Conseils : comment décourager l’agression

Conseils : comment décourager l’agression

Face au harcèlement moral : pas de demi-mesures ! Seule une série d’actions aussi froides et rationnelles que l’esprit de votre harceleur vous libérera. A condition de savoir vous entourer d’alliés.

L’air est devenu irrespirable, la situation intenable et vous y laissez des plumes : perte de tonus, manque d’appétit, désir en berne, etc. Vous qui aviez confiance en la vie doutez désormais de tout, et surtout de vous-même. « C’est à cause de lui ! »

« Lui » ou « elle », à l’origine de vos nuits sans sommeil, ce peut être votre patron, votre collègue, votre compagne, votre voisine, votre mère. Assurez-vous d’abord que vous êtes réellement victime de harcèlement moral. Si oui, il va falloir faire preuve d’énergie et sortir du système dans lequel vous entraîne votre persécuteur. Inutile de continuer à courber l’échine, de chercher à comprendre et à vous adapter. Seule une série d’actions précises, aussi froides et rationnelles que l’esprit de votre agresseur, entreprises avec l’appui d’alliés, vous libérera. Plan de sauvetage, mode d’emploi.

1. Etes-vous vraiment une victime ?

Identifier clairement le mal qui vous ronge est une étape fondatrice. D’abord, parce qu’on ne se libère que de ce qu’on connaît. Ensuite, parce que vous pouvez faire fausse route et confondre de mauvaises conditions de travail avec du harcèlement, des conflits inhérents à la vie de couple avec des agressions gratuites…

– Premier point de repère : votre désir est systématiquement nié et le plus souvent de façon insidieuse. Pas besoin de désaccords ouverts ni de refus tranchés. Le pervers préfère vous faire entrer dans son désir en vous dépossédant du vôtre ou en se l’appropriant. Exemples : il vous invite au restaurant et commande d’office, « pour vous faire plaisir », un plateau de fruits de mer pour deux… Au bureau, votre supérieur a tendance à dissimuler ses manœuvres et à vous dénigrer lorsque vous lui demandez des éclaircissements, en vous culpabilisant : « Vous devriez prendre quelques jours de repos Blanchard, vous êtes un peu agressif en ce moment ! » Puis, enfonçant le clou : « Ça fait d’ailleurs plusieurs mois que je vous trouve plutôt tendu. »

Vous êtes souvent mis en situation de dette. A quoi, entre autres, reconnaître un pervers ? Si vous tentez de vous révolter de manière frontale, il retourne la situation et vous vous retrouvez sur le banc des accusés : « Tu étais contente de te faire inviter au restaurant, tu pourrais au moins m’accorder cette faveur ! » Ou encore : « Si vous n’acceptez pas cette réorientation de votre poste, inutile de compter sur votre prime de fin d’année. »

Vous êtes atteint dans votre dignité. Que ce soit par des remises en question de vos compétences intellectuelles, des moqueries sur votre physique ou des jugements sur votre façon de vivre, vous vous sentez atteint au plus profond de votre être. Logique : votre intégrité est toujours la cible du harceleur.

Votre vie privée n’est pas respectée. L’intrusion est l’un des procédés favoris de l’agresseur. Exemples : vous êtes professeur, vos élèves ont déniché votre numéro de téléphone et appellent chez vous la nuit. Si le harceleur est un proche, il se débrouille pour entrer en contact avec votre patron. Si c’est un collègue, il vous critique auprès de votre conjoint.

Votre agresseur ne montre aucun signe de remords. Si vous avez affaire à une personne manquant cruellement de compassion, vous êtes probablement devenu la proie d’un pervers patenté.

2. Fixez vos règles de communication

« Dans un premier temps, nous encourageons ceux qui nous consultent à entamer un dialogue honnête avec le harceleur, explique Michèle Drida, psychanalyste et présidente de l’association Mots pour maux au travail. S’ils essuient un refus manifeste ou déguisé, c’est le signe qu’il vaut mieux en rester là. » De plus, « trop de gentillesse est comme une provocation insupportable pour le harceleur », affirme Marie-France Hirigoyen. Dès lors, d’autres règles de communication s’imposent.

Ne tentez pas de vous opposer ou d’entrer en conflit ouvert car le pervers est stimulé par toute opposition ou contradiction. Il puise dans toutes ses ressources pour garder la position haute, celle de vous influencer ou de vous soumettre. Il vous faut relever les situations où, « toujours pour votre bien » évidemment, votre interlocuteur tente de vous définir et de prendre ainsi des décisions à votre place. Exemples : « Ta mère n’a pas besoin de toi. Inutile d’aller déjeuner une fois par semaine avec elle. » Ou bien : « Vous, Isabelle, vous n’apprécierez pas ce nouveau client. Je délègue donc Mme Husson auprès de lui… » Puis, apprenez à vous positionner en respectant votre ressenti : « Ai-je envie de rendre visite à ma mère cette semaine ? »

Préférez l’apposition à l’opposition : confirmez toujours la proposition du harceleur. Exemples : « Merci pour ta sollicitude mais je vais voir maman parce que ça me fait plaisir. » « Je comprends que vous ayez confié ce dossier à Mme Husson. Pourtant, sachez que j’apprécie toujours de rencontrer de nouveaux clients. »

