Vous êtes peut-être misophone et vous ne le savez pas

Vous êtes peut-être misophone et vous ne le savez pas
Photo docteurtamalou.fr

Vous préférez faire le service et vous levez constamment lors d’un dîner parce que vos invités font beaucoup de bruit en mangeant ? Vous avez envie de poignarder votre petit (e) ami(e) qui s’empiffre de pop-corn au ciné ? Étrangler votre collègue qui boit bruyamment son coca ? Ou encore quitter le cours parce que arrivez à entendre votre camarade du fond de la classe entrain de mâcher son chewing-gum ?   Vous êtes peut-être atteinte de misophonie.

Les personnes qui vous empêchent de vous nourrir comme vous voulez ou de mastiquer un chewing-gum, sous prétexte qu’ils ne supportent pas ça, souffrent bien plus que ce que vous ne l’imaginez. Ce trouble porte un nom : la misophonie, littéralement « la haine du son ». Longtemps ignorée, cette affliction ne fut identifiée qu’en début de l’an 2000 par les chercheurs américains Margaret et Pawel Jastebroff. Depuis, la science ne cesse d’avancer sur ce sujet.

Les bruits organiques, comme le raclement de gorge ou les bruits de bouche, ne sont agréables pour personne mais pour les misophones c’est une véritable torture. En outre, mastications, reniflements, craquements, le simple fait de respirer fort provoquent un énervement chez les personnes atteintes.

Peu d’études sur ce trouble existent. C’est seulement en 2013, qu’une équipe de psychiatres d’Amsterdam la qualifient de « trouble psychiatrique léger ». Début février, l’université de Newcastle (Angleterre) a publié des travaux dans la revue Current Biology, les chercheurs ont soumis des misophones ainsi que d’autres personnes à différents sons notamment celui de la mastication d’un chewing-gum, le scanner cérébral a révélé une activité intense au niveau du cortex insulaire antérieur. Cette zone gère les situations auxquelles nous devons faire attention et régule nos réactions. Alors qu’un non-misophone ignorera ces stimulis, une personne atteinte du trouble sera incapable de le faire.

En 2015, une autre piste avait déjà été évoquée par une étude de l’université de Northwestern (États-Unis). Selon cette dernière, le trouble pourrait davantage toucher les personnes créatives. Pour le Dr Philippe Peignard, il s’agirait surtout d’un dysfonctionnement de l’inhibition, « puisque les misophones n’arrivent pas à réprimer leurs réactions. »

Des thérapies cognitives pour soulager : Présente pour certains dès l’âge de six ou sept ans, la misophonie semble s’aggraver avec le temps, même s’il existe des misophonies qui se développent à l’âge adulte. Dans ce cas, les personnes sont sensibles à d’autres types de bruits, ceux d’animaux ou d’appareils ménagers, et les raisons pourraient être plutôt psychologiques.

Concernant les traitements, les spécialistes font appel aux thérapies cognitivo-comportementales, utilisées en psychothérapie pour atténuer les réactions négatives : ce sont des traitements sur l’acceptation, on demande aux personnes de porter l’attention sur elles-mêmes et moins à l’extérieur. Cela permet de baisser l’hypervigilance et l’hypersensibilité.

Pour l’heure, cette souffrance commence à sortir du silence, notamment grâce au documentaire Quite please…, du réalisateur misophone Jeffrey Scott Gould, sorti aux États-Unis en juin dernier. Dans la bande-annonce de ce long-métrage, s’enchaînent des témoignages qui vous feront accueillir avec plus de bienveillance la prochaine fois que l’on vous demandera de faire moins de bruits en mastiquant.

Yasmine Amziane
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