Le destin n’existe pas – Part II

Le destin n’existe pas – Part II

Ceux qui n’ont pas lu la première partie de l’article le trouveront ici : le destin n’existe pas I

 

…avant de se retourner vers nous pour nous dire : « je suis colonel à Blida et je vais vous récupérer vos papiers, qu’ils le veuillent ou non. Hebou wella karhou ! ».

Il m’a pointé un petit café du doigt, en disant : « passez demain pour récupérer vos papiers dans ce café, mais si vous ne trouvez rien, il faut que vous retourniez voir l’officier de police pour les récupérer ».

Honnêtement, en même temps que je l’écoutais parler, je me disais qu’on avait fait tout ce chemin en compagnie d’un fou, sans se douter de rien. Il aurait pu nous arriver n’importe quoi avec lui.

Tout au long de la route j’ai reproché à Tony de nous avoir fait prendre un risque inutile en embarquant un inconnu. Un colonel de l’armée avec une vielle Golf Boston, habillé comme un mendiant, il ne faut tout de même pas exagérer !

On s’en est quand même sorti indemnes grâce à Dieu, et je considérais qu’on avait eu beaucoup de chance de pouvoir rentrer à la maison ce soir-là.

Le lendemain matin, on devait aller à l’aéroport d’Alger pour récupérer de la marchandise qui nous a été expédiée de Marseille. On est passé à côté du café que le prétendu colonel nous avait indiqué la veille, et Tony m’a regardé en me disant : « pourquoi pas ? ». Il était aussi sceptique que moi, mais on a décidé d’y aller, au cas où.

Je me rappelle avoir interpellé le propriétaire avec une grande prudence, de peur qu’il ne se moque de nous : « Bonjour, je vais te demander quelque chose, mais tu n’as pas le droit de rire. Est-ce que tu connais un certain colonel Slimane qui habite dans le quartier ? ».

Après m’avoir questionné sur le but de ma demande, il m’a confirmé qu’il existe bel et bien, mais qu’il ne lui avait rien remis ce jour-là. Il m’a conseillé de me déplacer à Blida, comme le colonel l’avait suggéré.

J’ai tout laissé tomber et on a pris la route sur le champs, direction Blida, pendant qu’un associé a été chargé de la réception de notre marchandise.

En arrivant à l’entrée du commissariat, le gardien qui est devenu un ami à force de nous voir aller et revenir, s’est mis à rire et à gesticuler de loin. Il avait l’air heureux. Il criait :  »Qu’est-ce que vous lui avait fait?  Il va s’en souvenir longtemps !! ».

Je ne comprenais pas ce qu’il voulait dire, et c’est là qu’il nous a expliqué que le colonel était passé tôt ce matin-là, avec deux camions de militaires, et ils ont mis le bureau de l’officier sens dessus dessous.

Il nous a même affirmé qu’il l’avait giflé, chose qu’on n’a pas osé confirmer avec l’officier. On s’est présenté à son bureau, sans nous annoncer, et il s’est mis debout dès qu’il nous a vu. Il a tendu la main à Tony, qui a évidemment refusé de la serrer, et il nous a demandé : « pourquoi vous ne m’avez pas dit que vous connaissiez le colonel, ça aurait évité toute cette histoire ».

Cette question m’a laissé perplexe. Je lui ai demandé comment font ceux qui ne connaissent pas le colonel pour s’en sortir avec des gens comme lui ? Il s’est contenté de baisser les yeux.

Tony était soulagé de voir que la justice divine avait frappé fort, et il n’a pas manqué de le faire remarquer à ce dictateur, en mal de pouvoir : « On ne le connaissais pas avant de transmettre le dossier à la haute direction, et si tu es assez intelligent, tu vas comprendre le message, et j’espère que Dieu n’aura pas à s’occuper de toi une autre fois ».

Il a semé le vent, il a récolté la tempête.

Cette partie de l’histoire est terminée, mais je ne peux passer à autre chose, sans vous raconter ce qui s’est passé par la suite. Je ne peux m’en empêcher car je veux absolument que vous compreniez, profondément, qu’il y a des choses que vous faites consciemment, et y’en a d’autres qui sont les conséquences de vos actions, sur lesquelles vous n’avez aucun contrôle. Il suffit parfois de faire les choses naturellement, sans rien attendre ne retour , pour arriver le miracle.

Deux semaines après cet incident, on a pris la direction des frontières marocaines pour prospecter le marché avec deux amis. Le chemin étant long, on s’est arrêté à Oran pour la nuit. Un contact local nous a réservé un bungalow à la sortie d’Arzew. Un endroit qu’on appelle « le Cap », si mes souvenirs sont bons.

Mon ami Tony a oublié de verrouiller les portières de la voiture et il avait commis une erreur impardonnable dans un quartier isolé, au bord de la mer, où les seuls habitants sont de jeunes touristes, et des adeptes de soirées bien arrosées.

L’ami qui nous avait réservé ce bungalow a omis de nous dire que cet endroit bien tranquille le jour, devenait un vrai cabaret à ciel ouvert la nuit.

Au réveil, j’ai constaté que la voiture avait été vidée de tout son contenu durant la nuit. L’autoradio, le système de son, les disques, la roue de secours, tout a disparu. Le pire, c’est qu’ils ont aussi volé les papiers, pour lesquels il a fallu un miracle pour les récupérer.

On a décidé d’aller déposer plainte à la gendarmerie, et devinez quoi ?

Le gendarme nous a très bien reçu, avant de savoir d’où l’on venait. Il n’a pas manqué de nous lancer la formule magique, qui devait être en vogue à l’époque : « Qu’est-ce qui vous arrive avec les gendarmes ? Allez voir ceux que vous frappez avec des pierres, et demandez-leur d’enregistrer votre plainte. Allez, dehors ! ».

J’avais une impression de déjà vu, mais avec l’avantage de la première expérience. Tony m’a regardé avec un petit sourire, et il m’a dit, sur un ton jovial : « Et si on envoyait le dossier au grand patron immédiatement, il va certainement savoir comment régler cette affaire ».

Le dénouement qu’a connue cette affaire m’a coupé le souffle, et m’a convaincu définitivement que notre attitude était la clé de tous nos défis.

Il était trop risqué de continuer le voyage sans aucun document pour prouver que la voiture nous appartenait. Nous n’avions plus de pièces d’identité, ni de permis de conduire. On a donc transformé notre voyage d’affaires, en vacances.

Oran est une très belle ville, que je vous conseille de visiter à l’occasion. On avait tellement entendu parler de la plage des Andalouses, qu’on a décidé d’y faire un tour, pour savoir si sa réputation était bien fondée.

Après avoir passé une agréable journée au bord d’une très belle plage, on avait un peu de mal à retrouver le chemin du retour. Il faisait presque nuit, et le faible éclairage ne nous facilitait pas la tâche. On a fini par croiser un vieil homme qui avait les bras chargés de sacs de provisions…

 

La suite pour demain nchallah…

3 comments

Voir aussi

Laisser un commentaire

Votre adresse électronique ne sera pas publiée. Les champs Exigés sont marqués avec *

Cancel reply

3 Commentaires