En Inde, l’origine d’une mystérieuse épidémie enfin découverte

En Inde, l’origine d’une mystérieuse épidémie enfin découverte
Les litchis pas assez mûrs contiennent un taux élevé de toxines dans leurs graines. © GERARD LACZ / REX FEATU/REX/SIPA

Tous les ans, vers le mois de juin, une centaine d’enfants d’une ville du nord de l’Inde décèdent dans de mystérieuses circonstances. Des chercheurs viennent d’en découvrir la cause : les litchis. Explications.

Cela fait plus d’une vingtaine d’années qu’un mystérieux phénomène se produit en mai et juin, autour de la ville de Muzaffarpur (nord-est de l’Inde) : des centaines d’enfants sont hospitalisés, victimes de fièvre, convulsions, troubles de la conscience. Environ 40 % d’entre eux décèdent d’une encéphalopathie hypoglycémique, une maladie inflammatoire qui touche une partie du cerveau et liée, comme son nom l’indique, à une diminution anormale et prolongée de la concentration sanguine en glucose. Et chaque année, vers le mois de juillet, l’épidémie s’arrête, aussi rapidement qu’elle est survenue deux mois plus tôt. Depuis les années 1990, des scientifiques tentent de résoudre le mystère de cette hécatombe. Après deux ans d’enquête, une étude du Centre national indien de lutte contre la maladie de Delhi et du Bureau indien des centres pour le contrôle et la prévention de la maladie, basé à Atlanta (États-Unis) a identifié les coupables : les litchis, consommés alors qu’ils ne sont pas mûrs et le ventre vide, expliquent-ils dans la revue The Lancet Global Health.

Les graines du litchi contiennent des toxines affectant le métabolisme

Depuis 1995, les scientifiques ont suivi différentes pistes pour tenter de résoudre le mystère autour de cette épidémie : pollution, malnutrition, pesticides (présents en grande quantité dans la région), infection virale, bactérienne, transmise par des rats, des chauves-souris… Sans qu’aucune de ces hypothèses ne se révèlent concluantes. C’est alors qu’une équipe américano-indienne s’est intéressée à la culture de litchis, fruits omniprésents dans cette région pauvre de l’Inde, deuxième exportateur mondial. Et effectivement, la plupart des 300 enfants victimes de l’épidémie de 2014 et admis à l’hôpital de Muzaffarpur, avait récemment mangé un litchi dans les vergers environnants, et manifester un manque d’appétit quelques heures après.

Toutefois, « comment est-il possible que le litchi, ce délicieux fruit tropical, puisse provoquer une encéphalopathie hypoglycémique fatale chez l’enfant ? », se sont interrogés les chercheurs. Ces derniers ont alors établi un lien avec une autre pathologie, la maladie dite « des vomissements de la Jamaïque », caractérisée par une hypoglycémie pouvant être mortelle et liée à l’ingestion de fruits d’akée, proches du litchi. En effet, les responsables de l’épidémie indienne sont bien les toxines contenues dans les graines de ce fruit : les hypoglycines et le méthylène cyclopropyl-glycine, découverts dans l’urine des deux tiers des patients et ayant pour conséquence d’altérer sérieusement la synthèse du glucose. Or moins le fruit est mûr, plus le taux d’hypoglycines est élevé. Et cet effet est accentué quand ces fruits sont consommés le ventre vide : or, parmi les 300 enfants participant à ces travaux, la plupart présentaient un taux de sucre très bas lorsqu’ils ont consommé des litchis, car ils n’avaient pas pris de repas la veille au soir. Toutes ces conditions peuvent mener à une hypoglycémie aiguë puis une encéphalopathie mortelle, selon l’étude.

Le rôle soupçonné de la génétique

Cependant, les chercheurs estiment que le mystère n’est pas tout à fait résolu et pensent que la génétique joue un rôle dans le développement de la maladie. Ce qui pourrait expliquer pourquoi certains enfants tombent malades et pas d’autres. « L’association synergique de la consommation de litchi, d’un repas du soir manqué, et d’autres facteurs potentiels tels que le mauvais état nutritionnel, manger un plus grand nombre de litchis, et des différences génétiques encore non identifiés pourraient être nécessaires pour contracter cette maladie », indique l’étude. Les chercheurs n’ont pas attendu la publication de leurs travaux pour mener une campagne de prévention auprès des familles de la région concernée : dès 2015, le gouvernement a encouragé les parents à donner un repas à leur enfant le soir et à limiter la consommation de litchis. En deux saisons, le nombre de cas reportés par an a déjà chuté de moitié.

 

Lise Loumé

Source: sciencesetavenir.fr

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