J’ai fait une détox digitale

J’ai fait une détox digitale
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« Tweeter dix fois par jour des infos, poster des photos sur Instagram, épingler sur Pinterest, géolocaliser les endroits nouveaux pour les partager dans l’instant, “forwarder” un message sur mon Facebook, répondre à un e-mail à 2 heures du matin, pas une journée ne se passait sans que je sois connectée. Même pendant mon voyage de noces en Italie ! J’étais happée par les écrans : j’ouvrais mon ordinateur avant de prendre mon petit déjeuner, je m’endormais avec mon Smartphone, je surfais des heures sans m’en rendre compte. Week-end ou pas. Je pouvais me démultiplier à l’infini, regarder une série télévisée, suivre plusieurs conversations sur Twitter et jouer au ping-pong sur les quarante fenêtres de mon ordinateur ouvertes simultanément. 

 

A la limite du burn-out

Je ne me rendais pas compte que je travaillais en permanence. En février dernier, je suis tombée malade. J’étais épuisée, le cerveau prêt à exploser, à la limite du burn-out. Je n’avais même plus l’énergie de contrôler mon image. J’ai compris que ma boulimie virtuelle masquait mon mal-être.

Plus je me sentais mal, plus je m’engouffrais dans le Net. Je me mentais même en diffusant sur les réseaux sociaux l’image d’une Julie pétillante, dynamique, bien dans sa peau. Mon corps était devenu un accessoire ? Il a parlé pour moi. Mon médecin m’a prescrit un arrêt maladie. Trois longues semaines sans voir personne, sans connexion, à part un post pour signaler que j’étais toujours en vie. Cette coupure forcée était vertigineuse, étrange, je me sentais en dehors du monde. Pour la première fois, je me retrouvais seule face à moi-même.

 

Ce besoin d’être reliée en permanence

Paradoxalement, je n’ai ressenti aucun manque. Le flot de messages à rattraper (j’ai sept cents followers sur Twitter, j’en suis cent trente-quatre ; j’ai huit cent soixante-neuf amis sur Yelp ; sept cent soixante-dix sur mon Facebook professionnel ; quatre-vingt-quatre abonnés sur Instagram et cinquante que je regarde) me faisait l’effet d’un éboulis de cailloux qui m’écraserait. Commencer une thérapie m’a permis de prendre conscience que j’avais besoin d’être reliée en permanence.

Cette addiction répondait bien sûr à la peur de rater quelque chose, mais surtout à une angoisse profonde. Celle de la solitude. Mes parents ont divorcé quand j’avais 4 ans, j’ai vécu seule avec ma mère. J’avais toujours besoin d’être entourée. Il fallait tout le temps que je m’occupe de quelqu’un, ma cousine, ma grand-mère… J’existais à travers les autres. Pendant mon arrêt de travail, la seule chose que j’aimais faire était le ménage. Passer l’aspirateur deux fois par jour m’apportait de la satisfaction, j’avais l’impression de me nettoyer.

 

De nouvelles règles de vie

J’ai repris mon travail pas à pas. J’avais plus de six cents e-mails à traiter. Je n’ai en revanche pas remonté le fil de Twitter ni celui de Facebook : cela m’a permis de réaliser que, finalement, la sélection des messages se fait naturellement et que les plus importants m’arriveront de toute façon.

Je ne suis plus du tout stressée à l’idée de rater une info, de répondre plus tard à un e-mail ou de ne pas tweeter au bon moment. Je ne cherche plus à être la première à communiquer sur un événement ou un nouveau restaurant. Je parviens à trier les informations, à hiérarchiser les priorités, à privilégier les interactions de qualité. Mon cerveau étant habitué aux mots-clés, je ne retiens que ceux qui m’intéressent.

Pour ne plus me laisser happer par le Web, j’ai mis en place des règles : pas d’ordinateur dans la chambre, connexion après le petit déjeuner, téléphone sur silencieux et caché le soir et le week-end. Si j’ai une information à rechercher, comme une séance de cinéma, je demande à mon mari de regarder sur Internet. Lui est un “cyberraisonnable” !

Je m’accorde seulement une heure d’ordinateur le samedi matin, et éventuellement le dimanche soir pour pouvoir me réveiller le lendemain tranquillement. Lorsque je suis avec des amis, pour un déjeuner ou un apéritif, je retourne mon téléphone et l’entoure d’un élastique afin de diminuer ses vibrations sur la table. Je ne me sens pas encore prête à le mettre sur silencieux.

À part les notifications de Yelp, où je travaille, j’ai enlevé toutes les autres de mon Smartphone pour ne plus être parasitée par des interférences inutiles. Ma dernière trouvaille est le logiciel OmmWriter, un traitement de texte qui permet de travailler sur fond de paysage neigeux, masquant icônes et fenêtres ouvertes, et diffusant une musique apaisante.

Lorsque j’ai une newsletter à produire ou un long e-mail à écrire, je mets mes écouteurs et travaille en paix. Je m’oblige à faire une seule chose à la fois. En devenant “monotâche”, j’ai gagné en concentration, donc en créativité et en efficacité.

Des contacts virtuels aux vraies rencontres

J’ai décidé de sortir des rapports virtuels en rencontrant des “yelpeurs” dans la vraie vie, autour d’un café par exemple. Avoir des conversations directes, et non plus de simples relations superficielles, m’enrichit et rejaillit sur mon travail : les internautes apprécient mes messages désormais plus personnels. Je ne suis plus omniprésente non plus. Avant, dès qu’une personne déposait un avis, je m’empressais de lui envoyer un commentaire. Ce comportement donnait de moi une image no life, sans vie privée.

Apprendre à vivre dans le présent

Le problème des réseaux sociaux, c’est leur côté chronophage, puisqu’ils se nourrissent en permanence les uns les autres. En diminuant mon flux sur la Toile, je ne cours plus après le temps et je m’adonne à de nouvelles activités.

Ce week-end, par exemple, j’ai repeint toutes les tables de la maison et jardiné. Vraiment. Et pas d’une seule main, l’autre prise par mon téléphone… Je vis pleinement, je suis ancrée dans l’ici et maintenant. L’agitation qui me grignotait le cerveau a disparu, je suis habitée par un calme intérieur. J’ai gagné en disponibilité et en écoute. Je suis beaucoup plus empathique, capable de sentir si la personne en face de moi va mal.

Mon mari ? Depuis que je ne le partage plus avec le Net, il râle beaucoup moins ! À la Pentecôte, nous sommes partis avec des amis à Porquerolles. J’ai déconnecté trois jours d’affilée, une première. Non seulement je n’ai pas allumé mon ordinateur, mais je l’ai oublié sur la table de la salle à manger.

Autre prouesse : je n’ai pas “instagramé” une seule photo depuis quatre jours, je suis fière de moi. L’objectif, cet été, est la déconnexion totale pendant ma semaine de vacances. Je ne sais pas si j’en serai capable : se désintoxiquer d’Internet est un long processus et il m’arrive de rechuter. Mais je ne me sens plus dépendante, ma relation avec mon travail est devenue saine, j’ai réussi à trouver un juste équilibre sur les réseaux sociaux. Une question soulevée avec ma psy demeure : la Julie réelle et la Julie virtuelle sont-elles la même personne ? J’en approche.

Et j’ai une certitude : je suis de nouveau connectée avec mon corps. »

 

Marie Le Marois

Source : psychologies.com

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