Voici comment le libre arbitre naît dans le cerveau

Voici comment le libre arbitre naît dans le cerveau
Des chercheurs sont parvenus à visualiser des zones du cerveau humain impliquées dans le libre arbitre. © Creative Commons

Des chercheurs américains ont été les premiers à visualiser des zones du cerveau humain impliquées dans la décision volontaire d’agir.

Existe-t-il plus intangible que le libre arbitre, la faculté qu’aurait l’être humain de se déterminer librement et par lui seul, à agir et à penser ? Probablement pas, ce concept ayant fait l’objet d’interrogations et critiques philosophiques (le libre arbitre ne revient-il pas à nier l’influence des motifs ou des mobiles qui déterminent nos choix et nos actions ?) et psychanalytiques (le libre arbitre n’est possible que si l’on est en mesure de dominer son inconscient).

Pour les neurologues, tout l’enjeu est de déterminer comment le libre arbitre se forme dans le cerveau et quelles zones sont impliquées. Des chercheurs de l’Université Johns Hopkins (États-Unis) ont fait un grand pas en ce sens, en visualisant pour la première fois des zones du cerveau humain impliquées dans le libre arbitre.

Une zone du cerveau pour délibérer, une autre pour agir

Même si les techniques d’imagerie actuelles permettent de visualiser parfaitement les zones cérébrales en jeu dans une action, « voir » le libre arbitre s’avérait pour les chercheurs un véritable casse-tête : comment inciter un volontaire à exercer sa propre volonté d’agir tout en lui demandant de réaliser une action ? Comment se passer de commandes intrusives pouvant influencer son choix et donc compromettre l’expérience ?

Après maintes réflexions, les chercheurs ont conçu le protocole expérimental suivant : sous IRMf (imagerie par résonance magnétique dite fonctionnelle car elle permet de visualiser l’activité cérébrale), 12 participants ont regardé un écran divisé en deux sur lequel défilaient numéros et lettres colorés d’un côté et de l’autre, et ce de manière aléatoire.

Ils étaient invités à prêter attention à un côté pendant un certain temps, puis de décider par eux-mêmes quand regarder l’autre partie de l’écran, et ainsi de suite pendant plus d’une heure. Les chercheurs ont ainsi guetté les moments où le choix de passer d’un écran à l’autre s’est fait, et les instants précédent et suivant cette décision. Puis ils ont comparé les scans à ceux obtenus lorsque les participants, dans un second temps, ont été invités à détourner leur attention. Plutôt simple comme méthodologie, mais encore fallait-il y penser.

Selon ces travaux, la délibération a lieu dans le cortex frontal (voir schéma ci-dessous), dans les zones impliquées dans le raisonnement et le mouvement, et dans les noyaux gris centraux, responsables d’une variété de de fonctions moteurs, y compris la possibilité de démarrer une action.

L’activité du lobe frontal a été plus rapide que lorsque les participants ont été explicitement invités à détourner leur attention, ce qui montre clairement que le cerveau se préparait à une action purement volontaire plutôt que de se contenter de suivre un ordre. Quant à la véritable décision de passer d’un côté à l’autre, il s’est effectué dans le lobe pariétal, à l’arrière du cerveau.

© Johns Hopkins University

Les chercheurs espèrent désormais utiliser cette même méthodologie pour étudier des processus de prise de décision plus abstraits, comme le fait d’opter pour un beignet ou une pomme pour grignoter : ils veulent en particulier décortiquer notre manière de peser le pour et le contre dans le choix d’un aliment plus sain que l’autre et le moment où l’on bascule vers l’un des deux, généralement le plus gras…

 

Lise Loumé

sciencesetavenir.fr

Lamia Siffaoui
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