Le Brexit confirmé : Cambronne, dites-le à haute voix !

Le Brexit confirmé : Cambronne, dites-le à haute voix !

Mais pourquoi David Cameron s’est-il embarqué dans cette galère alors que personne ne lui avait rien demandé ?

Le résultat du referendum britannique risque de plonger l’Europe dans une incertitude des plus dangereuses et dont elle ne peut même pas calculer avec précision l’ampleur. Pensons au célèbre mot de Cambronne, il nous brûle les lèvres.

Entre l’Europe et l’Angleterre, c’est une vieille histoire de rancœurs, de malentendus et de batailles. Quant à la relation avec la France, nous en avons déjà parlé dans les colonnes de ce journal, c’est une guerre perpétuelle entre cousins d’une même lignée aristocratique aussi vielle que la grand-mère commune, Éléonore d’Aquitaine.

Après ce referendum, un mot semble s’inviter à notre langue, il nous étouffe et nous nous retenons avec force de le prononcer. Monsieur Cambronne, dites-le à haute voix, à notre place ! C’est que le brave général français du premier Empire est connu pour sa faconde et ses mots crus. Lors de la défaite de Waterloo, la légende prétendit qu’il fut dans le dernier carré des résistants et lorsque le général anglais lui intima l’ordre de se rendre, il aurait prononcé ces mots « la garde meurt mais ne se rend pas ». Avec l’insistance du général anglais, Cambronne lança alors, toujours selon la légende, le célèbre mot qui lui collera éternellement à son image, celui dont il n’avait cessé de clamer qu’il n’avait jamais été de son vocabulaire. Celui que nous n’oserions répéter et qui commence par la lettre « M » pour se terminer par celle du « E ».

C’est qu’on a bougrement envie de le laisser parler, le vieux Cambronne car, encore une fois, la perfide Albion (expression dont on affuble l’Angleterre) cause bien des tourments à cette construction européenne. Elle n’a jamais voulu en être, tout en y étant mais en prétendant  qu’elle ne souhaite plus y être et de faire le chantage constant d’en sortir.

Nous avons délibérément parlé de l’Angleterre alors qu’il s’agit du Royaume-uni car c’est bien l’Angleterre qui est à l’origine historique de ce conflit permanent. L’Écosse se précipitera pour enfin parvenir à son rêve, le détachement de la Grande Bretagne et son maintien au sein de l’Europe. Le pays de Galles et même l’Irlande du Nord seront également tentés par cette action séparatiste.  Mais en attendant, il s’agit bien du Royaume-uni, nous reprenons donc cette appellation pour la suite de l’article.

Un discours britannique permanent, le « No ! »

On a souvent tendance à l’oublier mais le Royaume-Uni a été le premier a lancer l’idée de la création des « États-Unis d’Europe » par le discours de Winston Churchill, à Zurich en 1949. Ce qui est étonnant est que la proposition du premier ministre britannique allait jusqu’à proposer la mise en place d’une armée européenne, une position aujourd’hui inenvisageable pour le Royaume-Uni (Churchill avait d’ailleurs immédiatement changé d’avis).

Dès 1950, lors de la création de la CECA (Communauté Européenne du charbon et de l’acier), en quelque sorte l’embryon de la future communauté européenne, les britanniques ont refusé d’y adhérer. Bien qu’ils finirent par changer de position, on peut déjà dire que le Royaume-Uni a traîné les pieds pour cette aventure européenne qu’il avait pourtant appelé de ses vœux dans un premier temps. En fait, l’île britannique a immédiatement compris son risque d’isolement face aux grandes puissances rivales. On perçoit déjà le pragmatisme de la politique britannique qui la mènera à une danse perpétuelle d’aller-retours, en fonction de ses intérêts.

De Gaulle opposa le veto de la France à l’entrée des britanniques au sein de l’union européenne. Pas rancunier pour un sou, il trouva en cette opportunité le moyen de faire ravaler à Churchill l’humiliation subie lorsque les signataires de la victoire de la seconde guerre mondiale voulurent l’écarter au profit du général Giraud. Ce dernier, considéré comme plus commode de caractère, était supposé être plus malléable. Mais au-delà de cette considération, De Gaulle a toujours nourri une méfiance tenace à l’égard de cette candidature britannique qu’il estimait être « le cheval de Troie des  américains ».

Le président George Pompidou leva le veto français en 1969 et la Grande-Bretagne n’adhéra qu’en 1973, soit assez longtemps après que le projet européen fut né. Mais dès leur arrivée, une année s’étant à peine écoulée, les revoilà dans leur exercice éternel, le chantage aux conditions spécifiques qui devaient leur être accordées. Certains l’ont oublié mais l’Europe fut, à ce moment, à un doigt du premier risque de BREXIT. Revenu au pouvoir, le parti travailliste organise un référendum pour la sortie ou le maintien dans la communauté européenne. Le 5 juin 1975, le « oui » au maintien l’emporte largement avec 67 % des voix.

