la voie à une recherche sur l’ensemble des arythmies, la prochaine étape portant sur la tachycardie ventriculaire, et supra ventriculaire. L’accompagnement thérapeutique par la méditation fait partie intégrante du service de cardiologie : « Nous avons pu constater l’impact du stress », souligne le Professeur Wang « et son rôle de catalyseur dans le déclenchement des arythmies ».

Sciences et Avenir : Comment avez vous eu l’idée de créer un programme de méditation à l’intention des patients souffrant d’arythmie ?

Linda Ottoboni : Cela fait 30 ans que je travaille dans ce domaine et je souhaitais proposer une nouvelle approche thérapeutique : pratiquant moi même la méditation, j’ai eu le sentiment que les patients avaient besoin d’un outil qui leur permette de réduire leur stress, pour arriver à se détendre. L’attention à la respiration leur permet une prise de conscience de son rythme et le ralentit, ce qui les aide.

Car l’anxiété augmente l’arythmie : on respire plus rapidement, le cœur bat plus vite. Aussi ai-je mis en place ce programme pour qu’ils puissent pratiquer chez eux tous les jours, à l’aide des cassettes audio : au début 10 mn par jour, puis après quelques semaines 15 minutes, selon un programme basé sur la méthode du docteur Kabat Zinn. J’ai suivi 23 patients, de 32 à 81 ans, pendant 3 mois, en les supervisant toutes les semaines : j’ai noté des modifications de réactions à l’arythmie induites par la méditation, qui apaise les patients.

Vous établissez donc une relation entre la respiration et le rythme cardiaque ?

En effet. Le fait même de penser à autre chose et de déplacer son attention sur la respiration, plutôt que de réagir immédiatement au phénomène de l’accélération, est bénéfique. Il s’agit d’une stratégie d’autonomisation des patients: lors de mes supervisions hebdomadaires, j’ai remarqué une moindre intensité de l’anxiété chez certains d’entre eux, ainsi qu’une amélioration des symptômes.

S’agit-il de patients ayant déjà subi une ablation, (l’opération des arythmies) ou avant l’ablation ?

Ces patients suivent un traitement médical et n’ont pas subi d’ablation. La méditation leur permet un temps de latence avant de prendre une décision concernant cette opération, ayant eu assez d’épisodes pour être orientés vers une ablation, mais pas assez pour être vraiment gênés dans l’immédiat.

Quel est impact de l’anxiété sur l’arythmie cardiaque ?

Le stress causé par le caractère imprévisible de l’arythmie contribue à l’augmentation des troubles et affecte la qualité de vie. En apprenant à se détendre par l’attention à la respiration et grâce au ralentissement des battements cardiaques, les patients acquièrent un contrôle qui les soulage. En effet, le seul fait de ressentir une arythmie induit un sentiment d’incontrôlable qui se répercute sur l’arythmie, et sur sa durée. Il ne s’agit pas d’un traitement en soi, mais d’un outil complémentaire. Deux patients programmés pour une ablation l’ont annulé, sentant qu’ils étaient à même de prévenir le déclenchement de leur arythmie, et ayant remarqué qu’ils avaient moins d’épisodes de crise ; ils poursuivent ce programme tout en maintenant la prise de médicaments stabilisée. C’est une des stratégies que nous proposons aux patients lorsqu‘ils sentent pointer l’arythmie, car ils supportent mieux ces moments lorsqu’ils ont le sentiment de pouvoir les gérer.

Les cardiologues acceptent-ils aisément l’annulation d’une ablation ?

Oui, ils sont totalement en faveur de ce programme et nous réfèrent des patients qu’ils pensent pouvoir bénéficier d‘une approche intégrative : ceux qui se montrent réfractaires à l’ablation, pour lesquels cette approche représente une option, dans un premier temps.

Pensez vous que la pratique de la méditation puisse devenir partie intégrante du système de soins dans le domaine de la cardiologie ?

Certainement. Et j’espère que mon travail aidera à prendre en compte l’impact de la méditation, car elle contribue à la qualité de vie des patients : grâce à cet outil, plutôt que d’être uniquement traités pour leurs symptômes, il leur est possible de gérer leurs troubles. C’est donc mon souhait pour le futur.

Par Dominique Godrèche
Sciences & Avenir

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