Comment apprendre à se respecter ?

Comment apprendre à se respecter ?

Dans le monde d’aujourd’hui, dans les modes de vie qui sont les nôtres, se respecter relève d’une véritable ascèse et cela d’autant plus que nous commençons notre existence avec un handicap fondamental. Serions-nous conditionnés ?

Jacques Salomé est psychosociologue. Il est notamment l’auteur de Le courage d’être soi (Pocket) et de Vivre avec les autres (Ed. de l’Homme). Selon lui, le respect que nous nous devons n’est pas forcément inné, surtout dans une société où la compétition est omniprésente. Il est cependant possible de changer de regard sur soi-même pour plus de bienveillance.

En effet, nous avons été, pour la plupart d’entre nous, définis très tôt par les désirs et les peurs de nos parents, conditionnés par les croyances, les valeurs et les pressions de notre environnement, asservis à des entités politiques et économiques face auxquelles notre liberté de choix et d’influence s’amenuise et, parfois même, est réduite à néant. « Je ne me sentais pas respecté chaque fois que ceux qui m’aimaient me dictaient, avec les meilleures intentions et la plus grande sincérité, comment je devais être, ce que je devais ressentir, ce que je devais dire. »

« Une grande partie de ma vie, j’ai eu le sentiment que tout était joué à l’avance, que mes propres choix se modelaient malgré moi sur ceux de mon entourage. Ce fut par une véritable révolte – une fuite de mon milieu – que j’ai réussi à m’affirmer. Ce fut le début d’un commencement de respect envers moi-même… »
– Se respecter suppose de prendre le risque de se définir. De se positionner, de s’affirmer et même de se confronter dans des rapports de force qui ne nous sont pas toujours favorables.

« Aussi loin que je me souvienne, j’avais peur de déplaire, de ne plus être aimée, d’être rejetée, aussi je ne contrariais personne, je m’ajustais sur les positions de ceux dont j’attendais la reconnaissance, ce qui fait que je ne m’aimais pas. Je me méprisais et j’avais une image extrêmement négative de moi-même. »
« J’ai pu me respecter le jour où, rassemblant toutes mes ressources, j’ai pu signifier à ma mère que je ne prendrais pas la place de son mari dans l’entreprise familiale. »
– Se respecter commence souvent par un conflit intrapersonnel qui se déplace sur un proche pour devenir un conflit interpersonnel.

« Quand j’ai découvert que mon mari avait des aventures, j’ai commencé par l’accuser. J’ai mis plusieurs années à découvrir ce que cette situation touchait en moi et j’ai pu prendre la décision de me respecter en ne restant pas dans une relation qui réveillait des blessures anciennes. »
– Se respecter suppose la capacité de dire non. Et, donc, celle de prendre le risque de faire de la peine à des proches, à des personnes significatives de notre vie.

« Quand j’ai osé dire non la première fois à mon père, j’ai cru qu’il allait me tuer. Il m’a regardé longuement, a quitté la pièce sans un mot. Mais j’ai tenu bon. »
– Se respecter, c’est accepter l’éventuelle frustration de ceux qui m’entourent quand je témoigne de ma différence, de mon altérité.

« J’entends bien ton point de vue mais le mien est différent et je souhaite pouvoir en témoigner, non en opposition mais en apposition. »
– Se respecter est une démarche d’amour à l’égard de soi-même chaque fois que ce que nous faisons ou disons est en accord avec ce que nous éprouvons.

« Je n’osais jamais lui dire que je ne voulais pas faire l’amour dans ces conditions, à la sauvette. Quand j’ai pu le faire, je me suis sentie plus vivante, plus légère. J’ai d’ailleurs perdu 10 kilos dans le mois qui a suivi. »
– Se respecter est une lente démarche d’intégration qui ne relève pas de la simple volonté, mais qui s’inscrit dans un combat au quotidien.

Celui-ci se traduit par la solitude due à l’incompréhension et au doute d’un entourage qui vit parfois mal la naissance ou la révélation d’un être nouveau. Un être qui soudain bouscule, par son propre positionnement de vie, les habitudes, les croyances et les choix de vie de son entourage.
Accéder au respect de soi me semble être un des plus beaux cadeaux que nous puissions faire à notre vie.

 

Jacques Salomé

Issam Saidi
CONTRIBUTOR
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