Comment cultiver son appétit de vivre

Comment cultiver son appétit de vivre

Une simple et bonne hygiène de vie suffit-elle à se préserver de la morosité ? D’autres approches existent.

Le plaisir de vivre, Matt Haig connaît bien. Normal: il en a été privé pendant des années. Ce Britannique aujourd’hui quadra a en effet souffert d’attaques de panique et de dépression dans sa vingtaine, au point de se retrouver un jour au bord d’une falaise, les pieds dans le vide, et bien décidé à en finir. Dans Rester en vie (Éd. Philippe Rey), son revigorant best-seller, il décrit les micro-événements qui l’ont reconnecté à l’envie de continuer à vivre: un peu plus de lumière perçue dans le ciel, un voyage attirant, une pensée neutre (non plus obsédée par la dépression) mais tournée vers l’avenir… Et aujourd’hui, il dresse une liste de recommandations destinées à ceux qui sont dans la morosité. Pour s’en sortir, cela va de «ayez conscience que vous respirez» à «douchez-vous avant midi» en passant par «Lisez Graham Greene».

Aimer vivre naîtrait-il d’une simple hygiène de vie? De nombreux professionnels de la psyché, comme le Pr Michel Lejoyeux, en sont désormais persuadés. En effet, ces dernières années, de nombreuses recherches en psychologie expérimentale ou en neurosciences ont tenté de comprendre les capacités de certains à apprécier pleinement la vie.

«Il existe trois grandes motivations : le sexe, le pouvoir et l’argent. Si ces objectifs ne sont pas sublimés, leur quête exclusive réserve une existence assez pauvre»

Édouard Zarifian, psychiatre

Elles ont découvert par exemple que la quête de plaisirs rapides qui nous téléguide trop souvent ne mène que rarement à la satisfaction. Mais, relevant de la consommation, elle nous plonge dans la frustration, et la nécessité de recommencer. Comme le notait le psychiatre Édouard Zarifian dans son essai Le Goût de vivre (Éd. Odile Jacob): «En réalité, il existe trois grandes motivations: le sexe, le pouvoir et l’argent. Si ces objectifs ne sont pas sublimés, c’est-à-dire transformés par le symbolique et l’imaginaire, leur quête exclusive réserve une existence assez pauvre, assortie d’une grande vulnérabilité à l’échec.»

Les vertus de l’effort volontaire

Une satisfaction plus profonde réside dans des bonheurs moins palpables: réussir un examen après de nombreuses heures d’études, contempler une œuvre d’art et atteindre ainsi des zones inconnues de nous-mêmes… Ainsi, tous les adeptes de l’escalade vous le diront: il n’est pas de boisson plus délectable que celle consommée tout en haut, en plein froid et en plein vent, après des heures d’efforts à grimper contre la roche. Une étude expérimentale menée par l’Université de Stanford, dite «test du Marshmallow», a d’ailleurs prouvé que les enfants qui savaient se retenir de déguster la fameuse confiserie pour en obtenir, plus tard, deux, devenaient des adolescents et adultes plus compétents et heureux de vivre.

Autre stratégie épanouissante: être vraiment présent à ce que l’on fait. Dans la «présence consciente» comme nous y invite depuis toujours la philosophie zen. «Quand vous mangez, mangez ; quand vous jeûnez, jeûnez», affirme-t-elle. C’est d’ailleurs une confirmation de la psychologie positive: ce qui rend particulièrement heureux une majorité de gens n’est pas le relâchement ou la distraction (culte de «l’homo distractus»), mais «au contraire, la poursuite d’une activité qui mobilise le corps ou l’esprit jusqu’à leurs limites dans un effort volontaire en vue de réaliser quelque chose d’important», ainsi que l’a découvert Mihaly Csizentmihalyi, professeur en Californie. C’est l’extrême présence à soi du violoniste en plein concerto, mais aussi le bonheur éprouvé par la cuisinière qui a «tenté» une nouvelle épice dans sa recette… Les personnes engagées corps et âme dans leur activité ne se rendent même pas compte de leur plaisir de vivre, elles en font une expérience totale.

Les deux obstacles actuels les plus dommageables à notre goût de vivre semblent être la surconsommation de plaisirs rapides et l’accélération, ou la multiplication, de nos activités

Les deux obstacles actuels les plus dommageables à notre goût de vivre semblent donc être la surconsommation de plaisirs rapides et l’accélération, ou la multiplication, de nos activités (cf. «le multitasking») qui nous empêchent de faire vraiment l’expérience de chacune d’entre elles.

Enfin, alors que l’on a entendu dire que «l’enfer, c’est les autres», nos amis et relations proches mais aussi des inconnus atténuent nos peines quand nous sommes malheureux, et intensifient nos joies quand nous les partageons avec eux. Aussi Barbara L. Fredrickson, de l’université de Caroline du Nord, insiste-t-elle sur ce point dans son livre Positivity: «Reliez-vous aux autres, chaque jour et quoi qu’il se passe.» S’appuyant sur les dernières expériences menées dans son laboratoire, elle va même jusqu’à dire: «Même si vous n’êtes pas d’un tempérament extraverti, agissez comme si vous l’étiez. Le simple fait de se montrer ouvert quand vous êtes avec les autres – en se montrant audacieux, loquace, plein d’énergie, actif, assertif… -, et quelles que soient vos inclinations naturelles, vous amènera à retirer plus de positivité de vos échanges sociaux.»

Source : Le Figaro

Karim Arhab
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