Des souris aveugles recouvrent la vue, une première

Des souris aveugles recouvrent la vue, une première
Souris de laboratoire. © ROBERT F. BUKATY/AP/SIPA

Des chercheurs américains ont reprogrammé des cellules nerveuses chez des souris aveugles afin qu’elles restaurent partiellement leur vision. Un espoir pour les patients atteints de glaucome.

Des chercheurs de l’Université de Stanford, aux États-Unis, sont parvenus à restaurer partiellement la vision de souris aveugles en reprogrammant des cellules nerveuses pour qu’elles reprennent leur croissance, annoncent-ils dans la revue Nature Neuroscience.

Il s’agit de la première étude à montrer que les axones (prolongements) de neurones peuvent repousser et restaurer la vision. Une avancée pour nombre de pathologies oculaires, comme le glaucome, pour lesquelles ces cellules nerveuses sont endommagées ou détruites.

Une double thérapie pour accélérer la restauration de la vue

Dans cette étude, les souris ont les cellules ganglionnaires de la rétine d’un seul œil endommagées. Ces cellules nerveuses constituent un pont entre l’œil et le cerveau. « Quand elles sont endommagées, cela entraîne une perte irréversible de la vision – même si l’œil et le cerveau fonctionnent normalement », expliquent les chercheurs dans un communiqué. 

Pour restaurer la vision chez ces animaux, ils ont procédé en deux étapes. La première : faire repousser les axones de ces cellules ganglionnaires qui, arrivées à maturité, cessent leur développement. Les chercheurs ont utilisé une technique de manipulation génétique pour inverser la croissance cellulaire, à savoir une thérapie génétique délivrée par un virus pour réactiver la voie de mTOR (mammalian target of rapamycin), une enzyme qui contribue à stimuler la croissance des neurones.

Deuxième étape : exercer l’œil endommagé, plusieurs heures par jour pendant trois semaines, en montrant à la souris des rayures contrastées en mouvement, le tout en couvrant l’œil en bon état pour optimiser le travail de l’endommagé. Avec cette double thérapie, les axones des cellules ganglionnaires de la rétine se sont régénérés sur une distance atteignant 12 millimètres, soit 500 fois plus longue que celle qu’ils auraient atteinte normalement (voir image ci-dessous). Et ce dans un temps plus rapide.

Des axones de cellules ganglionnaires de souris (en rose et vert) se régénèrent depuis la zone lésée (à gauche). © Andrew D. Huberman

Des axones de cellules ganglionnaires de souris (en rose et vert) se régénèrent depuis la zone lésée (à gauche). © Andrew D. Huberman

 

La « repousse » de 5 % des cellules ganglionnaires suffit

En utilisant des protéines fluorescentes pour localiser les cellules ganglionnaires, les chercheurs ont observé qu’elles avaient repoussé dans la bonne direction et reformé les bonnes connexions pour restaurer les fonctions visuelles.

Pour estimer la perception visuelle retrouvée chez l’animal, ils ont utilisé quatre tests évaluant leur aptitude à suivre des objets en mouvement, leur réflexe pupillaire, leur perception de la profondeur et leur capacité à détecter un prédateur au-dessus de leur tête – un stimulus qui entraîne la fuite ou l’immobilité de l’animal. 

Selon les chercheurs, l’avantage majeur de leur technique est qu’elle nécessite de travailler seulement sur une petite partie des cellules ganglionnaires de la rétine : si seulement 5% de ces dernières repoussent, cela suffit à faire une différence significative.

Quant aux applications chez l’homme, même si cette thérapie s’avère prometteuse, le chemin est encore long, étant donné que les cellules ganglionnaires humaines ont besoin de grandir bien plus que celles de la souris.

 

Lise Loumé

sciencesetavenir.fr

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