Je n’aime pas me faire remarquer

Je n’aime pas me faire remarquer

La discrétion est-elle un handicap à corriger d’urgence ? De nos jours, ne pas aimer sortir du lot est considéré comme suspect. « Ce mécanisme, parfaitement humain, n’est nullement névrotique », rassure la psychanalyste Virginie Megglé. La preuve par trois.

« Je préfère passer inaperçue, confie Marine, 33 ans, graphiste. Je ne m’impose pas, mes vêtements sont classiques, ma façon de parler, discrète. Et puis je respecte les usages, les horaires, la loi, les règles de politesse. Parfois, j’ai l’impression d’être vieux jeu ! » La psychologue Amélia Lobbé contextualise : « La société nous incite à nous distinguer des autres, à nous montrer ostentatoires, anticonformistes, à savoir nous vendre. L’expression et l’affirmation de soi sont notamment encouragées par les réseaux sociaux, la mode ou encore par un marché du travail difficile. »

Je suis d’un naturel réservé

Malgré les injonctions sociales, nous ne sommes pas tous des extravertis patentés ! « Certains sont naturellement discrets, pudiques, remarque Amélia Lobbé. Il peut s’agir d’un trait de caractère. Ou d’une fidélité à certaines valeurs transmises : les principes d’une “bonne éducation” valorisent la discrétion, dans l’apparence et dans l’attitude. » Parce que c’est notre caractère ou par respect des usages, nous préférons la retenue à l’exubérance. Mais le décalage avec nos contemporains n’est jamais facile à assumer, tant notre « besoin d’appartenance et notre désir de ressembler aux autres est important », rappelle Virginie Megglé. Ressembler, c’est-à-dire, aujourd’hui… être différent !

Je dissimule mes fragilités

Nous n’avons pas tous, non plus, une haute estime de soi. « Ne pas s’apprécier suffisamment modifie la perception que l’on a de soi-même et des autres », précise Amélia Lobbé. Certains de ne pas être à la hauteur, nous craignons d’être jugés, rejetés, moqués, mal aimés. Et préférons ne pas prendre le risque d’être découverts. Surtout lorsque nous croyons être défaillants. « Des complexes, physiques mais aussi culturels ou psychiques, sont susceptibles de favoriser les inhibitions », poursuit la psychologue. Si, pour Virginie Megglé, « la fragilité est constitutive de l’être humain », nous ne sommes pas toujours prêts à l’assumer publiquement.

La reconnaissance ne me sécurise pas

Nous n’avons pas tous bénéficié d’une juste reconnaissance. « Des expériences difficiles de rejet social peuvent être à l’origine d’un repli sur soi », souligne Amélia Lobbé. Mais c’est souvent un défaut de valorisation dans l’enfance qui incite à la réserve. Virginie Megglé : « L’enfant chéri, surinvesti, a sans cesse été reconnu pour ce qu’il n’était pas ; l’enfant délaissé, peu investi, n’a lui jamais été reconnu pour ce qu’il était. » Pourquoi nous faire remarquer si, pour nous, il s’agit là d’un leurre ? Ou d’un saut dans l’inconnu ? Être distingué par et parmi les autres ne sera jamais aussi sécurisant que rester dans l’ombre.

Que faire ?

Cherchez le plaisir
Ne vous forcez pas à briller de mille feux pour respecter des injonctions sociales. « Cherchez à vous faire plaisir en bonne compagnie, propose la psychanalyste Virginie Megglé. Il s’agit d’éviter l’aigreur, la rumination et l’inhibition. Ainsi, si vous aimez danser, peut-être pourriez-vous envisager de le faire avec certains de vos proches bienveillants. Nous avons tous besoin de reconnaissance ; mais nous n’avons pas besoin de la reconnaissance de tous. »

Osez de petites actions
« Pour apprendre à s’affirmer, on peut se lancer des défis très concrets, propose Amélia Lobbé. Par exemple, rapporter un achat dans une boutique et en demander le remboursement. Le risque est moindre quand il n’y a pas d’affects. » Dans un processus de transformation, la règle est : doucement mais sûrement. Ainsi, suggère encore la psychologue, « si vous voulez changer de look, commencez par des accessoires ».

La solution d’Éric, 41 ans, comptable

« J’ai longtemps été transparent, notamment au bureau. Et c’était douloureux. D’un côté, je ne parvenais pas à m’affirmer pour avancer – je ne voulais pas déranger. Et, de l’autre, on me trouvait hautain forcément, je ne parlais à personne ! C’est avec un psy que j’ai mieux compris : issu d’une fratrie de cinq, je reproduisais un vieux schéma, tant j’étais certain de ne pas mériter d’attention. J’ai dû apprendre à m’ouvrir, à échanger. À donner : de l’attention, un peu de temps, de la confiance ; et à recevoir : de l’aide, des responsabilités, mais aussi des critiques. »

Pratiquez un sport
Se faire remarquer, quand on n’aime pas ça, engendre des sensations désagréables et des émotions douloureuses. Cette traduction corporelle renforce la crainte, donc l’inhibition. L’idée est d’inverser le processus. « La pratique du sport, notamment d’un sport d’équipe, peut renforcer une confiance en soi fragile, estime Amélia Lobbé. Le bien-être physique et l’état d’esprit positif ont des répercussions au quotidien. »

Aurore Aimelet

http://www.psychologies.com/

Issam Saidi
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