Je vis avec un(e) susceptible

Je vis avec un(e) susceptible
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Un rien peut les vexer ou les offusquer. A fleur de peau, les personnes susceptibles font souvent preuve de réactions excessives, parfois incompréhensibles pour les conjoints. Comment faire pour que la vie à leurs côtés ne tourne pas au drame permanent ? Les conseils du psychiatre Frédéric Fanget. 

Une petite remarque et ils prennent la mouche ou montent sur leurs grands chevaux. Une petite phrase mal interprétée et la situation vire au drame. S’il nous arrive à tous, quand nous sommes blessés dans notre amour-propre, d’être susceptibles, chez certains, la susceptibilité est un véritable trait de caractère.

« Mon compagnon prend souvent la moindre remarque comme un reproche, la moindre demande comme une remise en question, raconte Solène, 29 ans. Je ne dirai pas qu’il est impossible de lui dire quoi que ce soit mais il faut savoir y aller progressivement, réussir à ce qu’il ne se sente pas attaqué et à ce qu’il entende ce que je lui dis ». Un sentiment de « marcher parfois sur des œufs », partagé par de nombreux conjoints de personnes susceptibles, qui peut être pesant.

Une estime de soi trop liée à l’approbation des autres

Marie-Laure, 51 ans, vit depuis 28 ans avec un mari très susceptible. « Tout commentaire lui semble une attaque contre lui. En général, ça le rend agressif et il me propose de divorcer. Avec le temps, j’ai compris qu’il souffre beaucoup de se sentir jugé et non apprécié à sa juste valeur ». « Les personnes susceptibles ont une estime de soi qui est trop liée à l’approbation des autres, analyse le psychiatre Frédéric Fanget. Ils manquent d’une estime de soi inconditionnelle ». Remarques, critiques ou moqueries sont ainsi considérées par eux comme des preuves de désamour.

Mais un manque de confiance en soi ne suffit pas toujours à expliquer la susceptibilité de quelqu’un. Des traumatismes passés peuvent aussi en être à l’origine. « Il y a notamment les traumas de cour d’école, chez des enfants un peu inhibés, qui, à force d’être pris pour des têtes de turcs, vont devenir susceptibles par la suite », explique Frédéric Fanget. Et des traumatismes plus graves. « Une femme qui a été victime de viol va, par exemple, être particulièrement susceptible à ce qui va toucher à la féminité, la sexualité… »

Une remise en question de leur personne

Discussions qui virent au conflit ; moments à deux, en famille, ou entre amis gâchés par des silences rageurs ou boudeurs, des larmes ou des cris… Les conjoints de personnes susceptibles racontent tous le même quotidien. « Hier par exemple, se souvient Sylvie, mon mari donnait son biberon à notre bébé et je lui ai suggéré de le tenir bien droit car j’avais remarqué que ça l’aidait à faire son rot et à ne pas régurgiter. Il a été très blessé par mon intervention, pensant que je remettais en question sa fonction de père, alors que je voulais juste améliorer le bien-être de notre enfant ».

Pour Frédéric Fanget, c’est le problème de la personne susceptible : « elle mélange ce qui s’adresse à elle-même et à ses actes. Elle va donc remettre en question sa personne, sa valeur, sa ‘self estime’, au lieu de remettre en cause ses comportements ».

Apprendre à bien critiquer

Face à son compagnon, Solène, qui est de nature très spontanée, a appris à s’adoucir. « Comme il ne s’autorise pas le droit à l’erreur et que la moindre de mes remarques ébranle sa quête d’irréprochabilité et le fait souffrir, j’essaie autant que possible d’anticiper ce qui pourrait le vexer ». En matière de communication, les conjoints de personnes susceptibles doivent en effet faire preuve d’une certaine habileté et surtout, de patience.

« Il faut apprendre à bien critiquer, avance Frédéric Fanget. A formuler une seule critique à la fois, ciblée sur le comportement, et non sur la personne. A éviter les généralisations du type ‘qu’est-ce que tu es susceptible !’. A décrire à l’autre, de façon très précise et factuelle, ce qui nous déplaît dans ce qu’il a fait, de manière constructive. » Objectif : chercher un changement de comportement, et non chercher à changer l’autre. « Dans un couple, on a souvent des demandes excessives envers son conjoint. On va trop lui en demander. Il est important de commencer par vérifier ce qui est possible pour lui ».

