Stress : le manque de temps, ça se soigne !

Stress : le manque de temps, ça se soigne !

Métro, réunions, sport, shopping, repas, biberons, câlins… Et nos journées ne comptent que 24 heures ! La solution ? Une profonde remise en question. Découvrez les conseils de Jean-Louis Servan-Schreiber issus de son livre Le nouvel art du Temps.

Alors que nombre d’entre nous bénéficient des 35 heures et ont donc la possibilité de profiter de la réduction du temps de travail, les sondages nous annoncent que les cadres à responsabilité, et en particulier les femmes, se plaignent plus que jamais du stress et du manque de temps, bien plus que du manque d’argent, de verdure ou de liberté. Paradoxe inexplicable ? Pas tant que ça, car, comme toutes les choses importantes de la vie, bien utiliser son temps n’est pas enseigné à l’école. Pas plus, d’ailleurs, qu’aimer, se connaître et se changer, bien se nourrir, élever ses enfants, faire un bon usage de l’argent, écouter les autres… et mourir. Nous sommes tous, en la matière, des autodidactes. Dès l’école, on nous affuble d’une montre et on nous distribue des horaires de cours. Initiation éclair. Peu après commencent à s’empiler dans notre petit panier quotidien (qui ne contient, après tout, que vingt-quatre heures) métro, réunions, boulot, rendez-vous, dodo, coups de téléphone, repas, sport, shopping, ébats amoureux, journaux à lire, biberons à donner, notes à rédiger, courses à faire, etc.
Certains craquent, d’autres s’organisent. La plupart ont mal à leur temps et ne savent pas que ça se soigne. C’est à leur intention qu’a été écrit ce livre, fondé sur une expérience intégralement vécue.
Au XXe siècle, nous avons bouleversé la santé, le bien-être matériel, la vitesse, la communication, l’espace et maintenant notre corps. Notre prochaine conquête est évidente : notre temps. Ce ne sera pas la plus facile, car c’est un combat à mains nues et avec nous-même. Mais il en vaut la peine, car il rend la vie plus sereine et débouche sur la sagesse.

Nos chères mauvaises habitudes

Examinons quelques-unes de nos nombreuses manières de gâcher notre temps.
Que ce soit au travail ou à la maison, nous avons des tâches à accomplir. Petites ou grandes, ce sont elles qui ponctuent nos journées. Mais c’est nous qui, en principe, choisissons dans quel ordre les effectuer et qui décidons des priorités. En fait, voici comment les choses ont toutes les chances de se passer.
Nous faisons d’habitude :

ce qui nous plaît avant ce qui nous déplaît ;

ce qui va vite avant ce qui prend longtemps ;

ce qui est facile avant ce qui est difficile ;

ce que nous savons faire avant ce qui est nouveau pour nous ;

ce qui est urgent avant ce qui est important ;

ce que d’autres nous demandent avant ce que nous avons choisi.

Ce n’est pas tout. Ce qui est noté à une heure donnée sur notre agenda prendra le pas sur des travaux auxquels nous n’avons pas affecté d’horaire. Nous sommes souvent plus disponibles pour les interrupteurs que pour nos propres priorités. De même, nous traitons plutôt les problèmes dans l’ordre où ils se présentent, ce qui n’a pas forcément de rapport avec leur ordre d’importance.
Quand plusieurs personnes dépendent de nous – clients, subordonnés, enfants –, nous nous occupons d’abord de celles qui réclament le plus bruyamment, même si leurs problèmes ne sont pas forcément les plus urgents. Pas étonnant qu’à cause de ces réflexes, devenus des habitudes, Charles ne se soit lancé dans son rapport qu’à l’ultime délai limite prévu. […]

Cinq profils de stress

Un psychologue, le docteur Kahler, a mis en évidence les cinq injonctions les plus courantes dont nous sommes, souvent sans le savoir, tributaires dans nos actions. […]
Les “dépêche-toi” croient que si l’on peut réaliser quelque chose en prenant son temps, ce ne doit pas être important. Ils ont besoin de précipitation pour se sentir justifiés. Aussi leur suffit-il de s’y prendre à la dernière minute, au prix d’un stress dont ils peuvent se plaindre à voix haute.
Les “sois parfait” ne savent pas s’arrêter dans la mise au point des derniers détails. Ils perdent du temps à ranger, raffiner, contrôler, garantir. Ils auront du mal à décider, car ils craindront de manquer d’une information cruciale. Leur perfectionnisme les met en retard et les empêche de prendre du recul.
Les “fais-moi plaisir” disent souvent oui quand ils pensent non, et se retrouvent embarqués dans une série d’activités dont ils n’ont que faire. Ils n’aiment pas annoncer une nouvelle désagréable, ce qui les amène à laisser en souffrance des situations qui se détériorent. […] Confrontés aux engagements qu’ils n’ont pas pu tenir, ils sont consternés, mais ont bonne conscience, puisqu’ils voulaient faire plaisir.
Les “essaie encore” pensent que ça ne peut être que dur et difficile. Si ça ne l’est pas, ils ne prendront pas le problème au sérieux. Ils se justifient davantage dans l’effort que par les résultats. Pour eux, plutôt que d’aboutir, il est plus important que l’on sache qu’ils n’ont rien ménagé… et guère dormi.
Les “sois fort” n’ont besoin de personne. Ils doivent trouver seuls les solutions, et ne savent pas déléguer. Ils n’expriment pas de faiblesses, ne se plaignent pas.
Ils prennent sur eux, serrent les dents et tiennent à avoir raison. Droits sur la passerelle, ils sauront couler avec le bateau. Intimidations parentales, exemples familiaux, influence des éducateurs ? Nous avons tous du mal à savoir pourquoi nous adoptons, à notre propre détriment, telle ou telle de ces attitudes. Elles ne sont d’ailleurs que des exemples de l’infinie variété des obstacles psychologiques qui s’opposent en nous à un bon usage du temps. […]

