5 idées fausses sur l’alimentation des enfants

5 idées fausses sur l’alimentation des enfants
Crédit photo: psychologie.com

« Ne mange pas trop gras, trop sucré, trop salé », « Manger ! Bouger ! », « Au moins 5 fruits et légumes par jour »… Difficile de ne pas avoir en tête les messages de prévention et de santé, dont nous sommes un peu assommés, lorsqu’il s’agit de nourrir nos enfants.

À force de compter (les calories), d’équilibrer (les menus), de diminuer (les quantités), que leur transmettons-nous ? Laurence Haurat, psychologue et nutritionniste, démonte 5 idées reçues. Pour sortir un peu des normes qui ne conviennent pas à tous, petits mangeurs ou grands appétits.

Les enfants qui ne finissent pas leur plat n’ont pas besoin de dessert : FAUX !

« Si tu ne termines pas ton assiette, tu seras privé de dessert ». La punition ne surprend plus personne. Nous l’avons tous déjà entendue, subie, voire infligée. Après tout, s’il n’a plus faim pour des haricots verts, pourquoi aurait-il de la place pour une mousse au chocolat ? « Un raisonnement qui n’est pas complètement faux, analyse Laurence Haurat.

Il est tout à fait possible qu’un enfant s’arrête de manger lorsqu’il n’a plus d’appétit. D’autant qu’il sait, bien mieux que nous, s’arrêter à satiété. » Si tel est le cas, il y a fort à parier que l’absence de dessert ne devrait pas trop le contrarier.

Mais l’enfant peut aussi ne pas trop aimer ce qu’il est en train de manger, ou avoir une préférence pour le sucré et vouloir se garder de la place pour la suite. Ce qui démontrerait une très bonne compréhension et régulation de son appétit ! « Mais si on le force à finir son assiette, au-delà de sa faim, pour avoir le droit à un dessert, on l’oblige à dépasser ses besoins, et à manger trop.

À terme, l’enfant peut en perdre ses repères, et devenir de moins en moins capable de reconnaître ses sensations alimentaires (savoir quand il a faim, s’arrêter à satiété). Ne serait-il pas plus cohérent qu’il mange la moitié de son assiette et garde de la place pour sa mousse au chocolat ?

Enfin, faire du dessert l’enjeu d’une punition, c’est mettre en balance, l’un contre l’autre, le salé et le sucré. Comme si l’un était nécessaire, et l’autre superflu. Et la nutritionniste de rappeler : « Il faut garder à l’esprit que l’alimentation doit couvrir trois fonctions : nutritive, sociale, et hédonique.

Diaboliser le plaisir à manger, et le plaisir à manger sucré, c’est la plus grosse erreur que nous puissions faire avec les enfants. Cela leur renvoie l’idée qu’il existe de bons et de mauvais aliments. Ce qui est complètement faux. Tous les aliments trouvent leur place dans un repas et dans une journée. Même les bonbons ! »

Le conseil de Laurence Haurat : « Faites confiance aux enfants. Ils savent, de façon complètement intuitive, s’autoréguler, et manger à hauteur de leurs besoins. Les obliger à finir leur assiette, c’est leur faire croire qu’ils ne savent pas, et que nous savons mieux qu’eux. Ce qui est faux. D’autant que plus nous diabolisons un aliment aimé, plus nous avons tendance à nous ruer dessus, de peur d’en être privé. C’est le cercle vicieux de la restriction cognitive. »

Le grignotage est l’ennemi d’une alimentation équilibrée : FAUX !

 

 « Il faut d’abord redéfinir ce qu’est le grignotage, insiste Laurence Haurat. Aux yeux de la société, c’est le fait de manger sans avoir faim, et sans fin, sans pouvoir s’arrêter. Mais manger à des horaires autres que ceux des trois repas classiques quotidiens, ce n’est pas forcément grignoter : cela peut être prendre une collation, un goûter, une prise alimentaire supplémentaire. »

D’ailleurs, le goûter des enfants compte comme un repas à part entière dans leur alimentation, tant il est important pour eux. Et plus encore pour les “petits mangeurs”, incapables de venir à bout de leurs repas (entrée, plat, fromage et dessert). « Pour ces enfants-là, tout est question d’une juste répartition de leurs apports sur la journée.

