Égypte : La jeunesse désillusionnée six ans après la révolte

Égypte : La jeunesse désillusionnée six ans après la révolte
PHOTO AFP Cette année marque le sixième anniversaire des manifestations de la place Tahrir qui ont mené à la chute de Hosni Moubarak.

Le Caire | Six ans après la révolte de 2011 qui chassa Hosni Moubarak du pouvoir, colère et frustration rythment le quotidien des militants égyptiens qui, sévèrement réprimés, peinent à garder espoir.

Le régime du président Abdel Fattah al-Sissi, ex-chef de l’armée, est accusé par ses détracteurs d’avoir refermé la parenthèse démocratique ouverte avec le soulèvement de 2011.

Dans un pays ravagé par une grave crise économique, M. Sissi, élu président après avoir destitué en 2013 son prédécesseur islamiste Mohamed Morsi, ne tolère aucune forme d’opposition.

«La situation est désolante», soupire Esraa Abdel Fattah, en passant par la place Tahrir, épicentre de la révolte où des centaines de milliers d’Égyptiens ont campé pour obtenir en 2011 le départ de Moubarak après 30 années d’un règne sans partage.

«Je suis triste pour le sang qui a été versé en vain», regrette cette militante de 38 ans, en référence aux centaines de manifestants tués dans la répression du soulèvement ayant débuté le 25 janvier 2011.

La jeunesse qui avait participé à la révolte est aujourd’hui désillusionnée, à l’instar d’Ahmed, pharmacien de 32 ans.

Émigrer à tout prix

«C’est un combat quotidien pour notre survie», regrette ce père de deux enfants qui avait participé aux manifestations de 2011 mais veut aujourd’hui émigrer à tout prix. «La lutte pour la démocratie et les droits de l’Homme s’est transformée en un combat quotidien pour trouver les produits de base pour ma famille», déplore-t-il.

Depuis plusieurs mois, les Égyptiens sont confrontés à une forte hausse des prix ou des pénuries de produits de première nécessité. Une tendance aggravée par les mesures d’austérité adoptées par le gouvernement pour obtenir un prêt de 12 milliards de dollars du Fonds monétaire international (FMI).

«Avant j’étais prêt à mourir pour ce pays, maintenant je veux juste partir», lâche Ahmed.

Pour la politologue May Mougib, «il y a beaucoup de colère contenue chez les gens» en raison de la situation économique. «Mais malgré cela, personne ne veut d’une autre révolution, les Égyptiens sont fatigués après une révolte qui n’a pas eu les résultats escomptés».

Répression

Dans les mois qui ont suivi la destitution de M. Morsi, les autorités ont ciblé ses partisans islamistes. Des centaines de manifestants ont été tués par les forces de l’ordre, et des milliers se sont retrouvés derrière les barreaux.

Mais la répression s’est rapidement élargie pour inclure la jeunesse laïque et de gauche, et des dizaines de militants se sont retrouvés en prison pour des manifestations organisées sans l’aval des autorités.

 

– Par Haitham El-Tabei, Agence France-Presse

Source: JDM

Sabrina Lallemand
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