Première création d’embryons chimères porc-humain

Première création d’embryons chimères porc-humain
Jun Wu (premier plan) et Juan Carlos Izpisua Belmonte dans leur labortoire à l'Institut Salk d'études biologiques à La Jolla, en Californie. Ils ont produits les premiers embryons chimère mi-porc mi-humain. SALK INSTITUTE

Pour la première fois, des chercheurs ont créé des embryons chimères contenant des cellules souches humaines et porcines. Un progrès technique qui pose des questions éthiques.

CHIMÈRE. Pour la première fois, des chercheurs ont créé des embryons chimères contenant des cellules souches humaines et porcines, selon une étude publiée jeudi 26 janvier 2017 dans la revue américaine Cell. Cette avancée scientifique constitue un premier pas vers le développement d’organes humains par des animaux, qui pourraient être récupérés et greffés à des personnes malades. C’est « une première étape importante », a souligné Juan Carlos Izpisua Belmonte, professeur à l’Institut Salk d’études biologiques à La Jolla, en Californie, principal auteur de ces travaux. « Le but ultime est de cultiver des tissus ou des organes humains (pancréas, foie, cœur…) chez des animaux comme des truies qui pourront être greffés sans rejet, mais nous en sommes encore loin », a-t-il tempéré, reconnaissant la grande difficulté de cette expérience menée avec quelque 1.500 embryons porcins pendant quatre ans.

Les cellules humaines ont commencé à former du tissu musculaire

Concrètement, ces scientifiques ont implanté des cellules souches humaines, capables de devenir n’importe quel tissu, dans des embryons de cochons ensuite transférés dans l’utérus de truies porteuses. Il n’y a pas eu de rejet des cellules humaines car celles-ci sont injectées dans l’embryon animal à un stade très précoce, au cinquième ou sixième jour de développement.

Les chercheurs ont laissé ces embryons se développer seulement pendant quatre semaines comme le stipulent les réglementations, observant que les cellules humaines avaient commencé à former du tissu musculaire. Cette expérience n’a donc pas été menée jusqu’à son terme – la naissance de porcelets en partie humains.

Le sujet est très controversé et soulève d’importantes questions éthiques. Dans le cadre de ces travaux, les chercheurs précisent que la proportion de cellules souches humaines dans leurs expériences était de toute manière faible.

Les cellules souches humaines (en vert) ont contribué au développement de tissus cardiaques dans un embryon de porc de quatre semaine (©Salk Institute)

 

Une précédente expérience avait permis de faire développer un pancréas, un cœur et des yeux de rats dans des embryons de souris, démontrant qu’il est possible de développer des organes d’une espèce dans une autre. Bruce Whitelaw, professeur de biotechnologie animale à l’Université d’Edinbourgh au Royaume-Uni, estime que ces travaux sur les embryons chimères humains-porcins, à laquelle il n’a pas participé, sont « emballants » car « ils ouvrent la voie à des avancées importantes » dans le domaine de la médecine régénérative.

Cette étude devrait aussi aider à mieux comprendre l’évolution des différentes espèces et les maladies, estime Darren Griffin, professeur de génétique à l’Université de Kent, qui n’a pas non plus été impliqué dans cette expérience. Celui-ci insiste également sur « l’importance que les futures études soient menées en toute transparence pour permettre une surveillance et un débat public ».

Vidéo de présentation des travaux par l’Institut Salk d’études biologiques à La Jolla :

Lamia Siffaoui
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