Le destin n’existe pas – part I : la main tendue

Le destin n’existe pas – part I : la main tendue

En Algérie, le destin est le coupable tout désigné pour justifier tous les malheurs qui frappent nos compatriotes. C’est l’alibi parfait qui est souvent appelé à la barre pour lever les soupçons contre le vrai coupable d’un échec.

« Allah ghaleb », « Koulchi bel mektoub »,  « Akka iguevra rebbi »… On ne peut passer une journée en Algérie sans entendre, ou sans lire l’une de ces expressions. Ma préférée : « Li mektoub fel jbine mayemhouh el yeddine » (ce qui est écrit sur le front, ne peut être effacé avec les mains).

À force d’écouter tous ces gens accuser le destin à longueur de journée, on pourrait croire que tout est vraiment écrit, et qu’on n’a aucun contrôle sur notre vie.

Dieu serai-il injuste ?

Si on part du principe que tout est joué d’avance, je me demande pourquoi ces gens continuent à se lever le matin pour aller courir dans tous les sens, en espérant décrocher le gros lot ?

Dire que notre chemin est tout tracé viendrait à accuser notre créateur d’injustice. On m’a déjà dit que Dieu a créé certains Hommes pour vivre dans le malheur. Selon les défenseurs de la théorie du destin verrouillé, il y a des gens qui sont nés pour vivre heureux, et d’autres auraient piger la boule noire.

Si c’était vraiment le cas, nul n’aurait besoin d’étudier, de travailler, ni même de manger, puisque tout est écrit.

Comment ça fonctionne alors ? 

Le destin tel que décrit par les algériens, et beaucoup d’autres musulmans n’existe pas, mais de là à dire que tout est dû au hasard ça serait un peu extrême.

Je sais par expérience qu’il y a des choses qui arrivent au bon moment et bon endroit pour me sortir d’une situation que je croyais sans issues. J’avoue qu’il y a une part de magie dans notre vie qu’on ne pourrait expliquer sans lever les yeux vers le ciel.

J’ai eu à vivre plusieurs expériences, avec mon ami Tony qui m’amènent à dire que tout est dans le savoir-être et surtout dans la foi en Dieu. C’est grâce à ces expériences que j’ai compris que notre créateur est assez grand pour ne pas intervenir en faveur de certaines de ses créatures, comme le ferait un policier pour un ami qui aurait besoin de récupérer son permis de conduire. Pour Dieu, les êtres élus n’existent pas.

Tony est un vieil ami que j’ai le plaisir de côtoyer depuis quelques dizaines d’années. Je ne sais plus exactement depuis quand, mais je sais que cette rencontre qui m’a permis de comprendre beaucoup de choses sur la vie.

Ce matin je devais simplement écrire un article pour ce journal qui s’adresse aux consciences libres de notre beau pays, mais quand la plume est posée sur la feuille blanche, il y a des jours où je ne sais pas comment m’arrêter.

Des histoires à dormir debout, mais des histoires véridiques

Avant de vous raconter les expériences qui m’ont permis de me retrouver aujourd’hui avec vous, je vais commencer par vous dire ce qui m’a incité à parler aujourd’hui de ce destin que beaucoup n’arrivent pas encore à décrypter.

Dans le cadre d’un projet en cours de réalisation, j’avais besoin d’un bureau. Celui que j’ai choisi dans un magasin de meubles était beau, mais hors de prix. Il me plaisait mais je n’étais pas prêt à débourser une telle somme pour un simple bureau. J’ai failli cédé à la tentation mais une petite voix insistante me disait que je pouvais m’offrir une dizaine de bureau à ce prix-là. J’ai acheté quelques chaises et j’ai quitté le magasin en regardant le bureau du coin de l’œil.

Je savais que c’était celui-là qu’il me fallait, mais j’ai pris la décision de ne pas céder à la tentation. Je l’aurais certainement fait il y a quelques mois, mais maintenant que j’ai compris que le bonheur ne se trouve pas dans les objets qu’on possède, j’ai réussi à résister à l’envie de jeter mon argent par les fenêtres.

En allant récupérer mes chaises au dépôt du magasin, un jeune garçon est venu pour les rentrer dans la voiture. Il n’a pas voulu que je l’aide. Il me disait : »je suis payé pour ça, ne vous embêtez pas monsieur ».
Comme la majorité des algériens, je n’ai pas cette culture de regarder quelqu’un travailler pour moi sans mettre la main à la pâte.

Après avoir fini de charger les chaises dans ma voiture, le commis du dépôt a commencé à me parler de sa mère qui a eu un accident avec la même voiture que la mienne. Je l’ai écouté pendant quelques minutes et je me préparais à monter dans ma voiture quand j’ai vu le bureau que je voulais dans la cour arrière.

J’ai demandé à mon nouvel ami ce qu’il faisait là, et c’est là que j’ai su qu’il était invendable dans ce magasin de luxe à cause de quelques égratignures, quasiment invisibles. Il était destiné à la poubelle et le jeune homme m’a proposé de le prendre si j’en avais envie. Ça avait même l’air de lui rendre service.

Vous comprenez que je n’ai pas pu abandonner ce pauvre bureau sous ce climat impitoyable du Québec.

Cette anecdote qui peut sembler sans importance m’a fait repenser à tout ce que j’ai vécu avec mon ami Tony. Certains pourraient dire que c’est un simple hasard, et d’autres vont affirmer que c’était écrit. En réalité, les uns et les autres ont raison car il y a un peu des deux.

Quand vous aurez fini de lire cet article, vous comprendrez certainement ce qui fait la différence entre une personne qui dessine son destin, et une autre qui a choisi de subir les caprices de la vie sans bouger le moindre petit doigt.