Mais à ce petit jeu, la Grande Bretagne semblait y avoir pris goût puisque, de nouveau, elle se mit à l’écart d’un des plus importants projet de l’Union, le système monétaire européen (SME), impulsé par la France et l’Allemagne. Le gouvernement de Londres, proche des États-Unis (en cela de Gaulle avait peut-être raison) estimait que la solution de la stabilité était à rechercher plutôt dans le Fonds Monétaire International (FMI).

Et ainsi de suite jusqu’à ce fameux jour de l’arrivée de la terrible mamy Thatcher, Premier ministre qui entrera à jamais dans l’histoire pour son infinie précaution à ménager le consensus, sa délicate perception de la discussion apaisée et son sens de la retenue. En 1984, elle lance son fameux « I want my money back » aux chefs d’État des autres pays, avec un ton si tonitruant que personne n’osa la contredire. Les britanniques venaient d’obtenir, par la « Dame de fer », un rabais substantiel pour leur participation. Un avantage dérogatoire dont ils ne cesseront de bénéficier et même d’en réclamer davantage. Dans une négociation européenne, la Dame de fer obtenait tout de ses partenaires, et en retour à l’effort de ces malheureux hommes qui lui faisaient face, elle octroyait un « NO », ferme et définitif.

En résumé, les britanniques dirent « No » en 1985, aux accords de libre circulation des personnes (Accord de Schengen). En 1991, ils répétèrent leur « No » aux accords de Maastricht. A tout ou presque tout, ils n’avaient que ce mot à la bouche, toujours accompagné d’une demande de remise supplémentaire. C’est d’ailleurs l’une des demandes de David Cameron qui décida du  referendum comme levier au chantage.

L’Europe, un engin sans marche arrière

Quittons l’analyse factuelle un moment pour réfléchir sur un autre aspect de la communauté européenne, en marge de l’actualité récente du référendum. La question souvent posée et dont on n’a jamais pu avoir la réponse est « Peut-on sortir de l’Union européenne et que se passera-t-il? ». Voila une question qui se pose crûment aux européens, à un moment ou un nombre croissant de ceux qu’on dénomme « les mouvements populistes » militent pour la sortie de leur pays.

Alors, comme les économistes, professeurs-docteurs et experts internationaux, ont abreuvé les peuples de leurs certitudes arrogantes, on s’est retourné vers eux et on leur a demandé leur lecture des oracles du Temple d’Apollon. Et comme on pouvait se l’imaginer, certains ont répondu « ce serait le désastre européen et mondial » alors que d’autres ont rédigé des études qui arrivent au résultat radicalement inverse en prétendant que cela « n’aurait qu’un impact temporaire et limité ». Mais tous, d’une seule voix, ont répondu par cette réponse extraordinaire, mais qui est la marque de leur science de gourou, « en fait, personne ne peut savoir avec certitude ce qui se passera, c’est une première ! ».

Ainsi, les partisans de la sortie se sont gargarisés des études des premiers alors que ceux du maintien ont mis en avant les écrits des seconds. Et bien entendu, le tout dans une mauvaise foi d’interprétation qui ferait allonger le nez de Pinocchio jusqu’à toucher la Lune, puisque il en est toujours ainsi pour lui lorsqu’il se met à mentir.

Finalement, l’Europe institutionnelle est comme un avion, personne n’a jamais prévu de marche arrière. Personne ne sait comment en sortir et c’est presque une hérésie d’en apporter la moindre critique. La seule leçon que nous pourrions retenir de cette histoire du Brexit, est que l’Europe est dangereusement installée sur une certitude qui ne donne aucune possibilité d’exprimer une opinion contraire, sous peine d’être pointé de l’index. Les européens seraient condamnés éternellement à choisir entre l’Europe ou le chaos.

Certes, les Britanniques ont poussé le bouchon un peu trop loin. Ils agacent et freinent le processus européen en réclamant sans cesse la liberté d’être ailleurs et dedans, en même temps. Ils ont voulu préserver un système libéral qui repose sur leur puissante City de Londres, mais en même temps, ils souhaitaient bénéficier de l’accès libre au gigantesque marché européen.

C’était une position très contestable mais l’Europe peut-elle continuer à se construire en déniant aux peuples leur droit à exprimer des positions différentes ? Cette nouvelle dictature des experts et des hommes politiques européennes a jeté des pans entiers de la population européenne dans les bras des populistes qui leur promettent des chimères, redoutablement plus dangereuses.

Si les anglais agacent, s’ils ont tort et qu’ils veulent uniquement profiter du système sans en payer le prix à une certaine soumission, au moins nous auront-ils éclairé sur la dérive d’une construction européenne. Ce « machin » (comme disait De Gaulle à propos de l’Onu), dont la représentativité électorale est des plus douteuses, fonce tout droit, sans marche arrière ni rétroviseur pour s’apercevoir que des millions de gens sont tombés sur la route, victimes d’une mondialisation économique sans retenue.

Alors, monsieur Cambronne, dites-leur au-revoir de votre célèbre mot puisque c’est leur désir définitif.

SID LAKHDAR Boumédiene

Enseignant

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