Les femmes préfèrent les blondes

Les femmes préfèrent les blondes

Les cheveux blonds et longs sont un marqueur de féminité et de séduction depuis des millénaires. Hollywood a tantôt vénéré, tantôt moqué les blondes. Quant aux hommes, ils seraient aujourd’hui davantage attirés par les brunes…

Le blond est plus qu’une couleur, c’est un concentré de mythes, de fantasmes et d’histoire… Tout commence en Grèce il y a des millénaires avec Aphrodite, déesse de la passion, de la beauté, rebaptisée Vénus par les Romains, vénérée sous le nom d’Ishtar en Syrie et en Palestine. Cette fille d’Ouranos – le Ciel –, née de l’écume marine, est connue pour ses nombreuses liaisons. C’est la plus sublime des divinités et la première blonde fatale. Elle est irrésistible et se venge des cœurs secs qui oublient de l’honorer. Sa longue chevelure aux reflets dorés a été peinte par Botticelli (La Naissance de Vénus, 1485). Nue, elle sort des flots, masquant pudiquement son sexe. D’une légèreté aérienne, elle imprime dans l’inconscient de l’humanité l’image mythique de la blonde sensuelle, troublante, sulfureuse. Et simultanément pure, céleste, solaire. Un paradoxe vivant et purement féminin, car la blondeur, quand elle est masculine, n’exerce aucun attrait particulier. Enfin, rien de magique.

Dans la légende de Tristan et Iseut, deux hirondelles déposent un cheveu de la couleur du soleil sous les yeux du roi Marc. Le monarque décide aussitôt d’épouser la propriétaire du cheveu. C’est le prologue d’un drame devenu classique : deux hommes, une blonde et la mort au bout du chemin.

Idolâtrée et sadisée…

Depuis la naissance d’Aphrodite, en Occident, la blonde triomphe et déchoit selon les préoccupations de l’époque, son rapport au corps, au sexe, au désir et au plaisir. En France, une femme sur dix environ l’est naturellement. La blondeur vraie est rare, c’est une partie de son charme. Elle ne concerne que peu d’humains, mais combien de polémiques à son sujet ! Et celle qui revient inlassablement : les hommes sont-ils réellement incapables de lui résister ? Howard Hawks aborde la question de front, en 1953, avec son film Les hommes préfèrent les blondes, tiré du roman éponyme d’Anita Loos (Gallimard, « Folio », 1982). La blonde Marilyn y incarne une séductrice sans cervelle et intéressée, tandis que la brune Jane Russell n’écoute que son cœur. Selon la journaliste féministe Joanna Pitman, auteure de Blondes, une drôle d’histoire, d’Aphrodite à Madonna(Autrement, 2005), le personnage de la blonde idiote qui fit son apparition dans les années 1950 fut créé pour punir toutes ces femmes qui avaient profité de l’absence de leur époux parti à la guerre pour sortir de leur cuisine et s’imposer socialement.

Peut-être s’agissait-il aussi, pour la puritaine Amérique, d’assassiner Vénus encore une fois. L’humour agressif, tendancieux, vise à rabaisser sa cible : lorsque nous sommes beaucoup à rire ensemble de ce qui nous dérange, la frayeur s’évanouit. C’est la fonction des fameuses blagues sur les blondes. Celles-ci sont ridiculisées ou malmenées en proportion du désir, de la peur ou de l’envie qu’elles suscitent. Alfred Hitchcock, qui les trouvait aussi sublimes que terrifiantes, s’est protégé d’elles en les maltraitant. Ses froides héroïnes Eva Marie Saint (La Mort aux trousses, 1959) ou Tippi Hedren (Pas de printemps pour Marnie, 1964) ont presque toujours l’air anorexiques, névrosées et égarées. Et il peut effectivement y avoir un je-ne-sais-quoi d’horripilant dans la fragilité affichée de certaines blondes – un petit rien qui donne envie de les sadiser.

Les brunes préférées des hommes

Mae West, Marlene Dietrich, Sharon Stone, Catherine Deneuve… Vraies ou fausses blondes, dans tous les scénarios elles manipulent les mâles, les séduisent pour les mener au malheur. Souvent, telle la Lorelei des légendes germaniques, elles meurent elles-mêmes de désespoir. Mais, curieusement, ces créatures mythiques fascinent peut-être plus les autres femmes que… les hommes. Car, si majoritairement elles estiment que la blondeur confère un avantage de séduction, plus de la moitié des hommes trouvent au contraire les brunes plus jolies (à 56% selon un sondage Ipsos réalisé en 2005).

En fait, c’est d’abord à la libido des hommes, à leurs pulsions sexuelles, que la blondeur parle. Pour le prouver, Nicolas Guéguen, enseignant-chercheur en psychologie sociale à l’université de Bretagne-Sud, s’est livré à des expériences amusantes. Le chercheur a installé une femme à une terrasse de café, l’affublant alternativement d’une perruque rousse, d’une brune et d’une blonde. Il s’agissait de la même personne, mais la perruque blonde a suscité nettement plus de réactions machistes (remarques sexistes, grossières, sifflements). Son homologue Viren Swami, de l’université de Westminster, au Royaume-Uni, s’est livré à une expérience similaire à Londres, en discothèque. Une volontaire devait se laisser aborder par des garçons et compter le nombre de tentatives de séduction en fonction de la couleur de la perruque. À elle seule, la perruque blonde a attiré autant de mâles que la rousse et la brune réunies.

Des femmes désirantes

« Une femme dont on pressent qu’elle a passé des heures à se teindre en blonde ou à se doter d’une coiffure sophistiquée apparaît d’emblée comme désirante. Elle semble dire : “Je suis disponible”, explique l’ethnopsychiatre et professeur de psychologie Tobie Nathan. Quand, en plus, elle effectue ce fameux geste qui consiste à passer les mains dans ses cheveux, à les soulever, à les rejeter en arrière d’une manière sensuelle, c’est comme si elle soulevait sa jupe – du coup, dans l’imaginaire, les yeux sont assimilés aux seins, la bouche, au sexe. » Seulement voilà, si les hommes flirtent volontiers avec les femmes désirantes, ils sont nettement plus excités par celles qu’ils doivent conquérir, qui risquent de leur échapper.

Le blond pour rajeunir ?

Finalement, être blonde, c’est s’assurer d’être remarquée, regardée. Alors les femmes adoptent le safran, vénitien, californien, miel, blé mûr, platine, nordique… pour afficher leur féminité, pour se remettre d’une rupture amoureuse – la coloration signalant : « Je suis de nouveau ouverte à une rencontre. » Il y a celles qui souhaitent paraître coquines ou jeunes et fragiles : plus les cheveux d’une femme sont clairs, plus on tend à la croire jeune, selon une expérience réalisée par le psychologue social David Matz, de l’Augsburg College, à Minneapolis (Minnesota). Vers 40-50 ans, il s’agit de camoufler les cheveux blancs, de s’adoucir, car la blondeur est supposée arrondir les angles du visage.

Une chevelure blonde est bien plus qu’un attribut pour séduire : c’est l’affirmation d’un certain engagement vis-à-vis de l’autre sexe, du monde, c’est une personnalité que l’on endosse. Pour quelques mois, quelques années ou toute une vie.

Isabelle Taubes

http://www.psychologies.com/

Issam Saidi
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