Notre galaxie prise en tenaille entre un « Grand attracteur » et un « Grand repoussoir » ?

Notre galaxie prise en tenaille entre un « Grand attracteur » et un « Grand repoussoir » ?
Présentée au 12e Rencontres du Vietnam, cette modélisation est une reconstitution du "Cosmic Web", qui montre comment la matière est répartie dans l'Univers. © Dominique Leglu

Notre galaxie, irrésistiblement attirée à 630 km/s vers un point de l’Univers, y serait-elle en fait repoussée par une autre région en train de se vider ? C’est l’hypothèse émise pour la première fois lors des 12e Rencontres du Vietnam.

‘COSMIC WEB’. Ceci n’est pas l’intestin étrange d’un géant de science-fiction. C’est notre coin d’Univers, avec ses pleins et ses vides en mouvement, là où se niche notre Voie lactée… et donc notre système solaire et la planète sur laquelle nous vivons ! Voici en tout cas, sur ces quelques images, la représentation en trois dimensions, effectivement surprenante, de la façon « dont la matière est distribuée » dans ce morceau d’Univers, explique Daniel Pomarède, de l’Institut de recherches sur les lois fondamentales de l’Univers, au CEA (Saclay). Ces images en vidéo étaient présentées en primeur mondiale lors de la conférence « Large scale structures and galaxy flows » (structures à grande échelle et flux de galaxies) aux 12e Rencontres du Vietnam, qui se tiennent actuellement à Quy Nhon, au centre du pays.

« Pour la première fois, nous avons reconstitué en 3D le « Cosmic Web », cette structure qui indique comment la matière est répartie dans l’Univers, poursuit le chercheur. Elle n’est pas uniforme, mais s’agrège en amas de galaxies qui sont connectés par des filaments séparés par des vides. » D’où ces sortes de tubes (les « filaments » au sein desquels se déplacent les galaxies, ici en grisé transparent), et de nœuds (en rouge-brun) où s’accumulent les galaxies (première partie de la vidéo ci-dessous). Ces représentations ont en effet de quoi surprendre, révélant des zones de flux de la matière, qui convergent tels les ruisseaux coulant sur les pentes d’une vallée pour rejoindre la rivière dans la plaine. Le tout représenté en volume, et non comme sur une cartographie classique en deux dimensions. Une nouvelle façon de voir le monde largement invisible qui nous entoure, comme Sciences et Avenir l’avait fait connaître à ses lecteurs à l’automne 2014, avec l’annonce de la découverte du superamas de galaxies Laniakea, dont notre Galaxie fait partie.

Grand Attracteur ou Grand Repoussoir, voire les deux… ?

C’est la même équipe de chercheurs, dont Brent Tully (Université de Hawaï), Yehuda Hoffman (Université hébraïque de Jérusalem) et Daniel Pomarède (cité ci-dessus) – tous présents au Vietnam – qui affinent cette nouvelle vision. Mais la surprise ne s’arrête pas là ! Même s’ils n’en font pas l’annonce formelle (1), les chercheurs pensent avoir identifié une bien curieuse zone céleste que, faute de mieux, on appellera le « Grand Repoussoir » (« The great repeller », deuxième partie de la vidéo ci-dessus). Son intérêt ? Elle pourrait enfin livrer la clé d’un mystère qui turlupine les astrophysiciens depuis plusieurs décennies. Rappelons en effet que notre Galaxie, la Voie lactée, et aussi ce que nous appelons le Groupe local, avec la Galaxie d’Andromède, se dirigent vers un certain point « avec une vitesse relative (2) de 630 km/s « , rappelle Daniel Pomarède. Un mouvement qui reste « inexpliqué (dans sa totalité) et que nous voulons comprendre », insiste le chercheur. Jusqu’à présent, c’est un phénomène d’attraction gravitationnelle qu’on a cru y déceler, et l’effet de ce qu’on a baptisé « le Grand Attracteur ».

ÉVACUATION. Un nom à faire fantasmer des générations d’astrophysiciens. Peut-être, « tout simplement la résultante des grandes structures cosmologiques qui résident dans la région, en particulier le superamas de galaxies Laniakea dont nous faisons partie », selon Daniel Pomarède, et qui exercerait la force d’attraction idoine. Seulement voilà, selon la vision inédite proposée par les chercheurs, c’est moins ce Grand Attracteur au coeur de Laniakea qui serait la source de notre mouvement… que l’inverse, si l’on peut dire. A l’attraction succède la répulsion. Notre irrésistible 630 km/s naîtrait, au contraire, « d’un phénomène d’évacuation. Nous serions en quelque sorte repoussés par une région de l’univers en train de se vider. Et qui devient de plus en plus vide ». Alors, Grand Attracteur ou Grand Repoussoir, voire les deux… ? Nous n’en avons pas encore fini avec les secrets de l’Univers. Et pendant ce temps, nous continuons à bouger.

1) Un article citant ces résultats n’a pas encore été validé par des pairs pour publication. Il faut donc prendre ces annonces avec toute la prudence de rigueur.

2) Vitesse du mouvement par rapport au fond diffus cosmologique (Cosmic wave background), qui irrigue tout l’Univers et forme ainsi un système de référence.

 

Par Dominique Leglu
Sciences & Avenir 

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