CONSTERNATION AU CERN : LA PARTICULE X N’EXISTE PAS !

CONSTERNATION AU CERN : LA PARTICULE X N’EXISTE PAS !

Finalement, le temps aura eu raison de la découverte : après neuf mois de débats et analyses enthousiastes, les chercheurs ont tristement conclu que la particule X n’était qu’un mirage.

Depuis plusieurs jours, les signes étaient contraires. Des silences parfois agacés des expérimentateurs aux rumeurs sur les blogs spécialisés en passant par le peu de conviction manifesté par les théoriciens, il semblait bien que seul un miracle aurait pu empêcher que ne finisse par se dévoiler la terrible vérité.

Or de miracle, il n’y a point eu : Lors de la conférence internationale de physique des hautes énergies qui se tient à Chicago jusqu’au 10 août, les expériences ATLAS et CMS, actuellement en cours auprès du LHC, l’accélérateur géant du Cern, près de Genève, ont officiellement annoncé que la particule X n’était qu’un mirage.

Alors que le 15 décembre dernier, la planète physique s’enflammait à l’idée que les données collectées au LHC en 2015 étaient compatibles avec la possible existence d’une particule non prédite par le modèle standard, l’actuelle théorie de l’infiniment petit, celles de 2016 viennent de rincer les derniers espoirs : le X n’était qu’une simple fluctuation du bruit expérimental désormais définitivement évaporée. Comme le résume un théoricien du Cern : « Nous faisons face à un scénario de cauchemar. »

Avant tout autre commentaire, il est indispensable de préciser que les expériences ATLAS et CMS ont en tout point été irréprochables. Dans le cas présent, aucune erreur expérimentale, de calibration ou d’analyse n’est à déplorer. Du reste, depuis presque huit mois, les expérimentateurs n’ont eu de cesse de répéter que les données rendues publiques fin 2015 étaient insuffisantes pour conclure, ce à quoi personne ne s’est jamais risqué… jusqu’à aujourd’hui.

Pour autant, c’est un fait, de mémoire de physiciens des particules, jamais un potentiel signal ne s’était manifesté à ce niveau d’intensité dans deux détecteurs indépendants simultanément. Au point que face aux données de l’année dernière, les spécialistes s’accordaient à dire que s’il s’agissait d’une fluctuation statistique, c’était assurément la plus diabolique jamais enregistrée dans un détecteur de particules. D’où l’enthousiasme inouï qui s’était manifesté après la publication des résultats.

Chez les expérimentateurs, le stoïcisme était certes officiellement de rigueur. Mais comme nous le confiait au début du printemps une expérimentatrice pour résumer l’état d’excitation en cours, « à la vérité, on balise tous de voir ce truc disparaître !! » quant aux théoriciens, après des années de disette, ils entrevoyaient enfin la possibilité d’explorer une physique au-delà du modèle standard, publiant en quelques mois pas moins de 500 articles commençant à explorer les conséquences de la possible découverte d’une particule inconnue (voir les trois liens en fin d’article).

Si bien qu’aujourd’hui, alors que le X s’en est allé, la déception est à la hauteur des attentes. Sonné, un théoricien lâche : « je ne sais pas comment la physique des particules va s’en remettre. » Et l’expression qui revient en boucle est transparente : «gueule de bois ».

Et pour cause, non seulement le X est désormais de l’histoire ancienne, mais les résultats publiés depuis quelques jours à Chicago sont unanimes : rien qui ne soit en tout point conforme aux prédictions du modèle standard. Or les manques et les limites de ce derniers sont connus, d’où l’impérieuse nécessité que de nouvelles données viennent le contredire afin de savoir dans quelle direction continuer l’exploration de l’infiniment petit.

Les plus optimistes font valoir que d’ici quelques années, le LHC aura encore plus que quintuplé la quantité de données au sein desquelles découvrir de quoi déboulonner l’actuelle théorie de l’univers élémentaire. Mais dans ce cas, comment expliquer alors qu’aucun début de signal non standard ne soit pas déjà visible dans les données publiée à ce jour ? D’un mot, la probabilité que le LHC ait été en définitive cette machine à confirmer le modèle standard plutôt qu’à le dépasser n’a jamais été aussi forte qu’aujourd’hui.

Or si ce scénario se confirme, alors que le successeur du LHC n’existe même pas encore sur le papier, cela signifie que les possibilités de repousser les frontière du microcosme risque d’être proche de zéro pendant au moins 30 ans. Au point que d’aucuns s’inquiètent déjà de la difficulté de maintenir une communauté scientifique suffisamment active afin d’assurer la relève. De fait, comment attirer les meilleurs étudiants quand les perspectives se bornent à affiner les paramètres du modèle standard et non à s’embarquer pour un nouveau continent physique !?

En ce jour maudit pour la physique des particules, reste une question : en a-t-on trop fait avec le X ? Entre les spécialistes, le débat fait rage. Fallait-il en parler le 15 décembre ? Fallait-il écrire 500 publications théoriques ? La presse a-t-elle eu raison de s’en faire écho?  Après tout, les physiciens du LHC n’ont fait que leur travail en rendant compte des données collectées par leur incroyable machine.

De leur côté, les théoriciens ont fait le leur en cherchant à tirer les fils de ce qui apparaissait alors comme une découverte potentielle. Quant à nous journalistes, nous avons rendu compte d’un moment singulier, rare, de cet sorte où tout peu basculer… ou malheureusement pas. Peinant à masquer son désarroi, un spécialiste conclut : « C’est comme ça que la science fonctionne. » Avec ses grandes joies, ses espoirs et parfois ses monstrueuses déconvenues. Celle suscitée par la mort du X restera à n’en pas douter dans les annales de l’histoire des sciences.

Mathieu Grousson

scienceetvie

 

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