Pourquoi les procrastinateurs procrastinent ?

Pourquoi les procrastinateurs procrastinent ?
Le personnage de bande dessinée Gaston Lagaffe préfère la sieste au travail. JEAN-PIERRE MULLER / AFP

Remettre au lendemain les tâches contraignantes… est une habitude relativement partagée, à en voir outre-Atlantique le succès du fameux procrastinateur Tim Urban. Une origine cérébrale peut-elle expliquer que cette tendance soit plus marquée chez certains ?

La salle est comble. Tim Urban, désormais célèbre grâce à son blog Wait but Why sur lequel il échange avec Elon Musk, donne une conférence le mardi 20 juin 2017 à l’USI (Unexpected Sources of Inspiration) 2017. Non sans humour, le jeune homme décrit sa vie de procrastinateur et le public semble pour le moins… concerné ! Il théorise en quelque sorte la procrastination, cette habitude de remettre toujours au lendemain ce que l’on doit faire. Il décrit un petit singe qui accompagne celui qui commande son cerveau, qui n’est pas sans rappeler celui d’Homer Simpson jouant des cymbales. Un espèce de diablotin nommé « singe de la récompense immédiate ». Son objectif, s’interposer à chaque fois que le cerveau tente de prendre une décision constructive. Ce qu’il recherche : la facilité et l’amusement.

Mais l’ange gardien n’est pas si loin. Il s’agit du monstre de la panique qui se réveille l’échéance approchant (voir ici une vidéo de la conférence TED donnée par Tim Urban en février 2016). Comme le confie Tim Urban, qui a reçu des milliers de témoignages, la réalité n’est malheureusement pas toujours aussi drôle. En effet, procrastiner peut compliquer sérieusement la vie personnelle et professionnelle. Comment expliquer cette fâcheuse habitude ?

La valeur nette entre la récompense et l’effort

« La procrastination n’est pas un terme médical, elle n’est pas actuellement décrite comme un syndrome ou un symptôme d’une quelconque pathologie », explique le Pr Richard Lévy, neurologue à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière, à Paris. « D’un point de vue des neurosciences, avant d’agir, l’être humain évalue en permanence la valeur d’une action selon une balance bénéfice/effort ou récompense/effort, adaptée au contexte« . Cette valeur varie sans arrêt, notamment en fonction du temps. Et cela est très subjectif. En effet, « ce qui est évalué, commente le médecin, ce n’est pas tant l’effort en lui même, mais plutôt la représentation qu’un individu a de l’effort« . Plus précisément, il y a deux systèmes. « D’un côté, le circuit de la récompense qui implique deux régions cérébrales : le cortex orbitofrontal et le striatum ventral, et un neuromodulateur, la dopamine. De l’autre, le système de l’effort impliquant le cortex cingulaire, l’insula et la sérotonine« , décrit Mathias Pessiglione, responsable de l’équipe « Motivation, cerveau et comportement » à l’Institut du Cerveau et de la moelle épinière. « Le premier évalue le bénéfice de l’action, et l’autre son coût. Le rapport des deux, appelé la valeur nette, permet au cerveau de déterminer s’il faut s’engager dans l’action« . Et les deux mécanismes dévaluent avec le temps, c’est-à-dire qu’une récompense différée est moins attirante qu’une récompense immédiate, et de la même façon, un effort différé paraît moins pénible qu’un effort immédiat.

EXPERIENCE. L’équipe de Mathias Pessigilione a mené une étude chez les procrastinateurs. Elle n’a pas encore été publiée mais les résultats obtenus par imagerie cérébrale montrent que, chez ces personnes, le système des efforts dévalue nettement plus vite que celui de la récompense. « Par exemple, si je considère une action comme ranger ma chambre, il y a un coût (c’est fastidieux) mais il y a un bénéfice (j’aurai une chambre rangée), explique Mathias Pessiglione. Chez le procrastinateur, repousser cette action au lendemain est préférée parce que différé d’un jour, le coût paraît largement atténué, alors que la récompense reste presqu’aussi souhaitable. Donc la valeur nette est plus grande que si je range ma chambre maintenant ». Et comment les chercheurs ont-ils évalué la procrastination ? Ils ont testé les volontaires grâce à une échelle de psychométrie, l’échelle de Lay. Mais ils ont aussi regardé combien de temps ils mettaient à renvoyer… le formulaire !

Bien que Tim Urban en parle avec brio et humour, la procrastination n’est pas pour autant à prendre à la légère. Elle peut être associée à de nombreuses pathologies ou encore être présente sans maladie associée. « A cause de cela, beaucoup d’étudiants sont en échec. De façon générale, la procrastination peut avoir une influence très négative sur l’estime de soi », ajoute le chercheur.

Impulsivité et marshmallow
Le système qui évalue la récompense est propre à chaque individu, et caractérise ce que l’on appelle l’impulsivité. On s’en rend très bien compte avec le test du Marshmallow mené dans les années 70 par un psychologue de Stanford : une friandise est proposée à un enfant ; s’il résiste, il en obtient par la suite deux autres en guise de récompense. Certains préfèrent une récompense immédiate quand d’autres s’intéressent à une récompense différée « plus importante ». Selon les auteurs, plus le contrôle sur soi est important, plus les chances de réussir sont grandes.

 

Stéphane Desmichelle

Source : sciencesetavenir.fr

 

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