Qui y a-t-il dans le cerveau d’un aventurier de l’extrême ?

Qui y a-t-il dans le cerveau d’un aventurier de l’extrême ?
Course extrême en solitaire en Antarctique. ©Kelvin Trautman/REX Shutterstock

CERVEAU. Mettre l’homme à l’épreuve d’une pression physique et psychique maximale pour comprendre les ressorts de la décision humaine, tel est le pari de l’explorateur franco-suisse Christian Clot, qui s’apprête à enchaîner quatre expéditions inédites entre les mois d’août 2016 et janvier 2017 dans les climats les plus rudes de la planète.

En collaboration avec le laboratoire des neurosciences cognitives (LNC) de l’Ecole normale supérieure (ENS), Christian Clot, 44 ans, va se muer en cobaye humain pour permettre à la science de mieux comprendre ce qui nous fait agir.

L’aventurier est déjà connu pour ses explorations dans les milieux les plus inhospitaliers, notamment en Asie, Afrique et Amérique latine(cordillère Darwin et canaux de Patagonie), mais aussi ses récits de voyages et ses films.

Etudier la plasticité cérébrale en condition extrêmes

Il « va nous permettre avec ce projet, qui est une première scientifique et qui renoue avec les grandes expéditions naturalistes des 18e et 19e siècles, d’étudier in situ la plasticité cérébrale associée à des conditions particulières créant un stress physique et mental », explique à l’AFP le professeur Etienne Koechlin, polytechnicien, neurobiologiste et directeur du LNC. Reconnu comme l’un des grands experts mondiaux desneurosciences cognitives, Etienne Koechlin concentre ses recherches sur « les mécanismes psychologiques de la faculté de juger et de décider de l’homme, et sur le fonctionnement de son cerveau qui lui confère de telles facultés cognitives d’adaptation », a-t-il précisé.

Avec cette série d’expéditions baptisée « Adaptation », Christian Clot, qui possède déjà une solide expérience en ce domaine, va donc de nouveau mettre son corps et son esprit à très rude épreuve.

Le programme de l’aventurier est pour le moins chargé. Chaque expédition durera en moyenne une trentaine de jours. La première traversée à pied de 500 km sera celle du désert iranien, Dasht-E Lut, l’un des plus chauds et arides du monde avec une température de 60°C et un taux d’hygrométrie de… 2%.

Le deuxième périple s’accompagnera d’un choc thermique puisque l’explorateur se transportera en kayak sur 450 km dans les canaux de Patagonie chilienne, entre le détroit de Magellan et le canal de Beagle, avec des températures cette fois aussi froides qu’humides (hiver austral, – 20°C et 90% d’humidité) et des vents pouvant dépasser les 200 km/h.

Sa troisième « balade » de 350 km le conduira à pied et en canoë au cœur de l’un des climats les plus chaud et humide de la Terre, dans la forêt amazonienne du Brésil qui affiche au mercure une quarantaine de degrés avec 100% d’humidité. Enfin, en janvier 2017, Christian Clot se retrouvera dans les monts de Verkhoïansk en Sibérie Orientale, pour une traversée de 450 km par moins 60°C, à skis, en tractant son nécessaire vital sur une pulka (traîneau) de 180 kg.

Cartographier le cerveau de l’explorateur

Au-delà de la somme des difficultés et contraintes inhérentes à chacune de ces expéditions, c’est leur infernal enchaînement (4 fois 30 jours avec 3 intervalles de 10 jours et retour à Paris, puis nouveau départ dans un autre écosystème) qui constitue la clef de voûte extrême, physique et scientifique du projet « Adaptation ».

« C’est mon inconnu, mon facteur X dans cette aventure, en dépit de mon expérience des conditions extrêmes, reconnaît Christian Clot. Mais c’est aussi tout l’objet, l’intérêt et le fondement de l’étude menée par Etienne Koechlin ».

« Christian – qui sera évidemment suivi sur le terrain avec les analyses organiques et physiologiques de base qu’il pourra nous transmettre -, détaille le professeur Koechlin, sera soumis à chaque phase de retour à une batterie d’analyses et tests cognitifs (scanner, doppler, IRM…) pour cartographier son cerveau, établir son état physiologique général et analyser comparativement d’éventuelles évolutions, changements ou régressions entre chaque expédition ».

Mettre en jeu sa santé, risquer son propre équilibre. Christian Clot ne recule devant rien, pour autant que le jeu scientifique en vaille la chandelle. « On est arrivé au bout de l’aventure solitaire à sa propre gloire égotiste, dit Clot. Les authentiques explorateurs et aventuriers des temps modernes ne peuvent avoir qu’un seul objectif crédible : apporter leur modeste pierre à l’édifice de la connaissance, être des passeurs de science auprès de la collectivité des hommes. »

 

Sciences et Avenir

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Lamia Siffaoui
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