Vive la liberté !

« Comment ! Je me débats déjà au milieu de plein de contraintes qui me compliquent la vie, et vous voulez que j’en rajoute d’autres ? » L’objection fuse, presque automatiquement, devant toute tentative de maîtrise (de son corps, de soi-même, du temps).
Une comparaison avec la diététique est éclairante. Ceux qui veulent maigrir le font parce qu’ils ne se sentent pas bien dans leur peau ni devant leur glace. Mais, s’ils sont gros à leurs propres yeux, c’est souvent pour avoir, chaque jour, arbitré en faveur de petites gratifications immédiates (une bouchée de plus) au détriment d’une grande satisfaction à long terme (se sentir bien et beau). Or une nouvelle diététique consiste à renoncer, tout de suite et pour longtemps, à ces gratifications en continuant un certain temps à supporter les inconvénients d’une corpulence qui ne disparaît pas subitement. Il s’agit donc d’affronter de son plein gré une période austère en vue d’un bénéfice probable, mais lointain. […]
La mauvaise nouvelle, c’est qu’il faut, au début, accepter une période de plus grandes contraintes. Mais, bonne nouvelle, les résultats peuvent être beaucoup plus rapides qu’en matière d’amaigrissement. Cela me rappelle un souvenir personnel. Après avoir perdu douze kilos que j’avais en trop, combien de fois n’ai-je pas souri en entendant : « Pourquoi faites-vous un régime puisque vous êtes mince ? » Les gens paraissaient décontenancés par l’évidence de ma réponse : « Mais c’est parce que je fais un régime que je suis mince ! » […]

Le temps qu’il faut pour chaque chose

Parmi les problèmes que nous rencontrons dans notre rapport au temps, il n’y a pas que la profondeur de champ. L’appréciation toute simple du temps qu’il faut pour faire les choses, bref l’expérience de la durée, n’est pas donnée à tout le monde. […] Ainsi, cette sommité médicale parisienne qui fait attendre ses patients entre 45 et 90 minutes. Et ce, tous les jours.
Quelquefois, le retard prend des proportions si alarmantes que sa secrétaire s’évertue à joindre au téléphone les clients de l’après-midi pour leur dire de ne venir que deux heures plus tard. Le diagnostic est simple : ce médecin inscrit un malade toutes les demi-heures alors qu’il les garde chacun au moins trois quarts d’heure. Depuis des années. Et quelque chose en lui refuse de s’en apercevoir. […]
Plus les projets sont complexes, plus une mauvaise appréciation de la durée coûte cher. D’où, comme pour l’horizon temporel, une prime substantielle à ceux qui ne se trompent pas sur les délais qu’ils promettent.

La gestion n’est pas la maîtrise

L’empereur Titus, un libéral qui construisit le Colisée au Ier siècle après J.-C., se demandait chaque soir :  » Ai-je bien utilisé mon temps ?  » Ceux d’entre nous qui en font autant sont contents, malgré la fatigue, lorsque leur journée s’est déroulée de façon harmonieuse, sans gaspillages, conformément à leurs objectifs ou prévisions.
En revanche, c’est le malaise vespéral lorsque, en réponse à la même question, nous revivons toutes ces attentes inutiles, ces interruptions en cascade, ces délais manqués, une précipitation qui nous laisse meurtris comme si nous avions dévalé au bas d’une pente.
Il existe une différence essentielle entre maîtrise et gestion du temps. La seconde, qui fait l’objet d’un nombre considérable d’ouvrages et de séminaires, surtout au Etats-Unis, a pour but de « gagner une heure par jour » ou d’ »accomplir davantage dans la même journée ». Mais l’efficacité accrue n’est qu’une partie de notre problème de temps. Si l’on aspire à maîtriser son temps, c’est pour vivre mieux, pas seulement pour gagner du temps. […] On fait un travail sur soi-même, on réfléchit à la manière dont on vit, et chacun en tire les conclusions qu’il juge utile. La démarche est donc plus profonde et, espérons-le, plus féconde que celle d’une amélioration des performances.[…]
Aussi est-il naturel de rapprocher cette recherche de maîtrise de certains préceptes courants dans les sagesses orientales.
– « Le but compte moins que le chemin pour y parvenir », ou encore : le résultat est moins important que le travail qui nous permet de l’obtenir.
– « On ne domine bien que ce par rapport à quoi on a pris ses distances », une maxime déjà plus applicable au jour le jour. Ce qui nous habite, et nous obsède, nous tient. Rage, passion ou simple contrariété, nous y restons soumis tant que nous ne parvenons pas à dire : « J’éprouve de la rage, mais je ne suis pas cette rage, je pourrai donc aussi bien ne plus l’éprouver tout à l’heure. »
Cette distanciation, cette désidentification par rapport à ce qui nous trouble, est indispensable pour nous permettre d’analyser et de comprendre la nature de la difficulté. Une démarche préalable à toute maîtrise.