Vérifier ce qu’ils entendent

Mais pour certains, la communication est difficile. « Je ne sais jamais comment mon compagnon va prendre les choses, c’est épuisant, déplore Melissa. Alors au bout d’un moment, je ne dis plus rien ». Daniel, dont la compagne est très susceptible, réfléchit parfois pendant plusieurs jours à la manière dont lui parler d’un sujet. Et fait constamment attention à ce qu’il dit. « Inutile de peser ses mots, corrige Frédéric Fanget. Il faut dire à son conjoint ce qu’on à lui dire et surtout, s’assurer de ce qu’il entend. » En effet, une phrase jugée anodine peut être perçue comme très agressive par une personne susceptible. En témoigne Sylvie : « Je suis souvent abasourdie que mon conjoint soit blessé par certaines de mes remarques, qui n’ont pour moi aucune connotation négative ».

« Il est essentiel d’être très vigilant aux émotions de son/ sa partenaire, poursuit le psychiatre. Au moindre doute, il faut lui poser la question : ‘j’ai l’impression que ce que je viens de te dire te met mal à l’aise…’ ou ‘est-ce qu’il y a un malaise ?’ » Ensuite, il est important de vérifier ses pensées, pour pouvoir en discuter ensuite : ‘Quand je t’ai dit ça, qu’est-ce que tu as pensé ?’ ». Pour Solène, c’est « un ajustement de tous les jours. Chaque brouille nous permet de mieux nous comprendre et je pense que cela ne peut que nous renforcer… »

Gérer sa colère, son exaspération

Marie, en couple depuis sept ans, a, elle aussi, essayé de nombreuses fois de discuter avec son partenaire. Sans résultat. « Il devient alors très agressif verbalement. Et j’ai du mal à rester calme, surtout qu’il a tendance à rejeter toutes les fautes sur moi ». Un comportement passif – agressif, face auquel il ne faut pas surtout pas contre-attaquer, conseille Frédéric Fanget.

« Là encore, l’urgence est de vérifier les émotions ressenties par son/ sa partenaire, en disant, par exemple : ‘j’ai l’impression que tu m’agresses, qu’est-ce qu’il se passe ? Qu’est-ce que tu as mal pris, qu’est-ce que tu t’es dit, qu’est-ce que tu as ressenti ?’ ». Tout en arrivant à gérer sa colère et son exaspération, car la clé réside dans le dialogue avec l’autre.

S’interroger soi-même

« Un couple qui fonctionne bien n’est pas un couple sans problèmes, mais un couple qui est capable de parler de cette susceptibilité », renchérit Frédéric Fanget. « Nous en discutons puis nous essayons de travailler sur nous-mêmes, relate Sylvie. Je fais attention à adopter le ton juste et il essaye de prendre les choses plus légèrement. »

L’écueil à éviter ? Se placer en donneur de leçons ou jouer au psy avec son conjoint. D’autant que la personne susceptible n’est pas la seule à devoir s’interroger sur ses réactions parfois excessives. « Si l’on est agacé par la susceptibilité de l’autre, il est bon de se demander pourquoi elle nous dérange, nous met mal à l’aise. Pourquoi on sature, aussi. » Un conjoint susceptible l’a toujours été. Et serait peut-être très bien supporté par quelqu’un d’autre. « Il faut comprendre et dire à l’autre pourquoi l’on est si sensible à sa susceptibilité. Peut-être est-on soi-même susceptible de l’excès de susceptibilité de son partenaire ? »

Voir le positif et le dire

« C’est l’excès de susceptibilité qui peut poser problème, souligne Frédéric Fanget. Pas le fait d’être susceptible, qui signifie qu’on est attentif à ce que l’autre dit. La susceptibilité est d’ailleurs liée à la sensibilité, qui est une qualité ». Sensibles, ouvertes aux autres et soucieuses de ce que l’on pense d’elles, les personnes susceptibles font ainsi souvent preuve d’empathie et d’altruisme.

« Les conjoints échangent beaucoup sur les problèmes, trop peu sur le positif. Dans tout couple, et en particulier si son/sa partenaire est susceptible, il est très important de voir les côtés positifs de l’autre et de lui dire ce que l’on aime chez lui/elle, ce que l’on apprécie dans la vie de tous les jours ». Ses qualités, la personne susceptible les voit rarement. Les lui rappeler au quotidien ne pourra que l’aider à avoir davantage confiance en elle…

 

Margaux Rambert

Source: psychologies.com

 

Lamia Siffaoui
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