Quatre bonnes raisons de suivre les modes managériales

Quatre bonnes raisons de suivre les modes managériales

Adopter les pratiques managériales en vogue peut se révéler être un efficace levier de performance.

Loin d’être des victimes de la mode, les chercheurs Barry Staw et Lisa Epstein observent que nombre de managers instrumentalisent à leur profit le phénomène des modes managériales. Et pour cause, « prendre le train en marche » semble générer de multiples bénéfices. La littérature retient au moins quatre avantages concrets qu’un manager peut tirer d’une pratique en vogue.

1. Améliorer sa position

Eric Abrahamson affirme tout d’abord dans « Management Fashion » que l’adoption d’une pratique à la mode augmente la visibilité et la rémunération des managers. La maîtrise du « jargon », c’est à dire l’emploi d’une sémantique originale associée à ces pratiques, constitue un levier de reconnaissance ou au contraire d’exclusion intra-organisationnelle. Un tel phénomène explique notamment pourquoi moult managers peuvent adopter – ou feindre d’adopter – de nouvelles pratiques qu’ils jugent par ailleurs irréalistes sinon outrageusement simplistes.

2. Rassurer les parties prenantes

L’usage d’une pratique en vogue tend par ailleurs à rassurer les parties prenantes. L’étude menée par Barry Staw et Lisa Epstein, intitulée « What Bandwagons Bring », révèle par exemple que les actionnaires se montrent plus enclins à pérenniser leurs investissements dès lors que les managers donnent le sentiment de recourir à de telles pratiques. On découvre également que les firmes qui suivent les modes managériales sont évaluées de façon plus positive et plus clémente par leur environnement.

3. Faciliter le management

John Gill et Sue Whittle, dans « Management by panacea : accounting for transience »,  notent quant à eux que le recours à un modèle en vogue facilite la réunion des collaborateurs autour d’un référentiel commun – étape essentielle à une bonne exécution de la stratégie. En outre, le fait que ladite stratégie soit fournie en kit avec le modèle épargne au manager la délicate tâche de conception d’une vision originale nécessitant l’aval du top management et un effort d’évangélisation constant à l’adresse des parties prenantes. Autrement dit, une trajectoire conforme à la mode en vigueur pourra être automatiquement entérinée par un comité de direction, alors qu’une vision inédite implique leadership et habilité politique.

4. Limiter les risques

Andrzej Huczynski, dans « Explaining the succession of management fads », signale enfin que l’adoption d’une mode managériale agit en qualité d’assurance. Un manager ayant opté pour une pratique qui se révèle décevante pourra toujours invoquer l’engouement généralisé et la responsabilité des experts qui l’ont approuvé. A l’inverse, délaisser une pratique performante est beaucoup plus délicat : une telle négligence implique de s’exposer à un procès en amateurisme. Les dirigeants tendent ainsi à opter pour une nouvelle approche au cas où celle-ci viendrait à se montrer efficace.

En résumé, les théoriciens observent que les managers ont l’obligation de mener des stratégies de légitimation à destination de leur environnement interne et externe. Ainsi, dès lors qu’une mode managériale apparaît en mesure de soutenir cet objectif, ils tendent à l’adopter. Les pratiques en vogue deviennent dès lors des leviers de performance, et ce quelle que soit leur valeur intrinsèque. Une mode managériale a en effet l’avantage de livrer clés en main une vision stratégique, une liste concrète des actions à mener et un moteur fédérateur autour du cap fixé. Il importe toutefois d’observer qu’en dépit des multiples avantages qu’il revêt, le conformisme exclut toute rupture à l’égard des normes en vigueur. Or, rompre avec les codes restera une exigence incontournable pour devenir et demeurer leader sur le marché.

Romain Zerbib

Source : hbrfrance.fr

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  • Louis Levi
    25 juillet 2017, 22 h 48 min

    Très bel article de Romain Zerbib, merci !

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