Les responsables du stress

Les voleurs de temps

Un chercheur, Alec MacKenzie, a fait établir par des groupes très variés de responsables leur liste de voleurs de temps. Il a interrogé successivement 40 colonels canadiens, 30 présidents d’université américains, 25 chefs d’entreprises mexicains, des courtiers en assurances, des pasteurs noirs américains et des managers allemands. Leurs listes étaient pratiquement interchangeables.
La bande de voleurs au complet comprend les éléments suivants :

Voleurs externes

Appels téléphoniques imprévus ou inutilement longs.

Collègues ou collaborateurs entrant exposer leurs problèmes ou faire la conversation.

Politique de la porte ouverte,  » devoir de disponibilité « .

Visiteurs, clients, fournisseurs débarquant à l’improviste.

Personnel insuffisamment formé (en particulier, secrétariat déficient).

Le patron ou, pire, plusieurs patrons.

Repas d’affaires, cocktails de promotion et autres soirées pour visiteurs étrangers.

Réunions trop fréquentes, trop longues, mal préparées.

Démarches administratives personnelles ou familiales.

Entretien, réparation de machines en panne (voiture, lave-linge, télévision).

Rendez-vous pour les enfants (médecins, leçons de musique, sports), avec nécessité de les y conduire.

Ménage, courses, cuisine.

Interruptions par ses enfants (ou ses parents).

Voleurs internes

Priorités et objectifs confus et changeants.

Absence de plan de travail quotidien.

Travaux non terminés, encore  » en cours « .

Pas de dates limites auto-imposées.

Tendance à en faire trop, perfectionnisme.

Manque d’ordre, bureau mal rangé.

Confusion et doublons dans les responsabilités.

Délégation insuffisante.

Attention excessive aux détails.

Retard à traiter les conflits.

Résistance au changement.

Intérêts dispersés et trop nombreux.

Inaptitude à dire non.

Manque d’informations, de communications insuffisantes (ou excessives).

Indécision ou décisions trop rapides (ou prises en comité).

Fatigue, baisse de forme. […]

Si l’on est honnête avec soi-même, en relisant la liste des voleurs externes, on se rendra compte qu’une grande partie d’entre eux ne sont que des internes déguisés. Ce ne sont, pour l’essentiel, que les comparses de deux plus grands voleurs internes : l’inaptitude à dire non […] et la délégation insuffisante. […]

Une démonstration ?

Des cailloux dans un seau
Pour finir sur quelque chose de concret, voici la démonstration d’un expert américain en gestion de temps, telle qu’on peut la lire sur Internet.
Devant ses étudiants, il prend un seau et le remplit d’une douzaine de gros cailloux qu’il pose un par un. « Le seau est-il plein ? » demande-t-il. « Oui », dit la classe. « Vraiment ? » Il sort alors un sac de petits graviers et le vide dans le seau, où ils trouvent leur place. « Et maintenant, il est plein ? »
« Peut-être pas », répondent les étudiants, devenus prudents. Le professeur prend alors un récipient, plein de sable, secoue le seau pour que les pierres de différentes tailles se tassent et verse le sable dans le seau. « Ça y est, c’est plein ? »
« Non », crie la salle, par zèle. L’expert s’empare donc d’une grande bouteille d’eau, qu’il vide intégralement dans le même seau, jusqu’à ce que le liquide affleure à ras bord. Il se tourne alors vers sa classe.
« Quel est l’objet de cette démonstration ? » lance-t-il. Un étudiant lève bravement le doigt : « C’est pour montrer que même si l’on croit avoir un emploi du temps bourré, on peut toujours y faire tenir quelque chose en plus. »
« Non, réplique le prof, ce que je voulais seulement vous rappeler, c’est que si vous ne placez pas vos gros cailloux en premier, vous n’arriverez jamais, ensuite, à les faire rentrer. »
Quels sont les « gros cailloux » de votre vie ? Ceux que vous aimez ? Votre carrière ? Votre développement personnel ? Créer une œuvre ? Prendre plus de plaisir à l’existence ? Savoir ce que vous faites sur cette planète ? Quels qu’ils soient, c’est à vous de vous assurer qu’ils trouvent leur place prioritaire dans votre temps. Maintenant, vous en savez un peu plus sur comment y parvenir. A vous de jouer ! Bonne chance !

Jean-Louis Servan-Schreiber

http://www.psychologies.com/

Issam Saidi
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