C’est vrai qu’il est plus facile de mettre ses échecs sur le dos de quelqu’un mais le destin commence à en avoir lourd à porter, il est peut-être temps de changer de stratégie pour pouvoir avancer dans la vie.

La première expérience que j’aimerais partager avec vous est celle qui me revient souvent à l’esprit pour me rappeler que Dieu est toujours présent aux côtés de ceux qui veulent bien y croire.

Le dénouement de cette histoire vécue me laisse souvent perplexe et je vous encourage à la lire attentivement car je suis certain qu’il vous arrive des choses similaires dans votre vie sans que vous ne leur donniez de l’importance.

Nous étions en voyage en Algérie, et nous devions rencontrer un client dans la ville de Blida -une ville algérienne-, à 50 km de la capitale, et à environ 150 km de notre lieu de séjour (détails pour nos lecteurs canadiens).

Après avoir terminé notre rendez-vous avec le client, sur le chemin du retour à la maison, un motard de la police nous a ordonné d’immobiliser notre véhicule. Sans comprendre pourquoi, je me suis exécuté. L’agent m’a demandé les papiers du véhicule, et mon permis de conduire, afin de faire quelques vérifications. Il a fait le tour de la voiture, en prenant tout son temps, il est ensuite revenu vers nous, pour nous demander, d’un ton sec :  »Tu es Kabyle hein ! Quel est votre problème avec les gendarmes ? ».
Des émeutes avaient éclaté à l’époque après l’assassinat d’un chanteur Kabyle, le regretté Matoub Lounes, et la situation est restée très tendue dans la région pendant plusieurs années.

Tony a répondu à l’agent en disant : « c’est une situation dommageable pour tout le monde, et entre algériens on devrait se comporter de manière plus civilisée de part et d’autre. On veut tous que cette situation change un jour ».
La réplique de mon ami ne l’a pas vraiment convaincue. Il nous a demandé de quitter les lieux, immédiatement, en mettant les documents du véhicule, ainsi que mon permis de conduire, dans sa poche. Tony lui a fait remarquer qu’il avait omis de nous les rendre, mais je pense que le policier n’a vraiment pas aimer son sourire. L’agent de police a crié de toutes ses forces :  »Dégagez !!! ». On n’a pas insisté, ça avait l’air trop risqué de le faire, surtout à la fin des années 90.

On s’est arrêté devant le premier policier rencontré sur notre chemin et on lui a conté notre mésaventure. Il nous a gentiment conseillé d’aller au commissariat, en affirmant que son supérieur hiérarchique allait nous arranger ça.

On a été bien reçu par un collègue à lui, qui a tout simplement éclaté de rire quand j’ai expliqué la situation. Il a essayé de convaincre son collègue en l’appelant, en ma présence, mais rien à faire. Je l’entendais jurer que je ne reverrais jamais mes documents.

L’officier vers qui j’ai été orienté a également soutenu le comportement de son agent, et nous a aussi ordonné de dégager sans nous donner aucun début de piste pour résoudre le problème. Je n’avais commis aucune infraction, je n’ai reçu aucun PV à payer, mais je n’avais plus de permis de conduire, ni aucun document qui pouvait prouver que la voiture m’appartenait. Une véritable impasse.

On s’est déplacé à cinq reprises pour essayer de convaincre l’officier de nous rendre les papiers, et il s’est montré très arrogant et méprisant. Les multiples interventions n’ont rien changé à la situation. À la cinquième visite dans le bureau de l’officier, Tony lui a fait comprendre clairement qu’on allait pas passer notre temps à courir derrière eux en disant : « je ne suis pas de ceux qui supplient les autres pour avoir quelque chose. À partir d’aujourd’hui, je mets le dossier entre les mains de Dieu ».

L’officier, toujours avec autant d’arrogance que les autres fois, a répondu : « Tu peux faire intervenir qui tu veux, tu ne les auras jamais. Tu peux même appeler ton Dieu en personne ».

Tony n’a pas aimé ce traitement, mais comme je le disais, à l’époque c’étais dangereux de s’obstiner avec un un officier de police, et il a tout simplement répondu : « Je ne reviendrai pas te voir, et puisque c’est ça que tu cherches, c’est Dieu qui va s’en charger ». En bon algérien, wekelna Rebbi.

On s’est quitté sur ces mots, et sur le chemin du retour, à la nuit tombante, on a croisé un homme avec un véhicule en panne au bord de la route. La situation sécuritaire du pays à l’époque ne facilitait pas la tâche à ce pauvre monsieur, qui voyait fuir tous ceux à qui il essayait de demander de l’aide.

Tony m’a demandé de m’arrêter pour voir si on pouvait lui être utile. L’automobiliste voulait qu’on l’emmène au centre-ville pour voir si il y’avait un garage qui pouvait le dépanner, mais peine perdue, ils étaient tous fermés.

Vu qu’il habitait dans une ville qui se trouvait sur notre trajet – Les Issers -, on lui a proposé de le déposer, et de revenir au lever du jour pour récupérer sa voiture, chose qu’il a accepté volontiers.

La route était longue et Tony parle beaucoup. Il était tellement déçu de vivre une telle situation avec des représentants de l’ordre qu’il n’a pas résisté à l’envie de lui raconter nos péripéties.

Notre compagnon de voyage s’est énervé au plus haut point, il ne pouvait plus se calmer face à ce mépris. En arrivant à côté de son domicile, il nous a chaleureusement remercié et il est d’abord descendu du véhicule, avant de de se retourner vers nous pour nous dire : « …

La suite ici : Le destin n’existe pas – part II

 

Mohamed IDIR
Expert en communication & développement humain

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