Pour tenir les quatre heures qui les séparent du repas suivant, il est quasi sûr qu’ils auront besoin de manger, à d’autres moments de la journée, ce qu’ils n’auront pas réussi à ingérer à table. » Il n’est alors plus question de grignotage, mais plutôt de repas fractionnés. Pourquoi ne pas leur proposer un morceau de fromage ou un fruit quand ils réclament des gâteaux à une heure du dîner ?

Le conseil de Laurence Haurat : « La question du manger « beaucoup » peut être difficile à estimer, et certains parents ont du mal à juger de l’appétit de leur enfant. Est-il un petit ou un grand mangeur ? Difficile à dire. La seule solution est d’être moins ambitieux sur les quantités, et de resservir tant que l’enfant le souhaite.

Lui seul sait quels sont ses besoins, et sera à même de doser. Pour certains enfants, une demi-portion de plat, un petit bout de fromage et une moitié de pomme peuvent suffire. Les petits mangeurs existent vraiment. Et ils ne se portent pas moins bien que les autres tant qu’ils mangent de tout. »

Les enfants ne doivent pas sauter de repas : FAUX !

 

« Sauter un repas, c’est « ne pas manger, délibérément, ou de façon contrainte, alors que l’on a faim ». Pour un enfant, cela n’a pas de sens. Un enfant ne se prive pas volontairement (sauf pathologie rare de type anorexie) et il y a peu de chances qu’il ne soit pas nourri par les adultes responsables de lui. » La seule chose qui peut donc amener un enfant à sauter un repas ? Qu’il n’ait pas faim ! « Mais dire « je n’ai pas faim », ce n’est pas sauter un repas. C’est avoir une attitude bien régulée de ses sensations alimentaires. »

Le conseil de Laurence Haurat : « Nombreux sont les parents à culpabiliser, et à croire que leur enfant “ne mange pas le matin”, explique la psychologue, parce que celui-ci “ne boit qu’un biberon ou un bol de lait”. Mais si l’enfant juge que c’est tout ce dont il a besoin, il faut lui faire confiance ! On ne doit jamais forcer un enfant à manger. Tout simplement parce qu’un enfant ne se laissera jamais mourir de faim ! »

Il faut laisser le choix du menu aux enfants : FAUX !

 

 “Tu préfères des pâtes ou du riz ? De la ratatouille ou des épinards ? ” Nous sommes parfois tentés de leur proposer de choisir le menu du soir. Pour les responsabiliser, ou leur faire plaisir. « Mais il est extrêmement compliqué, pour un enfant, de choisir. Car choisir, c’est renoncer. Et n’espérez pas trop les voir choisir les haricots verts plutôt que les pommes de terre sautées.

Pour de nombreuses raisons, les enfants ne vont pas vers le vert, question d’histoire personnelle et de préjugés véhiculés par la société. Mais aussi parce qu’ils trouvent les légumes verts trop fades, et à raison, peu rassasiants. » On évite donc de leur laisser le choix, et, mieux encore, on leur sert les deux en même temps.

Le conseil de Laurence Haurat : « Eduquer, c’est allier l’écoute des besoins de son enfant, à la rigueur qui l’empêche de partir dans tous les sens. Un enfant ne doit pas avoir un accès libre au frigo et aux placards. Il a besoin de notre bon sens pour l’aider à choisir. Parce que devant un plein choix, l’enfant se dirigera plus naturellement vers des gâteaux que vers du fromage. »

Un soda light vaut mieux qu’un soda classique : FAUX !

 

À vouloir trop bien faire, nous, parents surinformés, et trop inquiets, avons parfois tendance à appliquer les messages à la lettre, et à faire du gras et du sucre nos ennemis jurés. « Mais les produits allégés conviennent encore moins aux enfants qu’aux adultes.

L’organisme a besoin d’apprendre la gestion du sucre. De tous les sucres. Ceux des gâteaux, ceux des fruits, ceux des féculents. Avec l’aspartam, les messages sont complètement brouillés : la saveur sucrée alerte le cerveau qu’un apport en énergie arrive, mais en réalité il n’y a rien derrière. Résultat : on a envie d’en consommer plus.

Là où l’on aurait bu un seul verre de soda classique, on va avoir envie de trois verres de soda light. » Et pour l’allégé, c’est pareil. « Un enfant qui s’habitue au 0% de matière grasse ne saura plus apprécier le goût des bonnes matières grasses. »

Le conseil de Laurence Haurat : « Il me semble bien plus important qu’un enfant boive du Coca décaféiné que du Coca édulcoré. »

 

Anne-Laure Vaineau

psychologies.com

Lamia Siffaoui
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