Est-il vrai que les médicaments soignent moins bien les femmes ?

Est-il vrai que les médicaments soignent moins bien les femmes ?
© Pixabay/CC0

C’est un fait largement ignoré : chez les femmes, les médicaments donnent de moins bons résultats, mais plus d’effets secondaires ! La raison ? Le plus souvent, ils ne sont testés que chez les hommes.

Jusqu’à présent, les laboratoires pharmaceutiques ne se posaient même pas la question de savoir si les hommes et les femmes réagissaient de la même manière à un médicament. Et pourtant, ils devraient ! Car si les symptômes d’une maladie et sa prévalence diffèrent suivant le sexe du patient, les effets de ses traitements aussi. Les différences entre sexes sont encore plus frappantes que pour les pathologies !

Ainsi, l’aspirine (l’un des anti-inflammatoires les plus prescrits) prévient l’infarctus chez les hommes alors qu’elle protège le cerveau des femmes de l’AVC. Quant à la vaccination, elle s’avère plus efficace chez les femmes. Ainsi, une demi-dose de vaccin contre la grippe provoquera-t-elle chez elles une réponse immunitaire équivalente à celle des hommes ayant reçu une dose complète. Sachant qu’à quantité de vaccin égale, les femmes développeront plus souvent des effets secondaires (inflammation douloureuse, fièvre…).

Concernant les effets indésirables, les femmes sont doublement menacées : une analyse portant sur 25 000 prescriptions et menée en 2008 dans des hôpitaux allemands a ainsi pointé un risque d’effets secondaires, tous traitements confondus, 50 % supérieur chez les femmes après la prise de médicaments ! Un inquiétant différentiel déjà suggéré par d’autres pays.

Les femmes exclues des essais cliniques

Alors même qu’on découvre que les corps féminins et masculins réagissent différemment aux maladies, la recherche pharmacologique se trouve confrontée à la même révolution, qui l’oblige à revoir sa façon d’identifier et de tester les médicaments. Une prise de conscience qui est loin de toucher tous les laboratoires. Pis, « les premières phases des études cliniques, censées tester la sécurité des médicaments, ne comptent la plupart du temps que des hommes », rappelle Walter Malorni, au département recherche et évaluation ­pharmacologique de l’Institut national de la santé italien.

Comment expliquer cette sous-représentation dommageable des femmes dans les essais cliniques ? Les chercheurs avancent deux raisons : le risque de grossesse et… la prise de contraceptifs hormonaux, susceptibles de fausser les résultats. Ce qui réduit fortement le nombre de femmes en capacité d’intégrer les essais cliniques. Soit. Mais dans ce cas, les données issues des cohortes comprenant hommes et femmes devraient être analysées avec encore plus d’attention. Or, il n’en est rien. Il est vrai que la réalité économique joue ici un rôle de frein. Car tenir compte du sexe prend du temps et coûte plus cher, surtout dans la recherche clinique.

Alors que la science se fonde sur la maîtrise de biais susceptibles d’entacher ses résultats, en voici un essentiel – le sexe – largement occulté. Même dans les expériences menées sur les animaux, les chercheurs privilégient les mâles car ils craignent que le cycle hormonal des femelles fasse varier les résultats. Avec des conséquences sur la qualité des traitements proposés, car ce sont ces animaux de laboratoire qui permettent d’identifier les médicaments potentiels.

Le vaccin contre l’herpès, un cas d’école

Autre écueil : en renonçant à développer un traitement parce qu’il se montre inefficace sur une cohorte composée d’hommes, on risque de passer à côté de molécules qui auraient pu fonctionner chez la femme ! De nombreux candidats médicaments pourraient, ainsi, passer régulièrement inaperçus. Une double injustice, en quelque sorte…

Le cas d’un vaccin contre l’herpès, développé au début des années 2000, illustre parfaitement ce problème. Lors des essais cliniques, et ce malgré l’absence de protocole visant à tenir compte du sexe, la différence d’efficacité entre hommes et femmes était si flagrante qu’elle n’a pas pu être ignorée : si le vaccin n’a montré aucune efficacité sur les hommes, il a protégé 73 % des femmes ! Oui, mais voilà : tenir compte du sexe est onéreux. C’est ce qui expliquerait, en partie, d’après un chercheur ayant participé aux essais, pourquoi le vaccin, efficace uniquement chez les femmes, a finalement été abandonné.

 

Source : science&vie.com

Lamia Siffaoui
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