Le stress de l’enfant, difficile à repérer, souvent sous-estimé

Le stress de l’enfant, difficile à repérer, souvent sous-estimé

Déménagement, rentrée scolaire, difficultés familiales… Tout comme les adultes, les enfants peuvent être déstabilisés, et stressés, par les changements de repères ou les évènements inhabituels. Ce qui fait la différence entre eux et nous ? Ils ne savent pas verbaliser l’anxiété.

« Je suis stressé(e) », « je suis angoissé(e) ». Si les adultes n’ont aucun mal à prononcer ces mots, il est plus rare de les entendre dans la bouche d’un enfant. Parce que ces derniers (re)connaissent mal leurs émotions et leurs différentes manifestations, mais aussi parce que le stress peut être un sentiment diffus, difficile à appréhender.

Pourtant, certains enfants sont tout aussi concernés par le stress que nous pouvons l’être. « C’est notamment le cas des enfants anxieux de nature, explique Lise Bartoli, psychologue clinicienne. Chez eux, l’anxiété est un trait de caractère, que l’on peut percevoir parfois dès les premières années de vie. » Louise Reid, psychothérapeute, préfère parler de  “tempérament hypersensible”. « Toutes leurs émotions sont exacerbées, tant les belles que les moins bonnes. C’est pourquoi les peurs sont généralement plus grandes et plus fortes, causant de l’inquiétude qui se transforme souvent en anxiété. » Mais sans pour autant être anxieux de nature, ou hypersensible, n’importe quel enfant peut être ébranlé par ces changements de repères, souvent inévitables, qui jalonnent le quotidien : déménagement, arrivée d’un petit frère ou d’une petite sœur, séparation des parents, entrée à l’école, période financière difficile pour la famille…

Repérer les signes de l’anxiété infantile

Chez l’enfant, le premier signe du stress se traduit généralement par un changement soudain de comportement. « Il devient subitement irritable, agressif ou au contraire, plus inhibé, se mettant à bouder dans son coin alors qu’il n’avait pas l’habitude de le faire avant, » observe Lise Bartoli. Un changement brusque d’attitude et/ou de tempérament qui peut mettre la puce à l’oreille.

« Puis l’enfant va commencer à se dévaloriser, à se dénigrer, à porter sur lui-même un jugement dégradé, » ajoute la psychologue. Il se trouve nul et dit qu’il n’arrivera à rien.

Il n’est pas rare que le stress se manifeste en outre par des difficultés de concentration : parce que son anxiété mobilise beaucoup d’énergie, il a du mal à focaliser son attention.

Parallèlement, les signaux psychosomatiques sont aussi fréquents chez les enfants stressés. Comme chez les adultes, le ventre est souvent le siège de l’anxiété : douleurs abdominales, nausées, troubles digestifs… Certains enfants se plaignent parfois de maux de tête, de fatigue. Chez ceux qui souffrent de maladies chroniques (asthme, eczéma), on observe généralement une aggravation des symptômes. « Ces douleurs physiques, sans explications biologiques, ne doivent pas être minimisées, souligne Louise Reid. Car elles sont bien réelles. Même si l’on ne parvient pas à expliquer pourquoi, l’enfant souffre vraiment. C’est son corps qui s’exprime pour lui. »

Des troubles du sommeil et de l’endormissement(cauchemars, peur du noir ou des voleurs) ou des troubles de l’alimentation (perte d’appétit, ou, à l’inverse, compulsions alimentaires) peuvent aussi se manifester.

Enfin, il arrive aussi que le stress s’accompagne de comportements régressifs chez les enfants (besoin de lumière pour s’endormir, pipi au lit, volonté de sucer son pouce ou de boire au biberon…) et de l’apparition, ou réapparition, de tics (clignements des yeux, ongles rongés, balancements, tortillements de cheveux…).

Prendre du recul

Il est rare que tous les signaux d’alarmes se manifestent chez un seul enfant. Et pris isolément, ou sur de courtes durées, ces mêmes signaux peuvent être sans gravité. « Pour différencier l’anxiété d’un petit stress ponctuel ou d’une adaptation normale, explique Louise Reid, il faut réussir à définir à quel point cela handicape l’enfant. Est-ce que cette anxiété (qui n’est ni plus ni moins qu’une grande inquiétude) l’empêche d’avancer ? Est-ce qu’elle le tétanise ? Est-ce que les encouragements seuls ne suffisent pas et qu’il a besoin d’être sans cesse rassuré ? Sécurisé ? » Autant de questions qui vont permettre de juger de l’intensité du trouble.

Par ailleurs, c’est aussi la répétitivité et/ou la durée des symptômes qui vont permettre aux parents de savoir s’il y a lieu, ou non, de s’inquiéter. Un enfant qui se plaint d’avoir mal au ventre un matin n’exprime certainement pas la même chose que celui qui se plaint chaque matin depuis plusieurs jours. « Sans complètement laisser trainer, précise Lise Bartoli, il est nécessaire de prendre un peu de recul pour pouvoir mieux comprendre la situation, voire pour laisser à l’enfant la possibilité de trouver seul, en lui-même, des solutions. »

 

En parler avec l’enfant et l’entourage

Rester à l’écoute de son enfant, ne pas prendre les messages qu’il envoie à la légère, c’est le premier pas. « Pour autant, alerte Lise Bartoli, il ne s’agit pas de lui poser trente-six mille questions (“Qu’est-ce qu’il y a ? Qu’est-ce qui ne va pas ? Qu’est-ce qu’il se passe ?”…), qui risqueraient d’avoir l’effet inverse et d’accroître son angoisse. Surtout si lui-même n’a pas identifié la source de son stress. » Mieux vaut donc nouer un dialogue dans le but d’essayer, avec l’enfant, de trouver ce qui pourrait l’angoisser : identifier les moments où les symptômes se manifestent (toujours le matin, toujours le jeudi…), les lieux (à l’école, à la maison…), les évènements ou les changements qui ont pu survenir (une dispute, une humiliation, un chagrin…).
« Les parents peuvent aussi discuter avec les autres adultes qui côtoient l’enfant (professeurs, grands-parents, baby-sitters…), pour savoir si les symptômes ou changements de comportements concernent, ou non, les différents environnements dans lesquels il évolue », ajoute Lise Bartoli.

Quand consulter ?

Lorsque les signes psychosomatiques sont importants, il est impératif de commencer par consulter le médecin généraliste ou le pédiatre, afin d’écarter les doutes, mais aussi, dans certains cas, de trouver des solutions pour soulager l’enfant de ses douleurs.

Quant à un psychologue ou un pédopsychiatre ? Selon Lise Bartoli, « les parents ne doivent y songer que s’ils n’ont pas réussi à gérer la situation par eux-mêmes, que ce soit parce qu’ils ne s’en sentent pas capables, ou parce qu’ils ne trouvent pas l’origine du problème. » Car de nombreux outils existent, avant de consulter et de se précipiter chez le psy, mais les parents ne doivent jamais rester seuls face à une situation qu’ils ne parviennent pas à surmonter.

 

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