Santé : gare aux boissons «light» durant la grossesse

Santé : gare aux boissons «light» durant la grossesse
Les chercheurs de Winnipeg ont suivi 2400 mères enceintes, dont 5 % buvaient des boissons « diète » chaque jour

Boire une boisson «diète» tous les jours durant la grossesse double le risque de surpoids chez le bébé quand il aura 1 an, selon une nouvelle étude canadienne. Le risque était nul pour les boissons contenant du vrai sucre.

« Les femmes qui boivent plus de boissons avec édulcorant artificiel sont plus souvent obèses et ont plus souvent une mauvaise alimentation », explique l’auteure principale de l’étude publiée dans la revue JAMA Pediatrics, Meghan Azad, de l’Université du Manitoba. « Mais même en tenant compte de cela, le risque de surpoids à 1 an chez le bébé demeure. Nous pensons donc qu’il y a une relation de cause à effet. »

Les chercheurs de Winnipeg ont suivi 2400 mères enceintes, dont seulement 5 % buvaient des boissons « diète » chaque jour. Le quart buvait par contre des boissons sucrées tous les jours. Le surpoids à 1 an représentait un bébé qui avait un indice de masse corporelle (IMC) supérieur au 97e percentile. Il n’y avait pas d’effet mesurable pour des consommations de boissons « diète » inférieures à une par jour.

«Les enfants avec un IMC élevé ont généralement plus de risque d’obésité plus tard dans l’enfance. Nous voulons continuer à suivre ces enfants pour voir si le lien entre les boissons « diète » et le surpoids se maintient.»

Meghan Azad
Biochimiste

La même cohorte, la Canadian Healthy Infant Longitudinal Development Study (CHILD), est toujours suivie et les données quand les bébés avaient 3 ans sont en train d’être analysées. Mme Azad espère que la CHILD continuera à être financée pour aller plus loin que les cinq ans de vie des enfants prévus dans le financement initial.

Vaut-il mieux prendre des boissons sucrées ? « Les boissons non sucrées, comme l’eau, sont l’option la plus sûre, dit Mme Azad. Trop de sucre peut mener au diabète de grossesse et à une prise de poids excessive, qui posent tous deux des risques pour le bébé. »

L’étude n’a pas pu tenir compte de plusieurs aliments contenant des édulcorants artificiels, comme les yogourts, les biscuits ou certaines boissons non carbonisées, comme le thé glacé. La biochimiste de Winnipeg estime toutefois que l’effet sur le surpoids des bébés serait seulement plus prononcé, pas amoindri.

DEUX HYPOTHÈSES

Qu’est-ce qui explique ce lien ? Deux hypothèses sont possibles, selon Mme Azad. Soit les édulcorants artificiels modifient le microbiote gastrointestinal du bébé. Ces bactéries jouent un rôle dans la transformation de la nourriture en énergie et dans la production de graisse.

L’autre possibilité est que les édulcorants artificiels altèrent la production d’hormones liée à la consommation de sucre. Ces hormones amènent notamment la sensation de satiété. Si le goût du sucré n’est pas suivi de sucre à métaboliser, le corps du bébé pourrait en arriver à conclure qu’un goût sucré n’est pas nécessairement suivi de nutriments à transformer en énergie. En présence de sucre, le corps aurait donc plus tendance à produire de la graisse. Il s’agirait d’une « reprogrammation » du métabolisme.

« Certaines études chez la souris et les humains adultes semblent montrer que ces deux hypothèses sont valides, dit Mme Azad. Il faudrait maintenant voir si ça se produit aussi chez le foetus. »

 

MATHIEU PERREAULT
La Presse

Lamia Siffaoui
ADMINISTRATOR
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