Soigner l’obésité et le diabète de type 2 avec une bactérie intestinale

Soigner l’obésité et le diabète de type 2 avec une bactérie intestinale
Après 10 ans de recherches sur une bactérie intestinale, l’Akkermansia muciniphila, pour lutter contre certaines maladies comme l’obésité et le diabète, les résultats s’avèrent de plus en plus encourageants. Du moins sur les souris. Reste à savoir s’il en sera de même pour l’homme.
Akkermansia muciniphila… malgré ses dimensions microscopiques, cette bactérie pourrait bien constituer un espoir de taille dans la lutte contre l’obésité, le diabète de type 2 ou les inflammations intestinales. Depuis plusieurs années déjà, ses effets visiblement bénéfiques pour traiter ces pathologies sont étudiés.
Une pasteurisation qui double l’efficacité
Tout a commencé il y a une dizaine d’années. Une équipe de chercheurs menée par le professeur Patrice Cani, de l’Université Catholique de Louvain, étudie les interactions entre les bactéries intestinales et les organes. En 2007, l’Akkermansia muciniphila attire leur attention. Ils émettent l’hypothèse que celle-ci pourrait être déterminante dans la lutte contre l’obésité et le diabète de type 2. En 2013, nouvelle découverte : l’équipe démontre qu’après l’administration de cette bactérie chez la souris, les risques de développer ce diabète et de l’obésité diminuent.
Après pasteurisation (70°) de la bactérie, pour la manipuler plus facilement, les chercheurs constatent que chez le rongeur, l’Akkermansia redouble d’efficacité. En plus de corriger les maladies, elle permettrait de les prévenir. Les scientifiques découvrent qu’une protéine (Amuc_1100*) présente sur la membrane externe de la bactérie communique avec l’organisme et reste active même après avoir été chauffée à 70°. La pasteurisation élimine tout le superflu, sans attaquer la protéine, ce qui démultiplie du même coup ses performances. « Nous avons identifié plusieurs mécanismes mais ne connaissons pas toute l’histoire. Ce que l’on sait c’est que la bactérie consolide la fonction barrière de l’intestin et empêche donc le passage de toxine dans le sang. Deuxième mécanisme, elle dialogue avec nos propres cellules et va renforcer l’immunité de l’intestin. Elle augmente également l’oxydation des graisses, ce qui entraînerait la perte de poids. Par contre, je ne comprends toujours pas la (ou les) molécule(s) qui explique(nt) cette oxydation », poursuit le professeur Cani.
Optimiste mais prudent
En décembre 2015, Patrice Cani, en collaboration avec les cliniques universitaires Saint-Luc, ont lancé des tests expérimentaux sur des humains. A l’heure actuelle, un pas est déjà franchi puisque les premiers test ont montré son innocuité. Ne reste plus qu’à vérifier son efficacité sur l’homme. « Il serait déjà positif d’avoir des résultats modestes comme une légère diminution du poids. Chez la souris, la bactérie s’avère redoutablement efficace, pour l’homme comme à chaque fois, il faut rester réaliste. Mais l’avantage de l’Akkermansia est qu’elle agit sur plusieurs facteurs ». Dans le meilleur des mondes, il s’agirait donc à terme de développer un médicament, capable de lutter contre l’obésité, le diabète de type 2, mais aussi contre les maladies cardiovasculaires ou l’inflammation intestinale… Plutôt ambitieux. Les recherches seront présentées lors du congrès de la Société Francophone du Diabète, du 28 au 31 mars 2017 à Lille confirme le professeur Patrice Cani. Mais pour les résultats finaux, rendez-vous est donné fin 2017.
Karim Arhab
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