Réduisez les échanges pour ne pas donner prise à l’argumentation, à la prise de pouvoir, à l’agression verbale ou à la manipulation des faits et des intentions. Exemples : au travail, évitez les déjeuners ou les pauses-café que vous propose le harceleur. Ne confiez pas des éléments de votre vie privée qui seront réutilisés contre vous : « Vous avez l’air déprimée aujourd’hui, cela doit venir de vos problèmes de couple. Mieux vaut que vous n’assistiez pas à cette réunion. »

Trouvez la bonne distance et définissez le cadre de la relation en fonction de votre propre tolérance. Même si la relation vous est imposée, il est de votre responsabilité de fixer vos propres limites et repères. Exemples : en week-end, si votre partenaire monopolise la voiture, n’hésitez pas à prendre le train ou le bus pour visiter, seule, ce qui vous intéresse. Si le harceleur se trouve sur votre lieu de travail, faites une pause : arrêtez-vous quelques jours pour vous ressourcer auprès de ce qui vous redonne plaisir et confiance en vous.

3.Trouvez des alliés

Il devient souvent vital d’admettre son impuissance pour sortir du terrorisme relationnel imposé par le harceleur. « Parler, c’est agir », affirmait dernièrement le slogan d’une campagne de prévention des mauvais traitements infligés aux enfants. Cette phrase est aussi vraie pour vous : se confier à ses amis, à ses proches, c’est enrayer le processus de culpabilisation et de confusion dans lequel vous a plongé le harceleur. Vous devez vous présenter clairement comme une victime, nommer votre agresseur et témoigner sans cesse de ce qu’il vous fait subir.

Bien sûr, certains de vos confidents risquent de dénier vos ressentis : « Tu exagères, ce n’est qu’un incident, tu le connais mal. » Pratiquez avec eux aussi la confirmation : « Je comprends que tu ne voies pas les choses comme moi. Mais moi, je les vis comme je te le dis. » Dans l’entreprise, même si on décèle aujourd’hui des mécanismes de déni collectif, partez en quête d’au moins un allié parmi vos collègues, chefs de service… Ces contacts pourront faire office de témoins le jour où vous devrez recourir à la loi, comme cela s’avère souvent nécessaire.

4. Faites intervenir des professionnels

Si vos confidents ne vous prennent pas suffisamment au sérieux, consultez des alliés spécialisés : direction du personnel, comités d’entreprise, syndicats, médecins du travail, associations, avocats. Certes, la notion de harcèlement moral n’est pas encore reconnue juridiquement (seuls le harcèlement sexuel et le harcèlement téléphonique le sont). Mais de plus en plus de professionnels en ont entendu parler. Dans quelques entreprises, des victimes ont même pu faire valoir le règlement intérieur pour sanctionner un harceleur.

Et les syndicats ? Actuellement, ils n’interviennent souvent qu’une fois le licenciement en cours. Ils devraient pouvoir s’interposer en amont des conflits. C’est aussi au chef d’entreprise de s’assurer que des violences morales ne peuvent être commises à aucun échelon de la hiérarchie.Dans les cas de violence privée ou de problèmes de voisinage, les médiateurs sont d’un grand secours. Attention : ils sont formés à la résolution de situations de conflits « ouverts », il vous faut donc leur prouver – matériellement – que vous êtes victime de violence insidieuse.

5. Réunissez des preuves

Face à un adversaire qui avance masqué, accrochez-vous aux faits concrets. Au bureau, conservez les notes de service avec commentaires humiliants, les lettres recommandées, notez les dates et heures des comportements aberrants, faites-les attester par vos témoins… Dans le couple, réunissez les preuves des faits : déposez une main courante auprès du commissariat (première étape avant toute démarche en justice), faites faire des certificats médicaux… Conservez courriers, factures, relevés de compte… Si votre harceleur vous téléphone avec insistance, faites enregistrer les appels. Gardez tout de même un peu de distanciation pour ne pas devenir… persécuteur à votre tour !

6. Restaurez votre estime

Si vous avez survécu à de telles manœuvres de déstabilisation psychique, félicitez-vous et faites-vous du bien. Si vous ignorez comment vous y prendre, profitez-en pour commencer une psychothérapie et parler de cette difficulté avec un thérapeute. Ensemble, faites le bilan et posez-vous des questions essentielles : « Pourquoi me suis-je retrouvé sous cette emprise ? Quand le harcèlement a commencé, dans quel état intérieur étais-je ? Pourquoi ai-je rencontré cet homme ? » Tous les professionnels le disent : pour être réparé en profondeur, il ne suffit pas d’avoir échappé à la situation traumatisante, il faut être parvenu à se faire reconnaître comme victime et avoir fait sanctionner l’agresseur. Puis, dans un deuxième temps, il faut avoir pris conscience de sa part de responsabilité – si infime soit elle – dans la situation. « Alors seulement on franchit un cap, confie une ancienne victime : on passe du “j’ai subi” au “j’ai vécu”. Et c’est différent. » Oui, vraiment différent !

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Amel IDIR
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