Quelle influence des autres sur nos décisions quotidiennes ?

Quelle influence des autres sur nos décisions quotidiennes ?
Après avoir observé le comportement d’autres individus, les personnes se mettent à les imiter, sans même s’en rendre compte. © CREATIVE COMMONS

À quel point le comportement de notre voisin inspire-t-il nos décisions ? Pour le savoir, des chercheurs de l’Inserm ont réalisé une série d’expériences, sur des choix concernant la prudence, la patience et l’effort.

GROUPE. Est-ce que je vais prendre place à bord d’un kart – moi qui déteste la grande vitesse – si mes amis insistent ? Vais-je me lever pour faire le ménage si les autres autour de moi restent confortablement installés dans le canapé ? Nous prenons sans cesse au quotidien de multiples décisions… mais à quel point sont-elles influencées par le comportement des autres ? Deux neuroscientifiques de l’Institut du Cerveau et de la Moelle épinière à Paris ont mené une série d’expériences pour le déterminer. En combinant modélisation mathématique et psychologie cognitive, ils ont étudié le comportement de personnes soumises à des choix faisant appel à la prudence, la patience ou l’effort (ou selon le point de vue : la prise de risque, l’impatience et la fainéantise). Ils ont remarqué qu’après avoir observé le comportement d’autres individus, elles se mettent à les imiter, sans même s’en rendre compte !

Prédire les choix des autres jusqu’à les imiter

Les chercheurs ont recruté 56 volontaires (25 ans en moyenne) qu’ils ont soumis à des tests décisionnels. Sur ordinateur, ils ont été invités à faire des choix engageant divers degrés de patience, d’effort et de prudence : par exemple, choisir entre remporter deux euros tout de suite ou dix euros quelques jours plus tard, appuyer sur une poignée souple pour un gain faible ou très dure pour une somme plus élevée ou encore, opter pour une loterie offrant de fortes chances de gagner un petit montant ou des chances moindres de remporter le gros lot. Les volontaires ont répondu à une série de quarante choix de ce type, permettant ainsi aux auteurs de créer un algorithme représentatif de leur personnalité.

Dans un second temps, les volontaires ont prédit les choix d’un personnage fictif inventé à partir de l’algorithme rendu plus prudent, fainéant, patient que le sujet lui-même, ou l’inverse. Spontanément, tous les sujets ont imaginé que ce personnage ferait les mêmes choix qu’eux, quelle que soit la manière dont ils se comportent. Tout se passe comme si les gens présument que les autres pensent et agissent comme eux, c’est ce qu’on appelle un « biais de faux consensus ». « Ce phénomène a déjà été décrit dans d’autres contextes pour des choix esthétiques ou moraux par exemple, explique dans un communiqué Jean Daunizeau, reponsable de ces travaux. Il stipule que les gens croient que leur jugement est celui partagé par le plus grand nombre. On retrouve cela ici pour les choix faisant appel à la patience, l’effort ou la prudence. » Mais ce biais est progressivement compensé par l’apprentissage : après plusieurs erreurs et une période d’adaptation, les volontaires ont fini par prédire de mieux en mieux les réponses de l’algorithme, jusqu’à atteindre un taux moyen de bonnes réponses de 85%. « En moyenne, les gens sont donc capables d’interpréter finement les attitudes des autres », expliquent les chercheurs.

Dans une troisième série de tests, les chercheurs ont constaté que les choix des volontaires sont devenus plus semblables à ceux du personnage fictif. « Ce type de mimétisme est relativement inconscient : lorsqu’on leur pose la question, les volontaires ne se rendent pas compte que la nature de leurs choix a évolué, qu’ils font par exemple preuve de plus de patience ou de prudence, analyse Jean Daunizeau. Ce phénomène s’appelle le « biais de contagion sociale » et signifie que notre attitude tend à s’aligner sur celle des autres. On le connaissait pour certains comportements mais on le découvre ici dans la prise de décision. »

Un intérêt pour diagnostiquer l’autisme et la schizophrénie ?

Un mimétisme fort est donc constaté chez des sujets sains. Qu’en serait-il si l’on réalisait la même étude chez des personnes atteintes de pathologies psychiatriques qui affectent les relations sociales, comme l’autisme ou la schizophrénie ? C’est ce que les chercheurs souhaitent réaliser : « s’il existe des différences à ce niveau-là, l’absence de mimétisme pourrait peut-être devenir un élément diagnostic. Il y aurait alors un enjeu clinique », conclut l’équipe.

 

Lise Loumé

Source: sciencesetavenir.fr

Lamia Siffaoui
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