Parents : intervenir, ou non, dans les conflits frères-sœurs ?

Parents : intervenir, ou non, dans les conflits frères-sœurs ?

La rivalité est inévitable dans la fratrie. Aux parents de l’accepter et de la canaliser. Que dire et que faire pour qu’elle ne s’exprime pas dans la violence ? Six situations clés décodées avec la psychanalyste Catherine Vanier.

« Ils s’adorent, vraiment, jamais une dispute, j’ai beaucoup de chance » ou « Je ne peux pas les laisser seuls deux minutes, ils se battent ». Deux positions entre lesquelles oscille ou se fige l’amour fraternel et qui dépendent fortement des attentes et des projections des parents. « Qu’elles soient refoulées ou exprimées, la jalousie et la rivalité sont inévitables dans la fratrie, rappelle Catherine Vanier. Loin d’être négatives, elles agissent comme un stimulant, un ferment à la construction de l’identité psychique de l’enfant. C’est pour cela que les parents doivent les accepter. »

Le moteur de ces émotions ? S’assurer un amour exclusif de la part des parents. Être le meilleur, dominer l’autre sont autant de manières d’exprimer ce désir inconscient. Avec une limite : « La violence n’est évidemment pas acceptable, l’intégrité physique et psychique de chaque enfant doit être respectée, et c’est au parent d’y veiller. Pour cela, ils doivent non seulement accepter de mettre des limites, mais aussi de relire leur propre histoire de sœur ou de frère par le prisme de la rivalité fraternelle. Et tenter ainsi de comprendre ce qui a pu être transmis en termes de violence – actée ou ressentie – ou de jalousie à leurs propres enfants, et qui se rejoue dans leurs relations. »

Ils sont inséparables et ne se disputent jamais

Les motivations inconscientes. Ou bien ils se sont unis dans une vraie et grande complicité contre leurs parents. Ou bien ils refoulent agressivité, jalousie et rivalité pour faire plaisir à leurs parents. Dans ce cas, il s’agit d’une surenchère affective sur le mode « regarde comme je sais prendre sur moi pour être tout le temps gentil avec lui (elle) ». Surenchère dont l’objectif final est bien entendu d’être le grand gagnant. La pulsion agressive est transformée en démonstration de gentillesse. Le risque ? Faire grandir et différer une haine inconsciente.

Comment rétablir l’équilibre. Accepter la complexité. Les relations humaines sont conflictuelles, les sentiments ambivalents. Il est important de se questionner : quelle jalousie personnelle avons-nous dû ravaler ? Quelle peur la menace du conflit réveille-t-elle ? À qui et pourquoi veut-on faire la démonstration d’une « famille modèle » ? Proposer des activités et des loisirs en vue de séparer une fratrie trop fusionnelle peut être le feu vert que les enfants attendent pour pouvoir se « déscotcher ». Accueillir les critiques, mais aussi ce que l’on nomme les émotions négatives peut aussi libérer les enfants du fardeau d’être toujours positifs.

Ils se dénoncent l’un l’autre

Les motivations inconscientes. Essayer à tout prix d’avoir la première place dans le cœur des parents en montrant à quel point l’autre ne vaut pas la peine d’être aimé. Le manque de confiance en soi de l’enfant peut également jouer comme un levier : peu sûr de ses talents et compétences, il se valorise sur les faiblesses de son frère ou de sa sœur. Certains parents mettent en place, plus ou moins inconsciemment, un système de comparaison- compétition, qui pousse les enfants à se dénoncer les uns les autres.

Comment rétablir l’équilibre. En ne rentrant jamais dans le jeu du cafteur et en lui disant clairement que dénoncer ne se fait pas. On peut aussi lui préciser que l’on n’a pas besoin de lui pour connaître les défauts de son frère ou pour être au courant de ses bêtises. C’est une manière de le remettre à sa place d’enfant en le rassurant : ses parents sont suffisamment forts et justes pour ne pas charger un de leurs enfants de faire le « sale boulot ». Cela signifie aussi que ses parents ne laisseront pas sa sœur ou son frère cafter sur lui. De même, il faut se garder au maximum de faire des comparaisons entre frères et sœurs, cela induit des compétitions malsaines et des rivalités haineuses.

Ils ne veulent rien partager

Les motivations inconscientes. Se faire remarquer par leur singularité, via des signes extérieurs exclusifs, jouets, vêtements, amis… Ne rien céder de ce qui leur appartient pour ne pas concéder à l’autre une once de leur pouvoir. Et, chaque fois qu’ils le peuvent, s’approprier ce qu’ils pensent être le « meilleur » pour frustrer l’autre, pour rétablir ce qu’ils pensent être la justice, pour le dominer ou pour faire la démonstration de leur force.

