Comment la bibliothérapie nous aide à aller mieux

Comment la bibliothérapie nous aide à aller mieux
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Si les livres nous ouvrent le cœur et l’esprit, ils peuvent aussi nous apaiser ou nous guider. D’ailleurs, certains thérapeutes recommandent déjà la bibliothérapie à leurs patients. Alors pourquoi ne pas associer plaisir et travail sur soi ?

« Toute ma vie durant, mes livres ont été ma colonne vertébrale. Lorsque j’étais enfant, l’un d’eux m’a profondément marqué. Je devrais dire plutôt un héros : Rémi de Sans famille, d’Hector Malot », confie le neuropsychiatre Boris Cyrulnik à notre consœur Christilla Pellé-Douël, avant de citer un autre héros : « David Copperfield a, pour moi, été ce modèle selon lequel, bien qu’ayant une enfance misérable et malheureuse, il n’était pas fatal de devenir un délinquant. Rémi, lui, transformait l’existence, il parcourait la France, l’Angleterre et faisait de multiples rencontres. Je me reconnaissais dans ce jeune garçon qui ignorait ses origines et qui était promené d’un endroit à l’autre. Ce récit m’a permis de me représenter ma propre histoire, de me sentir moins seul et de voir qu’il était possible de se sortir de situations difficiles. » Ainsi, pour ce grand spécialiste de la résilience, la lecture n’est pas qu’un plaisir, elle aide à se construire et à changer sa perception du monde.

Dans Ces livres qui nous font du bien, Christilla Pellé-Douël, responsable des pages livres à Psychologies, a recueilli les témoignages d’écrivains, de chercheurs ou d’artistes : ils racontent leur relation intime à la lecture et les enseignements qu’ils en tirent. Ainsi, l’œuvre d’André Breton a ouvert les portes du monde à Jean-Claude Carrière ; La Peste de Camus a permis à Axel Kahn de « mettre la main sur un certain nombre d’idées et de concepts » qui lui ont fait éprouver un sentiment de sérénité ; Isabelle Sorente, elle, se plonge dans le journal d’Etty Hillesum quand elle a un passage à vide.

 

Interpréter pour aller mieux

Voyager, entendre l’écho de ses questions, trouver des réponses à ses interrogations, changer de temporalité, se frotter à l’altérité, rencontrer son double ou un modèle, approfondir sa réflexion, apaiser ses émotions… La lecture possède tellement de propriétés stimulantes, inspirantes, apaisantes, qu’elle est de plus en plus utilisée comme un outil thérapeutique, même si elle existe en tant que tel depuis presque un siècle. Christilla Pellé-Douël rappelle qu’elle est apparue vers 1916 aux États-Unis, durant la Première Guerre mondiale. C’est une femme, une bibliothécaire noire, Sadie Peterson Delaney, qui a eu l’idée d’acheter des contes de fées, des romans et des livres d’histoires, et de mettre en place des groupes de thérapie, appelés « heures du conte », avec des médecins. Et c’est un pasteur, Samuel Crothers, qui le premier a parlé de reading therapy (bibliothérapie) en constatant l’effet bénéfique de la lecture sur des soldats en état de stress post-traumatique.

Si cette thérapie reste plus marginale en France que dans les pays anglo-saxons, on constate toutefois que de plus en plus de thérapeutes ont recours à des prescriptions littéraires. C’est le cas, entre autres, du psychiatre et psychothérapeute Christophe André, de Maurice Corcos, chef de service du département de psychiatrie de l’adolescent et de l’adulte jeune à l’Institut mutualiste de Montsouris, ou encore de Pierre-André Bonnet, un médecin généraliste qui a consacré sa thèse de doctorat à La Bibliothérapie en médecine générale (Sauramps médical).

Bertrand Robin, psychologue clinicien, formé à la psychanalyse et consultant en ressources humaines, a étudié et pratiqué la bibliothérapie pendant de nombreuses années. Pour lui, cet outil est loin d’être un « accessoire mineur », « parce que toute lecture est un acte d’interprétation. Et que l’interprétation est en soi une thérapie, car elle met l’individu en position de sujet, en lui permettant de se décoller de son histoire et, par effet de projection, de trouver des ressources en lui ». Il a constaté ses effets positifs sur des patients souffrant de troubles anxieux ou phobiques, ou traversant des épisodes dépressifs. Aux premiers, il conseillait des ouvrages traitant des pathologies les concernant (comme ceux de Christophe André sur l’anxiété), pour que, comprenant mieux ce qui leur arrivait, ils deviennent plus actifs dans ce qu’ils traversaient. Aux seconds, ceux qui vivaient des épisodes dépressifs, il proposait des romans « qui les inscrivaient dans une temporalité équilibrée, comprenant un passé, un présent, un futur, et qui mettaient en scène des personnages et des situations auxquelles ils pouvaient s’identifier ».

Choisir l’ouvrage qui nous parle

Émilie Devienne est coach et auteure de Bibliocoaching, les livres à lire pour éclairer votre vie (Leduc éditions). Sa passion pour les livres l’a conduite à développer une méthode qu’elle a intitulée le bibliocoaching. Littérature classique, grand public ou psy, peu importe, l’essentiel est de définir son objectif (qu’est-ce que je cherche à résoudre ou à améliorer ?), d’identifier son besoin (que me manque-t-il pour résoudre ce que j’ai à résoudre ?), puis, selon sa jolie expression, de « faire équipe avec son livre », c’est-à-dire de l’utiliser pour servir au mieux ses intérêts.

Une fois définis son objectif et son besoin, chacun, en fonction de sa sensibilité et de sa culture (et en demandant conseil à son libraire), choisira l’ouvrage qui lui parle le mieux. Essais de psychologie, témoignages, biographies ou récits fictionnels, la prescription dépend de la sensibilité et de l’approche des bibliothérapeutes et des lecteurs. Pour certains, seuls les livres psy ou de développement personnel sont efficaces, car concrets et explicitement dédiés au mieux-être psychique ; d’autres, en revanche, préfèrent la subjectivité et la complexité de la fiction. Christilla Pellé-Douël a choisi les deux, avec une préférence, passion oblige, pour la littérature. Contre l’ennui, elle recommande Le Maître de Ballantrae de Robert Louis Stevenson (Gallimard, “Folio classique”) ; pour comprendre le monde, Vie et destin de Vassili Grossman (Le Livre de poche) ; mais elle n’oublie pas Oliver Sacks et son Migraine (Seuil), pour soigner les siennes.

 

Flavia Mazelin Salvi

Source : psychologies.com

Lamia Siffaoui
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