En plein trip, le cerveau atteint un niveau de conscience supérieur

En plein trip, le cerveau atteint un niveau de conscience supérieur
Le cerveau sous drogues psychédéliques, étamine ou psylocibine a un niveau d'activité neuronale plus élevé (rouge) qu'à l'état normal SUSSEX UNIVERSITY

Pour la première fois, le niveau de conscience d’individus sous drogues psychédéliques a été évalué par un modèle mathématique. Surprise : il est supérieur à celui d’un cerveau en état normal. 

 » Les choses me semblaient étranges « ,  » J’ai vu des formes géométriques « ,  » Ma perception du temps était déformée « ,  » J’ai vécu une désintégration du moi« ,  » Une sensation de fusion avec mon environnement « ,  » C’était comme si je flottais « … telles sont les impressions que rapportent des volontaires après avoir pris du LSD,  des champignons hallucinogènes (psylocibine) ou de la kétamine. Lors d’une nouvelle étude menée à l’Université du Sussex (Grande-Bretagne) et publiée dans Nature, les neuroscientifiques ont, pour la première fois pu évaluer objectivement le niveau de conscience de ces sujets, lors de l’expérience.

LSD, kétamine et psylocibine ont en commun d’être des substances psychédéliques, c’est-à-dire provoquant des hallucinations et une  distorsion des perceptions sensorielles. Dès lors, comment se comporte le cerveau ?  Pour le savoir les neuroscientifiques de l’Imperial College London et de l’Université de Cardiff (Grande Bretagne) ont enregistré  les signaux cérébraux de 48 sujets par la magnétoencéphalographie, une technique qui capte les petits champs magnétiques délivrés par les neurones du cerveau, alors qu’on leur avait injecté l’une de ces trois drogues ou un placebo.

Michael Schartner, Adam Barrett et le professeur Anil Seth du Centre Sackler de l’Université du Sussex ont ensuite passé ces données au crible d’une méthode mathématique, appelée le score Lempel-Ziv (LZ). Celui-ci évalue le niveau de conscience des sujets en fonction de la diversité des activités des neurones du cerveau. Plus celles-ci sont diversifiées, plus le niveau de conscience est élevé. Cette échelle, qui a fait ses preuves sur des sujets endormis, anesthésiés ou en état végétatif, était ici appliquée pour la première fois à des volontaires en plein « trip ».

l’état psychédélique apparaît comme un« niveau »de conscience supérieur à la normale

Première observation à la lumière des résultats : alors que les trois drogues agissent par des mécanismes différents sur le cerveau, «elles ont le même effet global sur l’expérience de conscience », remarque Anil Seth, co-auteur de l’étude. Et globalement, les chercheurs mesurent un accroissement de la diversité du signal neuronal en comparaison avec l’état normal. “Les principales augmentations sont concentrées dans les zones liées à la perception, comme les lobes pariétal et occipital» poursuit le chercheur.  «Au cours de l’état psychédélique, l’activité électrique du cerveau est moins prévisible et moins bien intégrée (ordonnée, NDLR) que pendant l’éveil conscient normal ».

Conclusion du chercheur :  cette mesure ayant déjà montré sa valeur en tant que mesure du« niveau conscient », on peut dire que l’état psychédélique apparaît comme un «niveau» de conscience supérieur à la normale, mais uniquement par rapport à cette mesure mathématique spécifique. Est-ce à dire que la conscience du sujet sous drogue est « qualitativement » supérieure à la conscience normale ? « Non. Nous ne portons aucun « jugement de valeur » sur la qualité de la conscience à l’état psychédélique sur la base de ce résultat.»

L’étude de l’effet de ces drogues sur le cerveau pourrait ouvrir la voie à des traitements, selon les auteurs, notamment contre la dépression. Les chercheurs imaginent en effet utiliser certaines drogues de manière ciblée pour activer telle ou telle zone cérébrale. « D’une manière générale, si nous voulons comprendre le potentiel clinique de ces drogues, nous devons en savoir plus sur leurs effets globaux sur la dynamique du cerveau et sur la façon dont ils correspondent aux changements de conscience. Notre étude contribue à cela » conclue Anil Seth.

 

Elena Sender

Source : sciencesetavenir.fr

Samia Fali
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