Comment rétablir l’équilibre. Dans un souci d’égalité parfaite, les enfants sont peut-être trop traités de manière indistincte, ce qui attise leur désir d’être uniques aux yeux de leurs parents. Ils se comportent donc en enfants uniques. Or les différences sont des marqueurs importants dans la construction de l’identité et dans l’acceptation de l’altérité. Elles doivent être respectées et l’inégalité expliquée. À la manière de Françoise Dolto, on peut dire à ses enfants : « L’amour des parents n’est pas un gâteau dans lequel on coupe des parts égales. À chaque enfant, les parents refont un gâteau d’amour, ce n’est pas le même, mais c’est la même qualité. »

Ils s’ignorent royalement

Les motivations inconscientes. Vivre comme un enfant unique en faisant comme si l’autre avait disparu ou n’avait jamais existé. Il se peut aussi que les enfants, sentant que leurs parents ne supportent pas les disputes, préfèrent ne pas avoir de contact pour ne pas les provoquer. À l’adolescence, il peut s’agir d’un acte de rébellion : refuser de donner aux parents ce qu’ils attendent pour couper le cordon avec eux. Les frères et sœurs feignent ici l’indifférence affective alors que leurs parents ne rêvent que de les voir complices.

Comment rétablir l’équilibre. Commencer par s’interroger sur la façon dont nous avons vécu notre place dans la fratrie, notre propre rapport au conflit, l’éventualité d’injonctions trop contraignantes – de ne pas se disputer entre frères et sœurs, par exemple… Puis essayer, peut-être par des moyens ludiques, de tisser des liens de complicité en famille, mais sans forcer, de manière à ce que le goût du plaisir et du rire partagé déclenche l’envie de renouveler des expériences collectives respectant la singularité de chacun.

Ils se battent pour un rien, parfois violemment

Les motivations inconscientes. Une seule motivation, aussi limpide que brutale : il s’agit de faire disparaître l’autre pour rester le seul enfant aimé. La violence physique traduit ce désir d’éliminer le rival, ce parasite qui vient piller l’amour parental.

Comment rétablir l’équilibre. En commençant par rappeler la loi : il est interdit de se frapper. Cette loi qui civilise l’être humain doit également être respectée par les parents. Comment amener les enfants à ne pas se taper dessus si les adultes eux-mêmes pratiquent la loi du plus fort_? Les coups sont un symptôme, ils viennent exprimer, à la place des mots, les émotions, les sentiments, les ressentis. Pour revenir à des relations non violentes, il est nécessaire d’écouter les enfants sur ce qui dé clenche leur violence (les motifs, les rancœurs, les demandes) afin de comprendre la mécanique de leurs conflits (sentiment d’injustice, besoin de reconnaissance…). Rétablir, voire établir, une communication verbale entre les parents et les enfants et entre les enfants est donc indispensable. On peut avoir recours à un professionnel si l’on n’y parvient pas ou plus.

Ils sont dans un jeu de rôle dominant-dominé

Les motivations inconscientes. En jouant le rôle du parent avec son frère ou sa sœur, en le ou la dévalorisant, l’enfant tente d’occuper ou de retrouver la place fantasmée de l’enfant sans rival. Sa stratégie : maintenir l’autre sous son emprise – peur, moquerie, violence physique – pour éviter qu’il ne lui fasse de l’ombre.

Comment rétablir l’équilibre. Il s’agit de couper court à la violence physique ou à la tyrannie psychologique que l’enfant-parent exerce sur l’autre en ne lui cédant aucun pouvoir ni autorité sur ses frères et sœurs. Et d’interdire clairement et fermement les moqueries qui vexent et dévalorisent. On peut également s’interroger sur les jeux de rôles que l’on impose malgré soi à ses enfants, via les étiquettes qu’on leur colle sans toujours s’en rendre compte : le raisonnable, la rêveuse, l’autoritaire… Et les supprimer en cessant de les réduire à quelques caractéristiques comportementales. Enfin, l’enfant dominant reproduit peut-être un modèle d’autoritarisme parental dont il souffre et qu’il rejoue avec son frère ou sa sœur. Il peut alors être utile de remettre en question la façon dont les parents exercent leur autorité.

Source: psychologie.com

Par: Flavia Mazelin-Salvi

Lamia Siffaoui
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