Moscou met en garde Trump contre la sortie d’un traité nucléaire

Moscou met en garde Trump contre la sortie d’un traité nucléaire
PHOTO JONATHAN ERNST, REUTERS

AFP-MOSCOU
Moscou a averti dimanche le président Donald Trump que son intention de sortir d’un traité nucléaire signé pendant la Guerre froide était « un pas très dangereux ».

Le dernier dirigeant de l’URSS, Mikhaïl Gorbatchev, à l’origine de la signature en 1987 de cet important traité de désarmement, a pour sa part dénoncé le « manque de sagesse » du président américain, appelant « tous ceux qui chérissent un monde sans armes nucléaires » à convaincre Washington de revenir sur sa décision, afin de « préserver la vie sur Terre ».

Samedi, M. Trump avait annoncé que les États-Unis prévoyaient de sortir de l’Intermediate Nuclear Forces Treaty (INF), traité sur les armes nucléaires de portée intermédiaire signé à la fin de la Guerre froide par M. Gorbatchev et le président américain de l’époque, Ronald Reagan.

Le vice-ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Riabkov, a qualifié cette décision de « pas très dangereux » qui, selon lui, « ne sera pas compris par la communauté internationale et s’attirera même de sérieuses condamnations ».

Berlin a réagi en disant « regretter » le retrait des États-Unis du traité, qualifié d’« importante composante du contrôle des armements ». « Les conséquences de la décision américaine devront désormais être discutées entre les partenaires de l’OTAN », a indiqué un porte-parole du gouvernement, Ulrike Demmer.

M. Trump accuse la Russie de ne pas respecter ce traité « depuis de nombreuses années » et a annoncé que les États-Unis se mettraient par conséquent à « développer ces armes ».

M. Riabkov a rejeté dimanche ces accusations: « Non seulement nous ne violons pas le traité, mais nous le respectons de la façon la plus stricte, a-t-il insisté. Et nous avons fait preuve de patience au fil des années face à de flagrantes violations du traité par les États-Unis eux-mêmes », a-t-il affirmé.

Si les États-Unis continuent à agir « de façon maladroite et grossière » et à se retirer unilatéralement de traités internationaux, « alors nous n’aurons pas d’autre choix que de prendre des mesures de rétorsion, qui impliqueraient noatmment la technologie militaire », a déclaré sans autre précision M. Riabkov à l’agence Ria Novosti.

Bolton à Moscou

Le conseiller de la Maison-Blanche à la Sécurité nationale, John Bolton, est arrivé dimanche dans l’après-midi à Moscou, selon une source citée par Ria Novosti.

« Nous espérons qu’il nous expliquera de façon plus substantielle et claire, au cours de nos rencontres demain et après-demain, les actions que comptent entreprendre les États-Unis », a encore dit M. Riabkov.

M. Bolton doit rencontrer lundi le ministre des Affaires étrangères, Serguei Lavrov, en préparation à une éventuelle rencontre entre M. Trump et le président russe, Vladimir Poutine, qui pourrait avoir lieu d’ici la fin de l’année.

Le conseiller américain verra également le chef du Conseil de sécurité, Nikolaï Patrouchev, et le conseiller présidentiel Iouri Ouchakov. Le Kremlin a également indiqué qu’une rencontre avec le président Poutine était « en préparation ».

Selon le journal britannique The Guardian, c’est M. Bolton lui-même qui fait pression sur Donald Trump pour un retrait du traité INF et qui bloque toute négociation pour une extension du traité New Start sur les missiles stratégiques, qui arrive à expiration en 2021.

La décision américaine pourrait avoir « les conséquences les plus désastreuses », a estimé le politologue russe Alexeï Arbatov, cité par l’agence Interfax, estimant possible un « nouveau cycle de course aux armements ».

Accusations croisées

Washington se plaint du déploiement par Moscou du système de missiles 9M729, dont la portée, selon les États-Unis, dépasse les 500 kilomètres, ce qui constituerait une violation du traité INF de 1987.

Ce traité, en abolissant l’usage de toute une série de missiles d’une portée variant entre 500 et 5500 kilomètres, avait mis un terme à la crise déclenchée dans les années 80 par le déploiement des SS-20 soviétiques à têtes nucléaires, ciblant les capitales occidentales.

Le retrait américain « est le deuxième plus gros coup porté contre tout le système de stabilité mondiale », a affirmé le sénateur russe Alexeï Pouchkov, le premier étant le retrait américain en 2001 du traité ABM sur les missiles antibalistiques.

Vladimir Poutine avait ordonné en 2016 le renforcement de la force de frappe nucléaire de la Russie ainsi qu’une modernisation des armements, en réponse au renforcement de la présence militaire de l’OTAN à ses frontières, perçue comme une menace.

Interrogé sur la possibilité d’une guerre nucléaire, M. Poutine avait assuré jeudi que les Russes « iraient au Paradis en martyrs », se défendant de toute velléité guerrière, mais avertissant que tout agresseur voulant frapper son pays avec des armes atomiques sera « détruit ».

Sabrina Lallemand
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