Le management mise sur le féminin

Le management mise sur le féminin

De plus en plus nombreuses au sein des entreprises, les femmes managers ouvrent la voie à une autre manière de diriger. Les valeurs dites féminines font de plus en plus d’adeptes, y compris chez certains de leurs homologues masculins. Un management au féminin qui séduit particulièrement aujourd’hui.

« Ma chef est toujours à l’écoute. Elle est très protectrice envers son équipe, et parfois tellement maternaliste que j’ai l’impression d’être son fils ! » Comme Julien, 26 ans, journaliste dans un magazine de presse professionnelle, de plus en plus de salariés sont aujourd’hui dirigés par une femme. S

i elles demeurent encore sous représentées parmi les hauts postes de direction, les femmes ont désormais toute leur place dans le monde de l’entreprise. Et plus seulement aux places traditionnellement associées à leur sexe, telles les ressources humaines, ou la communication.

Mieux, elles réussissent à imposer progressivement des valeurs « féminines » qui viennent ébranler le modèle masculin, la référence depuis des siècles. Un management au féminin qui fait de plus en plus d’adeptes : selon un récent sondage CSA pour Madame Figaro, 84% des Français –hommes et femmes confondus- font davantage confiance aux femmes qu’à leurs homologues masculins pour les sortir de la crise.

Peut-on pour autant parler d’un management au féminin ?

Chez les hommes, comme chez les femmes, cette notion est parfois loin d’aller de soi. « Un manager est avant tout un manager », répond Liva Judic, coach de dirigeants et de potentiels chez Ayna Partners (1).

« Qu’il soit un homme ou une femme, il cherche d’abord à atteindre ses objectifs et à être efficace. En plus, parler de management au féminin risque d’associer les femmes à une minorité. » De fait, nombre d’entreprises intègrent la question des femmes dans celle de la diversité, au même rang que la multi culturalité.
Mais dans la pratique, il semble bien exister une façon féminine d’exercer le pouvoir et l’autorité. Une spécificité qui tient en un mot et qui vient spontanément aux lèvres des managés, comme des managers : la collaboration.

En 2005, deux sociologues belges, Annalisa Casini et Margarita Sanchez-Mazas, ont demandé à des hommes et des femmes de se livrer à des jeux de rôles. Ils devaient tour à tour se transformer en « manager-collaborateur » et en « manager-chef ». Résultat : les femmes se sont montrées plus volontiers collaboratives que dirigistes.
« Un mot pour définir mon management ? Très participatif ! », lance Irma Babaud, présidente du réseau des femmes InterpElles et directrice adjointe de l’audit chez EDF. « Il n’y a que l’individu qui m’intéresse et la possibilité de le faire grandir, évoluer.

Je crois beaucoup au travail collectif, à la combinaison de toutes les cultures compétentes. » Fini le temps où le patron –le plus fort d’entre tous- pensait pour ses employés, distribuait récompenses et punitions, tout en s’attribuant le mérite.

L’heure est à plus de transparence, au projet porté par tous. Ensemble. Pour Danièle Rousseau, présidente de l’association Dirigeantes, « le management d’essence féminine est plus sensible, plus rond, plus consensuel et partageur.

Le rond donne l’envie d’englober, d’emmener avec soi. En général, les hommes sont davantage dans le carré qui impose, et donne des règles à ne pas dépasser.» Ceci n’est évidemment pas vrai de toutes les femmes : certaines sont autoritaires, rigides, obnubilées par les luttes de pouvoir… Qui n’a en effet jamais croisé la route d’une « femme-tyran » ?

Mais pour Pierre Blanc-Sahnoun, « les femmes restent mieux équipées que les hommes pour devenir managers. En général, elles sont plus sensibles aux besoins des autres, plus concrètes, proches de leurs équipes, davantage conscientes des réalités, du sens du détail, plus exigeantes aussi. L’entreprise y gagne de meilleurs rapports sociaux ».

Un management qui a la cote
Une étude récente du Ceram (Ecole supérieure de commerce à Nice-Sophia Antipolis) a montré que les entreprises les plus féminisées sont celles qui ont le mieux résisté à la crise. Ainsi, Hermès est la seule à avoir connu une hausse de son action depuis le début de l’année, avec un taux de féminisation chez les cadres parmi les plus élevés : 55%.

Le management au féminin, nouvel atout en ces temps de crise ? « Une des particularités féminines est le manque d’assurance : une femme pense toujours qu’elle pourrait faire mieux. Elle se pose sans cesse des questions », commente Marie Tissier, déléguée des Ressources humaines chez EDF.

« Cette remise en cause permanente, associée à sa capacité à s’ouvrir, à s’adapter et à appréhender plus facilement un environnement complexe, sont des valeurs sûres en temps de crise. » Plus intuitives, habituées à gérer plusieurs vies en même temps, les femmes « ont aussi moins peur de la crise », selon Martine Renaud-Boulart.

« Au cours de sa vie, une femme est confrontée à des crises très importantes : la maternité, l’accouchement, la ménopause… Ce sont de grands changements. L’homme en connaît moins. » Pour Danièle Rousseau, « ce type de management colle aujourd’hui parce que les gens, salariés comme managers, sont en quête de sens. Un chef est en principe celui qui montre le chemin. S’il arrive à donner du sens, l’équipe va plus vite, plus loin et bien mieux. C’est le management auquel je crois pour l’avenir. »

Valeurs féminines

En cinquante ans, le paysage de l’entreprise a changé : on y compte de plus en plus de femmes. Pour autant, « le référentiel culturel du management est masculin », explique Pierre Blanc-Sahnoun, coach et conseil en développement professionnel. « Dans notre culture occidentale, les schémas liés au commandement sont des schémas guerriers ».

Compétitivité, conquête, agressivité… Dans le domaine du management, l’homme reste globalement ce chasseur, qui rapporte, non plus de la viande, mais des contrats. Martine Renaud-Boulart, auteur de Management au féminin : promouvoir des talents (Robert Jauze, 2005) a créé, à l’école de commerce HEC, un programme de leadership. « Un jour, un des participants m’a dit : « Celui-là, je l’achève à la pioche ! » Je n’ai jamais entendu cela dans la bouche d’une femme ! », raconte-t-elle, amusée. À l’opposé, la femme reste traditionnellement celle qui donne la vie, et qui la préserve. Protection, sensibilité, intuition, font ainsi partie de ses grandes composantes.

Avant d’avoir une femme pour rédactrice en chef, Julien a passé trois ans dans une entreprise de veille médiatique, sous la direction d’un manager d’une soixantaine d’années. « Il donnait des ordres, des directives à suivre et à appliquer.

Il imposait les heures de réunion, les temps pour discuter… Et gardait complètement opaque tout ce qui se disait au niveau de la direction. » Changement radical avec Marie, sa chef actuelle. « Nous sommes au courant de tout. Il y a beaucoup plus d’échanges.

Elle propose, plus qu’elle n’impose. Et puis, elle mélange vie privée et vie professionnelle, chose à laquelle j’ai d’ailleurs parfois du mal à m’habituer, car moi-même je ne le fais pas facilement ! Mais au moins, je me sens pris en considération. Son management est plus humain », affirme le jeune homme.

Sens de l’écoute, souci des autres, empathie… Autant de qualités de type féminin qu’Agnès Arcier détaille dans son ouvrage Le quotient féminin de l’entreprise (Le Village mondial, 2002). « Ce sont des qualités que la société conduit à considérer comme féminines », constate-t-elle. Parmi elles, le sens du concret, le partage d’informations, la mise en avant des collaborateurs, la capacité à persuader et à former un consensus… « Elles peuvent être utiles dans une organisation, aux côtés de qualités plus traditionnelles de type masculin ».

Demain rimerait avec féminin
Le management de demain sera t-il féminin ? Il ne faudrait pas oublier les hommes, sans qui la perception du monde ne saurait être que partielle, « borgne », comme l’exprime Liva Judic de chez Ayna Partners. « L’opposition directe entre qualités masculines et féminines est d’ailleurs stérile », ajoute Agnès Arcier. « Il y a bien des qualités de type féminin ou masculin mais ce ne sont pas forcément d’un côté les femmes, et de l’autre les hommes, qui les portent. Le management des femmes n’existe pas. Le management au féminin, si. Il fait particulièrement appel à des qualités de type féminin, mais il n’est pas uniquement mobilisé par les femmes. »
« Sur le plan biologique et physiologique, un homme et une femme ont tous deux une composante féminine et masculine », rappelle Martine Renaud-Boulart. Il n’y a qu’à voir le nombre de femmes, qui, pour réussir leur carrière, ont dû occulter leur part féminine pour adopter des comportements masculins. Faisant souvent une croix sur la vie de famille ou les enfants. La plupart revendiquent maintenant une autre manière de fonctionner, qui leur permet de concilier leurs différentes vies. Quant aux hommes, ils ne sont pas en reste.

« Les jeunes hommes ne veulent pas, comme leurs pères, faire le sacrifice de leur vie personnelle. Ils veulent pouvoir élever leurs enfants », renchérit Martine Renaud-Boulart. Ils ont appris à ne plus s’investir corps et âme dans l’entreprise. Aujourd’hui, les hommes s’affranchissent progressivement des stéréotypes associés au sexe fort. D’autant que les entreprises ont également évolué, tout comme leurs attentes envers les femmes et… leurs homologues masculins. Elles attendent désormais d’eux qu’ils fassent preuve d’écoute, de sensibilité, d’empathie…

Porte paroles de ces valeurs, les femmes ouvrent les possibilités, la voie à une autre façon de penser. Elles font maintenant partie intégrante, aux côtés des hommes, de l’invention du management de demain.

 

Margaux Rambert
Psychologies.com

Sabrina Lallemand
ADMINISTRATOR
PROFILE

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